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Surcharge aux soins intensifs«On ne peut pas refuser de soigner un coronasceptique»

Un économiste propose de priver les «rebelles du corona» de lits en cas de surcharge. Rejet catégorique des conseillers d’État Rebecca Ruiz et Mauro Poggia.

Des militants antimasque manifestent à Genève, le 12 septembre dernier.
Mobilisation
Des militants antimasque manifestent à Genève, le 12 septembre dernier.
KEYSTONE

Un économiste de la santé propose de durcir le ton face aux «rebelles du corona». Dans une interview publiée mardi par les journaux alémaniques du groupe Tamedia, Willy Oggier lance une idée radicale pour faire face à la pandémie de coronavirus. Sa proposition: priver les personnes qui refusent de respecter les règles d’hygiène d’un lit en soins intensifs en cas de surcharge hospitalière.

Conseiller indépendant, ce spécialiste zurichois connu dans le domaine de la santé se défend de vouloir punir un comportement. Il s’agit plutôt, selon son argumentaire, de faciliter la tâche des médecins confrontés à un manque de place et obligés de choisir qui soigner. «Je trouve cela plus équitable que l’autoproclamé rebelle du corona se trouve désavantagé, plutôt que le patient le plus âgé dans la pièce», affirme-t-il.

«Ceux qui ignorent volontairement les règles de distanciation sociale et d’hygiène doivent assumer la responsabilité de leurs actes.»

Willy Oggier, économiste de la santé à Zurich

Comme autre mesure, Willy Oggier propose encore de faciliter la possibilité de sanctionner les personnes ne voulant pas se conformer aux règles sanitaires. Il juge ainsi nécessaire de créer immédiatement une base légale qui permettrait d’infliger des amendes d’ordre salées, en se passant d’une longue procédure, à toute personne qui ne respecterait pas l’obligation de port du masque, par exemple. Des entreprises de sécurité privées, tout comme la police des transports, devraient également être habilitées à les distribuer.

Identité enregistrée

L’identité des personnes amendées serait par ailleurs enregistrée, avec pour conséquence que ces dernières pourraient se trouver privées d’une place aux soins intensifs. «Ceux qui ignorent volontairement les règles de distanciation sociale et d’hygiène doivent assumer la responsabilité de leurs actes», affirme-t-il.

La proposition de Willy Oggier de pénaliser les «rebelles du corona» intervient dans un contexte très tendu sur le front de la prise en charge des patients Covid gravement atteints. Elle semble trouver un large écho dans la population. Plus de 11’400 personnes ont pris part au coup de sonde non représentatif mené ce mardi sur nos plates-formes numériques. Un «coronasceptique» devrait-il perdre son droit à un lit de soins intensifs en cas de surcharge? Verdict: près de 81% de réponses positives.

«Toute personne qui en a besoin a droit à des soins, quelles que soient ses opinions.»

Rebecca Ruiz, conseillère d’État vaudoise chargée de la Santé

L’idée suscite en revanche un rejet catégorique de la part de responsables cantonaux de la santé. «Il y a un principe intangible, celui des soins universels. Toute personne qui en a besoin a droit à des soins, quelles que soient ses opinions», tranche la conseillère d’État vaudoise Rebecca Ruiz.

Son homologue genevois, Mauro Poggia, abonde dans ce sens. «Dans un État démocratique, on ne peut pas refuser le traitement à quelqu’un sur la base de ses idées ou de ses comportements. Je comprends l’agacement de certains vis-à-vis des coronasceptiques, mais rien ne justifie une telle décision.» Et d’insister sur les dérives potentielles qu’impliquerait une telle pratique. «La liste des comportements réprouvés pourrait s’allonger à l’envi. Il ne faut pas ouvrir cette porte.»

Samia Hurst, membre de l’Académie suisse des sciences médicales, est catégoriquement opposée au déni de médecine.
Bioéthicienne
Samia Hurst, membre de l’Académie suisse des sciences médicales, est catégoriquement opposée au déni de médecine.
DR

Les Hôpitaux universitaires de Genève appuient les propos du magistrat. «Les HUG soignent tous les patients sans aucune distinction. Si un tri des patientes et patients devait être mis en place, nous suivrions les recommandations de l’Académie suisse des sciences médicales.»

Pas un crime

Membre de cette dernière institution, la bioéthicienne et professeure à l’Université de Genève Samia Hurst rejette fermement toute proposition visant à refuser des soins intensifs à une personne sur la base de ses idées. «Le seul critère pertinent est celui des chances qu’a une personne de s’en sortir. C’est uniquement cela qui entre dans la balance. La médecine n’a pas pour tâche de punir, elle doit traiter tout le monde de manière égale.»

«Le seul critère pertinent est celui des chances qu’a une personne de s’en sortir.»

Samia Hurst, bioéthicienne à l’Université de Genève

La spécialiste rappelle par ailleurs que le coronascepticisme ne constitue pas un crime. «Ce qui ne veut pas dire que ces personnes ne font rien de mal en refusant par exemple de porter le masque. En cas de violation des règles sanitaires, un contrevenant peut être sanctionné par la justice. Même là, cependant, les punitions possibles n’incluent pas le déni de médecine.»

73 commentaires
    DF

    Comme quoi le regard des économistes sur l'action des soignants au front est nul et non avenu. A la niche, avec une baisse de salaire pour ces théoriciens planqués dans leurs bureaux aux heures ouvrables!