Nouvelle formationÉnergie verte cherche jeunes gens prêts à braver les éléments
L'apprentissage d'installateur solaire, attendu de longue date, se met en place. Rencontre sur les toits avec un père chef d'entreprise et son fils, futur apprenti.

Le ciel est bas, le vent souffle en rafales paresseuses sur les toits des Plaines-du-Loup. Jacques Hess nous a emmenés au sommet d'un des immeubles qui finissent de prendre forme à l'angle nord-est du vaste écoquartier lausannois. Son entreprise, GTS Solar, y a décroché le mandat pour couvrir de panneaux photovoltaïques les 18 édifices de la zone: près de 3000 rectangles bleus, alignés au cordeau et inclinés à 15 degrés vers le sud, attendent de transmettre leur énergie aux onduleurs, qui transformeront le courant pour le passer au réseau.
Comme toute la filière, Jacques Hess emploie pour poser, câbler et entretenir les panneaux des personnes formées sur le tas, au fil des travaux. «Le marché du solaire a une main-d’œuvre de provenance hybride, explique le patron. C'est un domaine où travaillent des électriciens, des couvreurs, des chauffagistes… Je travaille avec des gens formidables et, jusqu'ici, il a fallu trouver du temps pour former le personnel à l'interne, ce qui n'est pas toujours simple.»
CFC ou AFP
Mais cela va changer: dès 2024, un apprentissage sera proposé au niveau fédéral. Mis en place par Swissolar et Polybat, le centre en charge de la formation pour les métiers liés à l'enveloppe des bâtiments, il permettra de décrocher un CFC d'installateur solaire (trois ans) ou une attestation fédérale de monteur solaire (AFP, deux ans).
«Cette nouvelle formation, c'est quelque chose qu'on attendait depuis longtemps, poursuit Jacques Hess. On espérait la voir arriver pour 2023 déjà, et pas mal de gens dans le secteur se demandent pourquoi ça a pris autant de temps. Mais bon, on est content d'avoir désormais les outils pour former et garder une main-d’œuvre de qualité.»
Pour son avenir et celui de la planète
À ses côtés, son fils Heitor, 16 ans, fera partie de la première volée. Lui qui observe le travail de son papa depuis tout petit s'est familiarisé avec le job lors d'une semaine sur le terrain l'an dernier, pendant sa dernière année d'école obligatoire. «Monter des panneaux solaires, ça m'a tout de suite plu, raconte l'adolescent. Il y a bien sûr le plaisir de travailler en famille (ndlr: sa mère seconde son père à la tête de l'entreprise), mais c'est aussi un métier d'avenir, avec beaucoup de possibilités. Et puis je m'intéresse beaucoup à l'écologie, j'ai envie de participer à la transition énergétique.»
«En 2022, il y a eu une déferlante de demandes liée aux hausses du prix du courant et à la crainte de pénurie d'énergie. Aujourd'hui, c'est un marché gigantesque.»
Le jeune homme ne craint pas non plus de travailler dehors. Un des critères essentiels pour faire le job, confirme son père: «Le plus dur, ce n'est pas la pluie ou le froid, mais la chaleur. Quand on est sur une halle industrielle et que ça tape fort, on est comme dans un grille-pain entre le soleil et la toiture métallique!» Au rang des prérequis, le patron cite encore une bonne condition physique – «installer du matériel sur des toits à 45 degrés, accroupi, ce n'est pas pour tout le monde» – ou ne pas avoir le vertige.
Parmi les atouts indéniables du job, celui de rejoindre un secteur en plein boom. Jacques Hess estime que son chiffre d'affaires a doublé en 2021, puis doublé encore l'année suivante. «En 2022, il y a eu une déferlante de demandes liée aux hausses du prix du courant et à la crainte de pénurie. Aujourd'hui, c'est un marché gigantesque.»
Mille nouveaux installateurs par an
Et ce ne sont pas les législations à venir qui vont ralentir la machine. Selon le nouveau paquet de mesures en voie d'être validé à Berne, les énergies renouvelables devront fournir 45 TWh d'ici à 2050, dont 30 TWh issus du solaire – soit dix fois plus qu'en 2022. En Suisse, tout nouveau bâtiment de plus de 300 m2 doit automatiquement être équipé en photovoltaïque. Vaud ira plus loin: «L’avant-projet de révision de la loi cantonale sur l’énergie prévoit la couverture de tout bâtiment de panneaux solaires sauf en cas d’impossibilité technique, d’incapacité/disproportion financière, ou en cas d'arbitrage entre des intérêts publics divergents», communique la Direction générale de l'environnement (DGE).
Swissolar estime ainsi que le pays aura besoin de 1000 nouveaux installateurs par année. «Nous continuerons de dépendre des personnes qui se reconvertissent pour faire face à la charge, estime David Stickelberger, responsable du marché et de la politique à la faîtière. Mais notre objectif est de former 200 apprentis par an.»
Dans le canton, la DGE estime que seulement 10% des toitures qui pourraient être équipées le sont. Autant dire qu'il reste de la surface à couvrir. Jacques Hess insiste: poser des panneaux solaires est un geste technique, bien sûr, mais il comporte aussi une dimension affective. «Je dis toujours à mes nouveaux employés: une villa, c'est souvent le projet d'une vie, le rêve d'une personne ou d'une famille. Ces toitures, il faut en prendre soin. Si on fissure une tuile, par exemple, il faut toujours le signaler. Ces valeurs, c'est quelque chose que je me réjouis de transmettre à mes apprentis.»
L'apprentissage d'installateur solaire débutera à la rentrée 2024-2025. Des essais sont déjà possibles dans certaines entreprises formatrices, listées sur www.solarlehre.ch.
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