Nous pouvons agir contre l'obsolescence
à Sophie Michaud Gigon, à propos d'objets trop vite en panne, de réparabilité et de loi sur les garanties.
La surproduction de biens et de marchandises occasionne pollution et perte de ressources naturelles. C'est aujourd'hui un luxe que notre société ne peut plus se payer, tout comme la surconsommation. Changer souvent, posséder beaucoup, cela a un impact écologique certain et invite à questionner la prééminence de l'obsolescence qui sévit dans les objets de notre quotidien. Prenons l'électroménager. L'attrait de la nouveauté y est faible, vous conviendrez. Que la machine serve à laver, à préparer le café ou à brosser les dents, on attend d'elle qu'elle fonctionne sans coup férir ni tomber en panne juste après l'échéance des deux ans de garantie. Avant achat, le consommateur veut aussi pouvoir orienter ses choix selon la longévité de l'objet. C'est une question pratique, éthique, écologique. Mais il est emprunté. Parce que le produit n'est pas conçu pour durer, parce qu'il lui manque les informations qui lui permettraient de privilégier un objet pour toute une vie, ou presque. Un exemple, celui des luminaires avec des ampoules à LED intégrées et donc inchangeables, est à ce propos édifiant, et il est à lire dans le magazine «FRC Mieux choisir» la semaine prochaine.
Combien de fois n'avons-nous pas entendu, dans les Repair Cafés que nous organisons, les gens se plaindre de ne plus disposer de pièces détachées ou de découvrir, fâchés, que l'appareil ne peut être démonté, qu'une fois la batterie arrivée en bout de course, l'article finit inexorablement à la poubelle. Mais j'ai envie de vous rassurer, ce n'est pas une fatalité: nous pouvons agir.
Dans ce domaine, en effet, on peut légiférer. La France, par exemple, a voté une loi relative à la transition énergétique qui interdit l'obsolescence programmée (certes, encore faut-il la prouver!), avec de premiers effets auprès de certaines enseignes. La Fnac a ainsi introduit une note de réparabilité pour les ordinateurs portables. Cette information deviendra peut-être obligatoire, car le Sénat vient d'approuver l'instauration d'un indice de réparabilité sur les appareils électriques et électroniques. À ce titre, Miele et Seb garantissent la fourniture de pièces pendant dix ans au moins.
Ailleurs en Europe, d'autres signaux annoncent le réveil de la fronde anti-obsolescence: le fait d'infliger des millions d'amende à Apple et à Samsung ou de rendre obligatoire la disponibilité des pièces de rechange dans la législation européenne sur l'écoconception sont des nouvelles réjouissantes.
Et en Suisse alors? Là, le passif est peu glorieux, le parlement ayant classé quatre objets faute d'avoir pu les traiter dans les deux ans (!). Élaborées pour certaines avec l'aide de la FRC, les propositions – étiquetage sur la durée de vie, prolongation de la garantie, meilleure disponibilité des pièces de rechange – étaient pourtant fort valables. D'autres objets sommeillent encore à Berne, l'un attend sa mise en application, l'autre doit être débattu sous la Coupole. Il faudra donc revenir à la charge, et ce lors de la prochaine législature.
«On fait réparer 80% des objets sous garantie. Imposer une prolongation de garantie dans la loi est donc un bon objectif»
On fait réparer 80% des objets sous garantie. Imposer une prolongation de garantie dans la loi est donc un bon objectif. Cette garantie, elle n'a l'air de rien, mais elle constitue en fait un puissant levier de transformation économique. Elle suppose de la part des fabricants qu'ils utilisent des matériaux plus solides, qu'ils conçoivent des articles qui puissent se démonter et qu'ils disposent de pièces plusieurs années après leur conception. Le début de la fin de la civilisation du jetable, en quelque sorte…
Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.
















