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L’invitéeNouvelle loi sur la chasse: un non s’impose

Claire Richard s’oppose à la modification de la loi sur la chasse soumise au vote le 27 septembre.

La loi à propos de laquelle nous allons voter le 27 septembre a été adoptée par l’ancien parlement, en septembre 2019. Le Conseil fédéral avait proposé une modification de loi acceptable, qui a été totalement remaniée par les Chambres. Obligé d’accepter les lois qui ressortent des débats parlementaires, le Conseil fédéral soutient ainsi ce texte pourtant si différent du sien…

Quels sont pour moi les deux principaux défauts de cette loi?

Premier aspect rédhibitoire: les animaux protégés pourront perdre leur protection pour être «régulés», sans même avoir commis de dommages. Ainsi, un lynx pourra être tiré simplement parce qu’il existe, sans s’être montré menaçant. Idem aussi pour le loup, qui a pris une grande place dans les débats, mais dont on oublie le rôle régulateur sur le gros gibier (c’est notamment le seul prédateur naturel des sangliers aujourd’hui en surnombre).

«La nouvelle loi réintroduit la notion de «nuisible» attribuée potentiellement par le passé à tout animal»

Le tir pourra également être ordonné pour le castor, même s’il n’a pas encore creusé de galerie dans un talus de rivière sensible, ou le héron, qui n’aura pas besoin d’avoir prélevé des poissons dans une pisciculture pour perdre sa protection et être tiré.

Et que dire du cygne, véritable star de nos lacs, qui pourra désormais subir le même sort?

Ces espèces sont aujourd’hui strictement protégées, mais elles peuvent être régulées dans des cas particuliers, après avoir commis des dommages. La nouvelle loi, en permettant les tirs sur des individus simplement coupables d’exister, réintroduit la notion de «nuisible» attribuée potentiellement par le passé à tout animal.

Le droit coutumier, il y a quelques centaines d’années, encourageait la population à éliminer les animaux dérangeants, donc considérés comme nuisibles. Le droit coutumier était local, sans vision globale des populations animales. C’est ainsi qu’on a petit à petit décimé tous les grands prédateurs. Et d’autres aussi, dont l’attrait principal était également économique (fourrure du castor par exemple).

Pouvoir cantonal

Deuxième aspect rédhibitoire: la transmission aux Cantons des décisions de tir. Aujourd’hui, c’est la Confédération qui autorise les tirs d’individus protégés ayant commis des dommages. Demain, c’est le Canton qui décidera d’autoriser des tirs, s’il le désire, sur la simple apparition d’un animal considéré comme malvenu, comme nuisible.

La nuance est de taille, et on peut craindre que le résultat s’avère peu enthousiasmant pour les amoureux de la nature. Un canton comme le Valais, par exemple, n’aura pas beaucoup de légitimité à combattre le braconnage qui le mine déjà (on a vu récemment que le nombre de lynx recensés dans ce canton est étrangement bas…), alors que la délivrance d’autorisations de tir d’animaux protégés sera facilitée et du seul ressort du Canton.

Une chose est sûre: je rejetterai sans hésitation cette loi rétrograde et mal fagotée, pour permettre à la Confédération de la remettre sur le métier en vue d’une refonte rapide.

8 commentaires
    Jean Walter

    Le loup n.est pas un régulateur du gros gibier qui est beaucoup trop risqué à attraper. Le loup préfere de loin les animaux domestiques ou de rente comme les moutons.

    le sanglier peut dormir tranquille .....

    Il nous faudrait un argument plus consistant pour montrer l’utilité du loup dans la régulation