Accueil de jour des enfants«Nous voulions envoyer un signal fort aux syndicats»
Isabelle Moret, la conseillère d’État à l’Économie, défend le nouveau contrat-type de travail pour les stagiaires aux côtés de Noé Pelet, syndicaliste chez Unia.

Dans le canton de Vaud, l’État n’a pas pour habitude d’intervenir dans la politique salariale des entreprises. C’est donc un tabou qu’a récemment fait tomber la conseillère d’État à l’Économie et à l’Emploi, Isabelle Moret, en annonçant l’entrée en vigueur d’un contrat-type pour les stagiaires dans les institutions dédiées à l’accueil de jour des enfants. Avec un salaire minimum obligatoire de 600 francs par mois. La proposition émane de la Commission tripartite pour l’exécution des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes (ALCP), que préside le syndicaliste Noé Pelet. Ils en ont tous deux détaillé les enjeux.
Ce salaire minimum sera en vigueur dès le 1er août. Comment cette décision a-t-elle été prise?
Noé Pelet: Cela fait plus de dix ans que la Commission tripartite, que je préside, s’inquiète des conditions salariales des stagiaires dans le domaine préscolaire et parascolaire. Lors des inspections qui ont été réalisées en 2019, une sous-enchère salariale abusive et répétée a été constatée. Dans les 33 institutions publiques et privées contrôlées par les services de l’État travaillaient 273 stagiaires. Il s’agissait, en majorité, de jeunes femmes âgées d’une vingtaine d’années, payées en moyenne 480 francs par mois pour un 100% et ce, souvent depuis plus de six mois. Certaines institutions profitent clairement de ce dumping et c’est inacceptable.
Dès la rentrée, ces crèches et autres organismes parascolaires ne pourront pas employer indéfiniment ces stagiaires, sous peine d’écoper d’une amende. Pour vous qui êtes libérale, n’est-ce pas surprenant?
Isabelle Moret: Bien sûr que c’est un changement de culture. Mais la commission a démontré que la situation ne correspondait pas à l’esprit de la formation duale dans notre pays. Le but n’est pas de profiter d’une main-d’œuvre, mais de former des talents. En outre, ce qui est proposé dans ce contrat-type est raisonnable: le stage dure six mois mais peut être renouvelé une fois en cas de signature d’un contrat d’apprentissage. Et en cas de mauvaises pratiques, il n’y aura pas de sanctions avant l’année prochaine: nous voulons avant tout faire de la prévention. Pour le Conseil d’État, il était important d’envoyer un signal fort aux syndicats, à qui nous avions promis d’agir contre le dumping en signant les accords bilatéraux. Comme nous voulons renforcer ces accords, nous avons besoin de trouver des majorités larges. Peu de cantons ont fait usage des contrats-types, Vaud est à l’avant-garde.
Les institutions d’accueil de jour ont des budgets serrés. Recevront-elles des aides financières pour mieux payer leurs stagiaires?
Isabelle Moret: Ce n’est pas prévu.
Si elles ont moins de stagiaires, certaines crèches risquent-elles d’être en difficulté pour accueillir les enfants à la rentrée prochaine?
Noé Pelet: Normalement pas, car ces stagiaires ne sont pas censés avoir des responsabilités auprès des enfants. Cela fait de longues années que nous sommes en discussion avec les réseaux d’accueil sur le sujet et ils n’ignorent pas le problème. Il est temps maintenant d’y mettre fin.
Isabelle Moret: Normalement, ce contrat-type aura, au contraire, des répercussions bénéfiques car il contraindra les crèches et institutions parascolaires à faire démarrer un apprentissage à leurs stagiaires. Cela augmentera le nombre de personnes formées dans un secteur qui en manque cruellement.
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