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AboHomophobie dans le football
Ouissem Belgacem: «Être gay ou être footballeur, j’ai dû choisir»

Révélé en 2021 avec son roman autobiographique «Adieu ma honte», le Franco-Tunisien Ouissem Belgacem est devenu une voix de référence contre l’homophobie dans le football. Ici à l’Hôtel de la Paix, à Lausanne.
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Vendredi soir, l’association de gay leadership Network se réunissait à Lausanne, dans le cadre feutré de l’Hôtel de la Paix. Invité d’honneur de la soirée: l’ex-footballeur et écrivain franco-tunisien Ouissem Belgacem. En 2021, son autobiographie «Adieu ma honte» révélait sans fard une homosexualité qu’il avait bâillonnée pendant des années et secouait l’univers encore très hétérocentré du football.

Deux ans plus tard, son roman est adapté en série documentaire sur Canal+. L’ancien espoir du centre de formation du Toulouse Football Club et de l’équipe nationale de Tunisie y raconte comment son «masque» hétéro a fonctionné pendant des années, avant de le faire sombrer dans la dépression et de le pousser à abandonner sa carrière professionnelle.

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Ouissem Belgacem nous a accordé un entretien avant son discours devant les membres de Network. Aujourd’hui, son combat se concentre sur la sensibilisation, dans les vestiaires amateurs comme auprès des ultras et des fédérations professionnelles. Avec l’espoir d’en finir avec la souffrance silencieuse de nombreux jeunes hommes sur les pelouses, forcés de cacher leur sexualité pour vivre leur passion du football.

Comment avez-vous vécu votre double jeu toutes ces années?

«À la fin, alors que j’ai toujours été connu pour être un garçon joyeux, j’étais éteint, consumé… En même temps, je suis allé très loin pour ne pas me faire griller. Pour dissiper le moindre doute, j’ai même participé à une brigade antigay à Toulouse, où on intimidait des homos dans la rue la nuit. Un des épisodes les plus sombres de ma vie. Je collectionnais les petites amies, je faisais l’amour la lumière éteinte en imaginant un mec et, à côté de ça, je suppliais les psys de me «guérir». Si mon histoire prouve une chose, c’est bien que l’orientation sexuelle n’est pas un choix. Quand j’ai joué aux États-Unis, à Denver, je pensais que mes coéquipiers seraient plus cools qu’en Afrique, où les homos sont considérés comme malades ou possédés par le diable, mais, en fait, les discours étaient les mêmes, voire encore pires dans le virilisme… Je suis tombé de haut. Où que j’aille, le constat était le même. Être gay ou footballeur, j’ai dû finir par choisir.»

Que penser des brassards arc-en-ciel?

Franchement, les joueurs pourraient les porter toute l’année que ça ne changerait rien au problème. C’est juste les fédérations qui font de la com pour éviter qu’on ne les accuse de ne rien faire. Ça reste un bout de tissu symbolique, c’est très facile à mettre en place contrairement à un vrai programme d’éducation qui doit régler le problème en profondeur. Il n’y a qu’à voir la scène iconique de Serge Aurier, qui pensait que les lacets arc-en-ciel qu’il portait sur ses chaussures représentaient la lutte contre le racisme… On explique à peine le pourquoi du comment aux joueurs. À quel impact peut-on s’attendre dans ces conditions? Il y a également tout le problème de la sincérité. Quand Black Lives Matter est arrivé en Europe, les trois quarts des joueurs avaient un genou au sol et les messages de soutien inondaient les réseaux sociaux. Si les joueurs étaient vraiment convaincus par les flocages arc-en-ciel, pourquoi ne retrouve-t-on aucune prise de position sur leurs réseaux sociaux? En réalité, les mecs l’acceptent juste pour ne pas se faire taper sur les doigts.

La tâche paraît immense…

C’est sûr que je ne vais pas être capable d’aller sillonner tous les clubs de France, de Suisse et de Belgique. Comme pour toutes les grandes discriminations, il n’y a pas de remède miracle. La seule chose qui aura de l’impact, c’est un grand programme d’éducation. Je suis déjà allé dans des clubs où des coachs m’ont confié motiver leurs joueurs à coup de «bougez-vous le cul, vous jouez comme des pédés». Ça me dépasse, la langue française est pourtant si riche… Quand les adultes responsables tiennent de tels propos, on comprend qu’avant d’aller sensibiliser les plus jeunes, il faut commencer par les encadrants, les présidents de club, les fédérations… Après, tout est très relatif. Je peux écrire huit documentaires, quinze livres, mille conférences, j’aurais toujours moins de poids qu’un joueur comme Kylian Mbappé, qui va dire ne serait-ce qu’une phrase inclusive sur le sujet. Ces mecs-là, la jeunesse du monde les écoute. Je trouve dommage qu’ils ne s’emparent pas du sujet. C’est aussi dans leur silence qu’on remarque le problème.

Vous arrivez à rester positif malgré tous ces vents contraires?

Franchement, oui, je reste optimiste. Avec le racisme par exemple, on a fait des avancées extraordinaires. Sans vouloir hiérarchiser les discriminations, je pense que l’homophobie est dans un angle mort. On met le paquet contre le racisme, avec des grands sponsors, on arrête un match pour une insulte raciste, mais on tolère les chants homophobes. Les gens n’ont pas encore imprimé que de dire «sale pédé» c’est pareil que de dire «sale arabe» ou «sale noir». J’ai aussi de la peine avec les joueurs qui cachent leur homophobie derrière le prétexte religieux. Ils ont moins de problèmes quand il s’agit de gagner de l’argent avec des marques d’alcool ou des paris sportifs. C’est d’une grande hypocrisie. Mais j’ai bon espoir que ça change, que ce soit dans le foot ou dans d’autres sports. Regardez le tennis, aucun joueur n’est «out» depuis la nuit des temps. Statistiquement, ce n’est simplement pas possible. Les lignes finiront par bouger.

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