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En marge de la votation sur la chasseLa chasse, de la convivialité à l’adrénaline

Avant la votation du 27 septembre, reportage dans les pas d’un groupe de chasseurs. Qui dévoilent certaines de leurs motivations et de leurs coutumes.

Denis et sa chienne Naya en pleine traque de cerf jeudi matin tôt un peu au-dessus de Chéserex.
Denis et sa chienne Naya en pleine traque de cerf jeudi matin tôt un peu au-dessus de Chéserex.
Florian Cella/24 heures

Assis sur un petit mur en pierre au milieu de la forêt habillant les contreforts du Jura, Patrice savoure de multiples façons. D’abord avec ses papilles, en dégustant un morceau du foie du cerf qu’il a tué quelques heures auparavant et qui vient d’être cuit dans une poêle avec du vin rouge et des échalotes. Ensuite, la magie du moment: cet instant de convivialité en pleine nature, hors du temps alors qu’on est au milieu de la semaine. Il contraste tant avec sa vie trépidante d’agent immobilier.

Il savoure, enfin, le calme qui revient progressivement en lui après ses fortes émotions du matin, dont une qui n’était pas tout à fait prévue. «Chaque fois que tu vois un animal apparaître devant toi, ça te fait une décharge d’adrénaline. Après, si toutes les conditions sont réunies et que tu peux tirer, il y en a une seconde au moment où tu appuies sur la gâchette. C’est ce qui s’est passé tout à l’heure. Par contre, j’en ai eu une grande troisième: après avoir été touché, le cerf a obliqué sur la gauche et m’a foncé dessus. Je me suis levé et j’ai crié en agitant les bras mais, heureusement, il s’est affalé à 5 mètres de moi. J’en ai eu les mains qui tremblaient pendant une heure», explique ce pourtant solide gaillard ayant passé le cap de la cinquantaine.

Organisation précise

L’anecdote viendra enrichir la liste de celles qu’aiment tant se raconter les membres du groupe que nous avons pu accompagner jeudi matin lors d’une partie de chasse au cerf dans les environs de Chéserex. Le rendez-vous, proposé pour pouvoir constater sur le terrain la réalité d’une partie de chasse dans le cadre des débats sur la votation du 27 septembre prochain, était fixé à 6 h 45 en bordure de forêt.

Une fois tout le monde arrivé, Bernard, le chef de groupe, a pris les choses en mains: carte dépliée sur le capot de la voiture, il a attribué à six chasseurs les postes de tir répartis sur une ligne, tandis que le rôle du traqueur était confié à Denis. «Le photographe et le journaliste, vous irez avec lui. Comme sa mission sera de faire du bruit, vous pourrez sans problème discuter.» Jérôme, jeune chasseur mais non détenteur du permis pour le cerf, nous accompagnera.

Avant de démarrer la traque, les chasseurs s’organisent méticuleusement. L’ensemble de la pratique est très réglementé.
Avant de démarrer la traque, les chasseurs s’organisent méticuleusement. L’ensemble de la pratique est très réglementé.
Florian Cella/24 heures

8 heures. Tout le monde est enfin en poste. Denis reçoit un SMS et détache sa chienne Naya, une chienne d’arrêt allemande langhaar pour les connaisseurs. «On y va.» Le but est de suivre une ligne imaginaire d’environ 2 kilomètres à flanc de coteau et de mettre le gibier en mouvement. Après quelques mètres, on tombe sur une crotte fraîche. «Du sanglier», identifie immédiatement le traqueur, trader dans le commerce des fibres au civil. Mais quelques mètres plus loin, une autre de forme différente est plus prometteuse: «Ça, c’est du cerf. Et elle est fraîche, en plus!»

Fausse alerte

Naya court en tous sens au gré des pistes qu’elle détecte. La clochette à son cou nous permet toutefois de savoir dans quel coin elle se trouve. Soudain, elle aboie. «Silence», ordonne Denis. Un collège en contrebas comprend vite la raison de l’aboiement et crie: «Chevreuil!» Naya revient et se fait taquiner par Denis: «C’est bien, ma fille, mais tu as un mois d’avance!»

«Aucun animal du commerce n’a eu une telle qualité de vie et aucune viande n’est aussi saine»

Jérôme, avocat de métier et chasseur depuis deux ans

Le terrain est escarpé et en dévers, mais Denis s’y déplace avec l’agilité d’un chamois. Jérôme observe la technique du traqueur et les échanges avec son chien. «Je ne chasse que depuis deux ans, explique cet avocat de métier. C’est parti d’une réflexion sur la qualité de la viande que nous mangeons. Mon épouse est devenue végétarienne, et moi, j’ai entamé les démarches pour faire le permis de chasse. Aucun animal du commerce n’a eu une telle qualité de vie et aucune viande n’est aussi saine.»

«On n’a rien entendu!»

Alors qu’après une heure de marche, la traque touche à son but, Denis reçoit un coup de fil. «Quoi? Tu as tiré un cerf? Mais on n’a rien entendu!» Le traqueur fait résonner quatre fois son cor, la partie est terminée. Tout le monde se dirige vers Patrice et son trophée.

«Ouah, la bête! Bravo!» Encore secoué par l’aventure qu’il vient de vivre Patrice réalise à moitié. Ses amis sont plus enthousiastes: «Il est superbe. Il doit faire au moins 200 kg». Un membre de l’équipe caresse la joue de l’animal, comme s’il voulait le rassurer ou le remercier. Sacrifiant à la tradition, Denis place, lui, un rameau de sapin dans la bouche du cerf. «Il symbolise le dernier repas. Pour nous, c’est une marque de respect et de reconnaissance envers l’animal, mais en général, les non-chasseurs ne comprennent pas.»

Une balle en plein cœur n’a laissé aucune chance à ce cerf adulte affichant plus de 200 kg sur la balance.
Une balle en plein cœur n’a laissé aucune chance à ce cerf adulte affichant plus de 200 kg sur la balance.
Florian Cella/24 heures

En cette journée de début d’automne, l’air se réchauffe rapidement et les mouches affluent déjà autour de la carcasse. Tandis que les autres chasseurs accrochent une marque à la patte, remplissent les formulaires et préviennent le garde-faune, le tireur empoigne son couteau. Pour préserver la qualité de la viande, les organes génitaux sont retirés en premier. Puis il faut s’attaquer aux organes internes. Un travail rebutant, «mais qui fait partie d’un tout», commente Jérôme. Tout ce qui est retiré sera déposé à l’abri des regards dans la forêt. Entre les renards, les sangliers et peut-être les loups, tout aura disparu lorsque le soleil se lèvera à nouveau.

«Je me demande s’il n’y a pas un lien avec la présence du loup»

Denis, traqueur observant que le gibier détale très rapidement cette année

Le dernier animal cité n’est pas une vue de l’esprit. «On n’en a pas vu et on ne risque pas d’en voir, ils sont bien trop malins, sourit Denis. Mais cette année, le gibier est particulièrement «léger»: il décampe au moindre bruit. Je me demande s’il n’y a pas un lien avec la présence du loup.» La chose est très possible puisque des individus ont attaqué des veaux la semaine précédente, juste de l’autre côté de la montagne.

Partage équitable

Le temps de faire une photo souvenir et le cerf est chargé à l’arrière d’un pick-up pour être amené dans la chambre froide d’un boucher de la région, où le garde-faune viendra l’inspecter. Le boucher découpera ensuite la bête pour en faire des lots qui seront partagés équitablement entre tous les membres du groupe. «Même pour ceux qui ne sont pas là aujourd’hui. Parce que s’ils avaient pu, ils seraient venus», explique Antoine. Le reste du groupe se déplace à un point de rendez-vous pour casser la croûte. Tandis que Denis prépare la poêle et le foie, Patrice s’assied sur un muret de pierre et savoure. «J’adore ça!»

26 commentaires
    Peter Colberg

    J’avais un oncle qui était forestier et chasseur de métier en Allemagne, et chez qui on mangeait du filet de cerf accompagné d’airelles rouges à chaque visite : des bons souvenirs lointains, qui me font apprécier le produit de la chasse lorsque le civet et les médaillons de cerf apparaissent sur le menu chaque automne. La chasse fait partie des traditions de notre canton et du pays, et qui devrait ainsi être maintenue.