Passer au contenu principal

Aide aux clubs«On ne peut pas soutenir le sport que lorsque tout va bien»

Privés de public, les clubs se préparent à lutter pour leur survie. Mathias Reynard, président de la commission parlementaire au chevet du sport professionnel, fait le point. Interview.

Le conseiller national valaisan Mathias Reynard, lors de la session parlementaire de «l’avant-Covid», le 5 mars 2020 à Berne. (KEYSTONE/Anthony Anex)
Le conseiller national valaisan Mathias Reynard, lors de la session parlementaire de «l’avant-Covid», le 5 mars 2020 à Berne. (KEYSTONE/Anthony Anex)
KEYSTONE

Matches reportés, équipes en quarantaines, huis clos ou jauges de 1000 spectateurs imposés par les cantons, la peur gagne le sport professionnel romand presque aussi vite que les cas de Covid-19 augmentent. En Valais, région la plus touchée, les mesures prises mercredi dernier ont libéré la parole. «Socialement, c’est un choc» (Laurent Perroton, HC Martigny). «On est mal, très très mal. Notre société est clairement en péril» (Sébastien Pico, HC Viège). Dimanche soir sur le plateau de la RTS, Christian Constantin ne disait pas autre chose: «pas tous les clubs passeront l’hiver.»

Mais au cœur de ce tableau apocalyptique, le président du FC Sion pointait du doigt une faible lueur d’espoir en citant les démarches engagées par le conseiller national socialiste Mathias Reynard pour soutenir les clubs dès le mois de décembre. Ces démarches, le président de la commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC-N) a bien voulu nous les détailler.

Mathias Reynard, le sport professionnel semble placer beaucoup d’espoir dans le travail de votre commission. Que peut-il espérer?

Lors de notre dernière séance, la commission a décidé d’interpeller le Conseil fédéral. Une lettre est partie il y a deux jours, laquelle réclame une application la plus souple et la plus pragmatique possible de la loi sur le soutien aux sports professionnels. Celle-ci est dans sa dernière phase de consultation et nous poussons pour qu’elle puisse entrer en vigueur au 1er décembre. Le but est principalement de simplifier l’octroi des prêts mais aussi d’assouplir les règles de remboursement (ndlr. renoncement par le CF de la formulation potestative et remboursement linéaire).

‹‹Une aide financière fédérale à fonds perdu n’est envisageable que dans une situation de dernier recours››

Mathias Reynard, conseiller national valaisan

De nombreux présidents de clubs espèrent désormais des aides sous forme de don plutôt que de prêt. Est-ce illusoire?

J’en ai bien conscience. Or un tel basculement dépend toujours de la situation. Une aide financière fédérale à fonds perdu n’est envisageable que dans une situation de dernier recours. Notre commission est amenée à traiter parfois des cas aussi extrêmes dans le domaine culturel. Or il s’agit toujours d’une aide d’urgence, lorsque l’institution est sur le point de faire faillite malgré une longue période de RHT et des restructurations. Le sport professionnel pourrait-il en bénéficier le cas échéant? Tout dépendra de l’évolution de la situation. On ne peut pas défendre le sport uniquement lorsque tout va bien et le considérer comme un amusement quand c’est plus dur. Cela dit, nos clubs ne sont pas encore dans une situation aussi désespérée.

Est-ce facile de défendre le sport professionnel dans la Berne fédérale? Est-ce un domaine qui trouve naturellement des soutiens sous la Coupole?

Au parlement, je trouve que le sport est plutôt bien défendu. Il y a dans chaque parti de vrais amateurs et connaisseurs. Le sport comme secteur d’activité possède donc une oreille et des relais à Berne. Après, la question divise davantage dans l’opinion publique. Je reçois plus de messages mécontents lorsque je m’engage pour le sport professionnel en comparaison avec d’autres causes. Tout simplement parce qu’il est considéré comme un milieu qui brasse de l’argent. Or même si je concède et condamne les dérives du sport business, il y a derrière chaque club des gens qui travaillent et qui œuvrent pour la communauté. Donc j’admets volontiers que le sport ne figure pas au premier rang des priorités mais, à l’inverse, rien ne justifie de laisser tomber les clubs; comme n’importe quel autre secteur économique d’ailleurs, qu’il s’agisse de PME ou d’indépendants.

‹‹Il faut arrêter de bricoler en créant des situations injustes sur le plan économique et sportif››

Mathias Reynard, conseiller national valaisan

Où se situe l’urgence ces prochains jours, selon vous, pour le monde du football et du hockey professionnel?

S’il n’y a pas de solution uniforme entre les cantons, la Confédération devrait alors reprendre la main. Le fédéralisme a beaucoup de qualités mais ce n’est pas acceptable de voir perdurer des situations semblables à celle de ce week-end avec un Sion-Servette qui, s’il avait eu lieu, se serait joué à huis clos à Tourbillon et potentiellement devant 19’000 spectateurs à Genève. Le tout avec des situations sanitaires très proches entre les deux cantons. Il faut arrêter de bricoler en créant des situations injustes sur le plan économique et sportif. Aujourd’hui, les cantons latins sont les plus touchés. Mais ce sera peut-être au tour de Zurich dans quinze jours. Il faut uniformiser les règles, valider un protocole global et tout faire pour que la loi sur l’aide aux clubs entre en vigueur début décembre.

2 commentaires
    grmayor

    ben, au lieu de demander des sous, que les sportifs courent après le virus! Ils seront, dans le contexte actuel, au moins utiles!!!