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La rédactionOù et comment surmonter le «syndrome de la cabane»

L’isolement social a vécu. La (trop) longue période de crise est traversée, non sans mal. Au-delà des nouvelles habitudes de vie ou des blagues douteuses à répétition, ce printemps 2020, le monde entier s’en souviendra, le plus souvent car la sale bébête nous a obligés à nous regarder en face, bien dans le miroir. Certes, les moyens technologiques ont amorti une partie du choc de la solitude, mais certaines séquelles demeurent.

Personnellement, au fil de mon enfermement forcé, j’ai développé le «syndrome de la cabane». Cette expression a priori tout enfantine désigne la peur sociale ou l’angoisse de sortir de chez soi. Alors, qu’on se rassure: ce syndrome de la cabane ne serait pas (encore) utilisé en psychiatrie, tout comme deux autres variantes largement relayées par les médias: le syndrome du prisonnier et le syndrome de l’escargot. Cette terminologie proviendrait du ressenti des chercheurs d’or à l’issue du confinement pendant des mois dans des cabanes.

«Il faut une énergie démesurée, un manque de nourriture ou de tabac auxquels on ajoute un sacré coup de pied au derrière, pour avoir le courage de sortir»

Comment cela se concrétise-t-il? D’abord, Il faut une énergie démesurée, un manque de nourriture ou de tabac auxquels on ajoute un sacré coup de pied au derrière, pour avoir le courage de sortir de son cocon. Au moment de passer la porte, le masque vissé sur le visage, on regarde à gauche et à droite, comme un gamin à qui l’on apprend la sécurité routière. Ensuite, à la vitesse d’une limace au soleil, on rase les murs pour ne surtout pas croiser un autre être humain. Si cela se produit, la peur monte et on se surprend à changer de trottoir. Arrivé à proximité du magasin, le cœur bat la chamade. On se met à surveiller les bons et les mauvais gestes de distanciation de nos semblables semi-confinés. On fait ses courses à la va-vite, on se gicle les mains quatre fois. Pour être bien sûr.

Les jours passent, les restaurants rouvrent, la vie retrouve une «nouvelle normalité», nous dit-on en direct de Berne. Ressortir, aller prendre un café? Pour moi, c’est non, l’envie est coincée, à l’abri dans ma maison. Pourtant, sur l’insistance de mes très proches amis et de leur présence qui manque, j’accepte de prendre le train durant une petite heure pour partager une grillade. Il fait beau, les oiseaux n’ont jamais chanté aussi fort. Sur le chemin de la gare, je suis anxieux. Je monte dans le wagon, ressens une affreuse impression d’étouffer avec ce fichu masque bleu. Débarqué dans la grande ville de nos retrouvailles amicales, je me sens agressé par la foule. Je me mets à courir pour sortir de la gare et je rejoins mes copains suant sang et eau. Heureusement, ils savent m’apporter le réconfort de l’amitié.

Puis, pas à pas, je me forcerai à sortir, comme un entraînement de sportif d’élite pour retrouver le plaisir de croiser et mieux… de sourire aux vraies gens. Aujourd’hui, j’aime bien ma cabane. Elle est repeinte, réaménagée, plus à mon goût. Cette cabane est belle et le syndrome s’est fait la malle. Ouf.