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L’invitéNotre fédéralisme dévoile ses faiblesses

Éric Davalle souhaite une prise en main ferme du Conseil fédéral face à l’urgence sanitaire.

Face au coronavirus, ma femme m’a dit: «Pourquoi faire compliqué quand on pourrait faire simple! À Neuchâtel, à Sion, à Delémont ou encore à Lausanne, tu as compris, toi, ce qui est autorisé?» Jamais la situation sanitaire n’a posé tant de problèmes de compréhension. Notre fonctionnement par canton est pourtant habitué aux différences. Là, on parle de santé publique, alors n’est-il pas temps de parler d’une seule voix?

«Force est de constater que le peuple suisse est le plus indiscipliné d’Europe.»

La seule exigence demandée aux citoyens est de respecter toutes les consignes pour éviter la contagion. Au moins ça, c’est clair. Force est de constater que le peuple suisse est le plus indiscipliné d’Europe alors qu’une seconde vague de reprise du virus est en cours. Toutes les règles de distanciation et de protection ne sont pas respectées. On se réunit en privé en grand nombre. On est malade et on va travailler. On part en vacances sans vergogne, partout en Europe. On se déplace ici ou là sans masque et sans la moindre attention à l’autre. Au retour des périodes de congé, vous attendez trois à quatre jours et le nombre de contaminations explose! Est-ce cela la responsabilité des gens tant attendue? Trouvez l’erreur!

Dans les circonstances actuelles, notre fédéralisme montre ses faiblesses. Concernant les instructions sanitaires, une fois le Conseil fédéral prend la main, puis il laisse les Cantons faire. La réalité est que le dilemme des circonstances est grand. Comme le questionnait récemment le philosophe André Comte-Sponville, «La volonté de protéger la santé des plus âgés justifie-t-elle de mettre en danger l’avenir des plus jeunes?»

Nos autorités se heurtent à vouloir sauver des vies, mais sans trop limiter le bon fonctionnement économique. À voir la cacophonie ambiante, personne ne veut prendre cette responsabilité du choix, sauf les plus courageux. Toute l’Europe autour de nous se reconfine une deuxième fois pour contenir la propagation du virus, alors que la Suisse fédérale réfléchit, attend et attend encore pour décider.

Il est intéressant de constater qu’Emmanuel Macron est impopulaire pour 61% des Français. Mais un récent sondage montre que sept Français sur dix approuvent les strictes décisions prises par leur président. Cela montre que cette pandémie n’est pas une affaire politique, mais bien une réponse à apporter aux peurs des populations, face à l’incertitude.

Pour un message clair

Le Conseil fédéral est l’organe faîtier qui doit décider au nom de tous, dans un message clair et unique. Cela ne lui interdit pas de consulter, ce qu’il fait, mais, au bout du compte, le peuple attend une prise en main ferme face à l’urgence. Les soignants sont depuis huit mois en première ligne, avec engagement et responsabilité, demandant que nous fassions tout ce qui est nécessaire pour ne pas submerger les hôpitaux. Alors!

Même si Alain Berset martèle que la situation n’est pas la même partout en Suisse, les faits d’une contamination galopante sont une réalité. C’est aux Suisses de maîtriser leur contagion, mais sans attendre, car «pire ça sera!» m’a dit ma femme.

4 commentaires
    Jacques Gaillard

    Intéressante illustration d'un comportement typique. Monsieur Davalle se comporte comme n'importe quel Français à l'étranger: il donne des leçons, car dès qu'ils sont sortis de leurs frontières, les Français savent mieux que tout le monde. Je connais UNE exception, mais c'est vraiment très rare. Chez eux, ils n'osent pas, car les autres aussi savent mieux que tout le monde, ça ne marcherait pas.

    Et qu'un Français vienne me parler de discipline: c'est à éclater de rire!

    Revenons aux choses sérieuses. Contrairement à ce qu'affirme l'auteur (qui ne cite bien sûr qu'un pays: la France) la Suisse n'est PAS le seul pays avec différents niveaux de décision. L'Allemagne, avec ses Länder, ou l'Espagne avec ses provinces font exactement la même chose que la Suisse.

    Et chacun à son tour, s'en tirent finalement assez bien. Hier c'était l'Espagne, aujourd'hui c'est la Suisse, demain… la France? Ce serait vexant, hein?