«Un chrétien peut faire du profit, à condition de ne pas tricher»

ReligionRéussir dans les affaires n’a rien d’incompatible avec la spiritualité. C’est la conviction de Bernard Russi, patron chrétien.

Bernard Russi, né dans une famille protestante de Château-d’Œx en 1951, n’était pas croyant dans sa jeunesse.

Bernard Russi, né dans une famille protestante de Château-d’Œx en 1951, n’était pas croyant dans sa jeunesse. Image: Philippe Maeder

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PDG du groupe hôtelier Boas, à Crissier, Bernard Russi (65 ans) est aussi un chrétien revendiqué. Evangélique, converti il y a près de trente ans, il parle de son parcours religieux dans une conférence, aujourd’hui, à Fribourg (lire ci-contre). Comment peut-on concilier business et religion? Credo d’un entrepreneur qui travaille avec Dieu.

Le business est-il compatible avec la foi?

Bien sûr, regardez la parabole des talents dans la Bible. Celui qui n’a rien fait avec son talent est mal jugé. Ceux qui l’avaient fait fructifier ont été récompensés. Après, tout dépend de la façon dont vous gagnez de l’argent et de ce que vous en faites. Si vous écrasez les autres, si vous sous-payez votre personnel, si vous trichez, ce n’est pas juste. Mais, si votre business est correct, honnête, avec des règles claires et que l’argent gagné est déclaré, je ne vois pas le problème.

Etre riche alors que des gens souffrent de pauvreté, vous ne trouvez pas cela contraire à l’Evangile?

D’abord, je ne me considère pas comme riche. Mais sachez que c’est une chance d’avoir des riches, ils contribuent à assurer les tâches de l’Etat et notamment les services sociaux. Les riches investissent aussi, créent de l’emploi, contribuent à redistribuer la richesse. Les gens sont généreux, et je crois que c’est la majorité. Si chacun contribuait à donner une partie de son revenu à d’autres, notre société irait encore mieux.

Tout le monde n’a pas votre sens moral! Certains profitent du système.

Cette façon de faire me déplaît fortement. Certaines personnes n’ont que le profit en tête et se comportent n’importe comment. Je suis très libéral dans mes idées, mais je déplore ce genre d’attitudes qui détruit notre système. Cela me dérange que des gens amassent des fortunes mal acquises comme au casino et jouent avec la fiscalité. Ce n’est pas ma façon de faire. Je suis né d’un père ouvrier, dans une famille modeste. Mes parents travaillaient jour et nuit pour subvenir à nos besoins. Là d’où je viens, on connaît la valeur de l’argent, et tout ce que nous avons eu l’a été en travaillant durement. Je pense qu’il y a beaucoup de caricatures et d’idées fausses. L’immense majorité des patrons que je connais paient leurs impôts, rétribuent correctement leur personnel et font marcher l’économie. On devrait leur décerner des médailles au lieu de les critiquer. Ne nous laissons pas guider par la jalousie. Nous avons une magnifique économie en Suisse, elle est due à l’engagement et aux qualités de la majorité des dirigeants.

Votre façon de diriger le groupe Boas est-elle influencée par votre foi?

Oui, et en toute modestie je pense qu’on peut, dans toutes les entreprises, chercher des solutions pour apaiser les conflits et aider les personnes en difficulté. Nous avons un service social au sein du groupe: une personne est là pour aider les gens malades, qui ont des problèmes d’appartement, de papiers ou autres. Son travail est anonyme. Notre groupe finance également à hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs une fondation chrétienne pour aider des pays en voie de développement. Nous allons également créer une fondation pour venir en aide aux femmes en difficulté.

Faut-il être chrétien pour travailler chez Boas?

Non, au contraire. Parfois, des candidats postulent en disant qu’ils sont croyants, parce qu’ils savent que je le suis aussi, mais je n’aime pas trop cela. Ce serait une erreur d’engager des employés sur ce critère.

Essayez-vous de convertir vos employés ou vos partenaires commerciaux?

Non, ce n’est pas mon caractère. Il m’arrive de témoigner de ma foi, comme aujourd’hui, mais sans prosélytisme. J’essaie plutôt de montrer l’exemple, ce qui amène ensuite la personne à se poser des questions.

Comment montrez-vous l’exemple?

Je tiens à ce que mes employés soient bien rétribués, je gagne moins que certains d’entre eux. C’est mon éthique, je ne voudrais pas me servir alors que mon personnel crève la dalle. Je ne veux pas que l’on abuse d’une situation pour humilier quelqu’un ou lui faire du mal. Par exemple, je me suis démené pour que le casserolier, qui exerce la fonction la plus modeste dans le secteur de la restauration, ait un espace de travail le plus dégagé et éclairé possible. Je respecte mes employés, je vais souvent leur dire bonjour, leur serrer la main. Mais je demande aussi du respect en retour et je fixe des limites.

Quelles limites?

Je ne veux pas de tatouages visibles, pas de piercings ni de décolletés trop importants. Mes employés savent aussi que je suis direct et que je dis les choses sans prendre de gants.

Considérez-vous que faire du profit dans son entreprise est une juste récompense pour un chrétien?

Oui, mais il n’y a pas que le profit. Etre patron, c’est aussi un travail acharné, cela demande des sacrifices. Quand j’ai commencé, je me rappelle qu’on travaillait avec ma femme 350 jours par année, de 6 h du matin à 22 h. Je me rappelle un jour où il faisait un temps magnifique dehors. Je me suis dit: qu’est-ce que je fais là? J’en aurais pleuré… Si j’ai vendu une partie du groupe Boas cette année, c’est aussi pour avoir plus de cash et pouvoir continuer, parce que les banques ne jouent pas forcément leur rôle. Si je réussis avec Aquatis (ndlr: projet de centre hôtelier avec aquarium et vivarium à Lausanne), on dira: il se remplit les poches. Si cela ne tourne pas, on me critiquera aussi. Malgré tout, Aquatis est un projet pour les familles, pour les enfants, et j’aimerais faire tout ce que je peux pour que les gens soient heureux. C’est cela mon moteur, ma passion.


Une foi mise à l’épreuve

Né dans une famille protestante de Château-d’Œx en 1951, Bernard Russi a fréquenté le catéchisme. Mais, jeune, il n’était pas croyant: «Quand je regardais les évangéliques, je me disais qu’ils étaient un peu dérangés.» Il se convertira à 37 ans, grâce à celle qui allait devenir sa femme. Elle lui permet de rencontrer le pasteur évangélique Maurice Ray. «Un homme magnifique. On a pris du temps ensemble, il m’a aidé.» Bernard Russi découvre alors que «croire en Dieu est un privilège et une force». Sa conversion l’engage: «Le jour où j’ai décidé de donner ma vie à Dieu, de changer ma vie, j’ai choisi un chemin et j’ai arrêté de louvoyer. On ne peut pas se dire chrétien et ne rien changer dans sa vie. Si quelqu’un a de l’argent non déclaré, par exemple, il doit se mettre en ordre.» La foi de Bernard Russi a été mise à rude épreuve ces derniers mois: «Ma femme est décédée il y a une année, j’en suis encore chamboulé. Alors la période est un peu particulière. Ma relation avec Dieu est un peu difficile. Mais c’est moi, ce n’est pas Lui.» Il fréquente peu l’église, lit la Bible de façon irrégulière, mais il prend le temps de prier «au sein d’un petit groupe de dirigeants. On se rencontre le vendredi matin à 6 h, en toute simplicité.» (24 heures)

Créé: 27.04.2016, 19h57

Conférence

«Business et religion», jeudi 28 avril, 17h.
Avec Bernard Russi, Monika von Sury et Sœur Claire (Saint-Augustin).
Auditoire de la Haute Ecole de gestion, ch. du Musée 4, Fribourg

L’aventure Boas

Trajectoire Bernard Russi, ancien gendarme (1978-1986), se lance dans la gestion d’EMS en 1988 avec son épouse, Anne Russi. La?société Boas SA devient un groupe; en 2015, il comptait 17 EMS et appartements protégés. Ce secteur ayant été revendu, Boas se concentre désormais sur ses 12 hôtels (2200 lits).

Projets A 65 ans, père de deux enfants et six fois grand-père, le?patron de Boas dit vouloir «foncer et réaliser des projets». En grande forme physique, il a cependant renoncé à la Patrouilles des Glaciers, faute de temps. Passionné de mécanique, il roule en Porsche Panamera et continue de faire des vols en hélicoptère.

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