Nuisances sonoresÀ Payerne, le F-35 sera plus bruyant que le F-18
Plus de dix-huit mois après avoir présenté un rapport succinct sur les mesures de bruit F-35A, le Département de la défense a affiné le nouveau cadastre du bruit.

Une augmentation des nuisances sonores sur la base aérienne de Payerne, une exposition au bruit stable à Emmen et une diminution du côté de Meiringen. Presque deux ans après avoir présenté un «rapport succinct sur les mesures de bruit et étude d’impact du nouvel avion de combat» aux communes voisines des trois bases aériennes du pays, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a présenté ses calculs de bruit en vue de la mise en exploitation du nouvel avion de chasse F-35A. Et les résultats du laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa) ne réjouissent pas dans la région broyarde.
«Aucun nouveau village ne se retrouve dans la courbe des 65 dB moyens par jour.»
Au printemps 2022, l’armée annonçait que le F-35 produisait un niveau sonore supérieur de 3 décibels (dB), soit un doublement de la perception du bruit au décollage. Mais avec une réduction de moitié des mouvements, les courbes du cadastre du bruit, établi en 2010 après de longues négociations, ne devaient pas bouger. Et pourtant, elles évoluent. L’armée a opéré de longs tests, notamment chez le constructeur à Fort Worth (USA) en analysant plusieurs techniques de décollage et pris en compte tous les mouvements d’aéronefs prévus.
Exposition supérieure
L’exposition des villages voisins aux nuisances sera légèrement supérieure. «Plusieurs raisons expliquent ces résultats. D’une part, des mouvements de jets opérés à Payerne sont encore des vols de Tiger F5. Comme ils sont moins bruyants que le F/A-18, la réduction de ces mouvements a moins d’impact sur la totalité du bruit», explique le colonel Christian Oppliger, chef de l’engagement du F-35 pour l’armée. Un nouveau système de calcul plus précis, mais moins favorable pour Payerne, est aussi évoqué.
«Aucun nouveau village ne se retrouve dans la courbe des 65 dB moyens par jour. Peut-être qu’un village qui n’avait qu’un quartier dans cette ligne voit la limite désormais passer au milieu de la localité», reprend le colonel Oppliger. Si Morens (FR) était déjà concerné, c’est désormais aussi le cas d’une grande partie de Bussy (FR) ou d’un bout de Cugy (FR).
«Ces nouvelles courbes sont une catastrophe. Je pense notamment à celle qui ne permettra plus du tout de développer des zones d’habitat dans certains villages.»
«Ces nouvelles courbes sont une catastrophe. Je pense notamment à celle, plus large, de la limite de 60 dB, qui ne permettra plus du tout de développer des zones d’habitat dans certains villages», soupire Cédric Péclard, syndic des Montets (FR) et président de l’Association pour la sauvegarde des intérêts des communes broyardes touchées par l’aérodrome de Payerne (ASIC).
Montée au créneau après la présentation du rapport succinct, l’ASIC n’a jamais reçu de réponse. «La valeur de centaines de mètres carrés de parcelles va baisser. Cela va poser des questions en matière d’aménagement du territoire. La péjoration économique était déjà là, mais elle va s’accentuer», peste Eric Chassot, syndic d’Estavayer et ancien syndic de Bussy.
Selon l’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit, la limite de 65 dB donne droit à des compensations, moyennant diverses conditions. «Cela peut être des fenêtres mieux insonorisées ou d’éventuelles indemnisations financières», explique Bruno Locher, chef de la division Territoire et environnement du DDPS.
Procédures pas réglées
Des procédures avaient été lancées suite à la validation du cadastre du bruit de 2010. Elles ne sont toujours pas réglées. «Et nous n’avons pas vraiment obtenu de réponse à la question des compensations que l’armée prévoit avec le F-35», commente Alain Sumi, syndic de Grandcour.
Dans leurs présentations aux communes, auxquelles la presse n’était pas conviée, les experts du DDPS ont toutefois confirmé de bonnes nouvelles déjà annoncées. Alors que le règlement d’exploitation militaire permet actuellement 11’000 mouvements annuels de jets à Payerne (pour une moyenne de 8391 effectués), la nouvelle mouture n’en prévoit plus que 5500 du F-35. «Nous en aurons besoin de 4200 annuellement, mais on se doit de garder une marge, par exemple en cas de fermeture momentanée d’un aérodrome», justifie le pilote Oppliger. Il en restera 1350 à Emmen et 2500 à Meiringen.
«Comment justifier que l’armée prévoie 1300 mouvements de marge à Payerne et se permette ainsi de péjorer toute une région?»
Début 2022, l’armée parlait de 2500 mouvements de F-35 à Emmen et 1500 à Meiringen. «On voit qu’elle arrive à arranger ses vols en Suisse alémanique pour rester dans les courbes de nuisances. Cela devrait être pareil chez nous», conclut le président de l’ASIC. Et Eric Chassot de surenchérir: «Comment justifier que l’armée prévoie 1300 mouvements de marge à Payerne et se permette ainsi de péjorer toute une région? On souhaite dialoguer, mais on nous pousse à la confrontation.»
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