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ÉditorialOn ne s’inquiète pas des bigoudis clandestins

Depuis mercredi à 17 heures, les salons de massages sont des rescapés. Contrairement à la première vague, la prostitution échappe cette fois à la liste des lieux de divertissement fermés, mesure urgente décrétée par le Conseil d’État vaudois face à la hausse des cas de Covid-19 et des hospitalisations. Une exception en Suisse romande.

Un nouveau coup de projecteur sur les «filles», comme on dit dans le milieu, reflet de notre société dans ce qu’elle a de moins rose. Elles sont aux trois quarts anonymes, maîtrisant tout juste le vocabulaire de base utile à leur quotidien, sans aucune chance de reconversion solide une fois atteint l’âge où le client se détourne.

Pour une fois, on peut toutefois espérer que les «filles» ne soient pas les dernières victimes, au coin de la rue là-bas, de toute une chaîne de décisions qui ont été prises sans elles. Payerne avait fait fermer partie de ses lupanars en 2016, faisant disparaître des dizaines de travestis, de clandestines et d’indépendantes Dieu sait où. Vaud n’avait pas beaucoup plus brillé, peinant à sortir sa nouvelle loi sur la prostitution en 2019. La fermeture prolongée des salons, lors de la première vague de coronavirus ce printemps, avait conduit à des situations catastrophiques, avec des prostituées battues et plus précarisées que jamais, tandis que d’autres ramaient dans la paperasse pour trouver des aides. «On aimerait enfin qu’on nous considère comme une profession comme une autre», avait alors soupiré, presque hurlé, le milieu.

L’État n’a pas simplement entendu le lobbyisme efficace des tenanciers d’agences ou de salons qui avaient peur de voir leur maison close. Ceux qui nous gouvernent se sont dit qu’il valait mieux passer pour des «Welsch inconscients» aux yeux de nos confédérés, laisser des salons ouverts, les contrôler tant que faire se peut, plutôt que de renvoyer avec certitude les plus faibles dans des greniers ou dans des appartements sordides, seuls, et encore plus exposés.

Justement. Le fait que le Conseil d’État considère qu’il s’agit de tout un monde qui peut basculer dans l’ombre indique bien que, pour lui, la prostitution n’est pas un métier comme un autre. On ne s’inquiète pas des coiffeuses clandestines et des bigoudis en douce à domicile. Mais il y a sans doute aussi beaucoup de réalisme: à l’heure où l’économie vaudoise est à l’arrêt, la vie doit se poursuivre, partout, autant que possible. Là, la prostitution est devenue un commerce comme un autre.

5 commentaires
    Jacques Gaillard

    «On aimerait enfin qu’on nous considère comme une profession comme une autre» NON!!! La seule véritable profession, c'est maquereau!!!

    La prostitution, c'est l'esclavage. Et je ne comprends pas que, parmi les cinq femmes qui siègent à l'exécutif vaudois (le Très Noble et Très Digne Conseil d'État), tout le monde trouve ça normal. Non mais, allo quoi: Cesla, Nuria, Béatrice, Rebecca, Christelle, vous êtes où, là?