AboOuragan Idalia«En Floride, l’eau n’a nulle part où aller»
Le «Sunshine State» va devoir s’adapter aux inondations. Mais sur les plages bétonnées ou à l’intérieur des terres, les solutions font défaut.

«Ne combattez pas mère Nature, vous allez perdre cette bataille». Les conseils de Jane Castor, la maire de Tampa à ses concitoyens mercredi alors que l’ouragan Idalia s’abattait sur sa ville résument la lutte inégale que livre la Floride aux éléments naturels qui se déchaînent année après année sur le «Sunshine State». Un peu plus au nord sur la côte ouest balayée par des vents de plus de 200 km/h, l’eau est montée à 2,5 mètres dans les rues de la petite ville de Cedar Key, battant le précédent record de 2016.
Le défi de la Floride est de faire face à ces risques de submersion qui vont s’intensifier ces prochaines années. Et sa faiblesse, ce sont ses longues côtes de sable qui n’offrent aucune protection face à une mer qui monte par ailleurs. Une nouvelle étude de l'Université d’Arizona prévoit que le niveau de l’eau va monter en moyenne de 30 centimètres d’ici à 2050 sur les États américains situés le long du golfe du Mexique.
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Or, le problème majeur est la bétonisation des plages. «À Miami Beach, les immeubles ont été construits sur les dunes et se retrouvent aujourd’hui carrément sur la plage», constate Eric Chaumillon, professeur en géologie marine à La Rochelle Université, et auteur de «Hé… la mer monte!» (éditions Plume de Carotte). «On ne veut pas construire des digues, qui feraient disparaître, à long terme, le sable. Alors à moins de déplacer les habitants, la ville est contrainte de réensabler continuellement ses plages.»
«À Miami Beach, les immeubles se retrouvent aujourd’hui carrément sur la plage.»
Opération tout aussi coûteuse, qui a déjà englouti des sommes astronomiques et qui a fait exploser le prix du sable à la tonne. Et surtout, elle n’empêche pas la perte inexorable de ce précieux matériau. «Lors des tempêtes, les échanges entre la plage et la plage sous-marine sont perturbés par le manque d’espace. La plage s’érode encore plus vite», explique Eric Chaumillon.

La solution prônée par les scientifiques et le GIEC est de laisser plus de place aux espaces naturels côtiers pour leur permettre de se reconstruire après les tempêtes et les rendre plus résilients. Mais l’État, qui veut choyer avec ses plages paradisiaques les nombreux touristes – 137 millions en 2022, selon les chiffres officiels –, préfère miser sur le ballet des tractopelles.
Zones humides
Loin des côtes, l’intérieur du pays est lui aussi menacé par ces inondations à répétition. La Floride compte d’immenses zones humides, avec des systèmes de marécages et de mangroves. Le changement climatique, associé au développement des terres agricoles, ne fait qu’exercer davantage de pression sur les cours d’eau naturels et sur les systèmes d’évacuation des eaux pluviales.
«Des précipitations plus extrêmes constituent une menace importante pour les communautés de l’intérieur des terres», a déclaré récemment dans le «Washington Post» Tom Frazer, doyen du College of Marine Science de l’Université de Floride du Sud. «En résumé, l’eau n’a nulle part où aller.»
Entre reconstruction et prévention, il y a urgence et le financement fédéral auquel a droit l’État après chaque ouragan prend du temps à être concrétisé en actions. Beaucoup de projets ont été planifiés lors de catastrophes précédentes (7 milliards de dollars alloués par Washington après l’ouragan Ian) et une grande partie de cet argent reste à dépenser.

Défi pour DeSantis
Pour le gouverneur de Floride Ron DeSantis, la gestion des catastrophes dans son État risque de peser sur la course à la Maison-Blanche. Loin dans les sondages derrière son rival Donald Trump, DeSantis a suspendu sa campagne pour se consacrer à la crise, multipliant les briefings sur l’avancée des réparations après Idalia, se mettant en scène avec les volontaires, alors que son épouse postait des images du chêne qui s’est abattu sur leur manoir familial de Tallahassee.

Les Démocrates lui reprochent néanmoins de ne pas en faire assez contre la montée des eaux, alors que New York construit à coups de milliards un mur pour protéger la presqu’île de Manhattan, menacée elle aussi. Si l’ancien climatosceptique dit vouloir aujourd’hui préparer son État aux changements du réchauffement climatique, il a encore récemment, selon le «Washington Post», mis son veto à des dépenses de plus de 500 millions de dollars pour soutenir des projets visant à limiter les effets des inondations dans les comtés de Floride.
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