Parking en villePrès de 2500 places de parc ont disparu à Lausanne
Le stationnement public a baissé de 11% depuis 2015 dans la capitale vaudoise. La droite s’inquiète, mais la Municipalité défend sa politique.

Vous avez l’impression que dénicher une place de parc dans les rues lausannoises s’apparente à la quête du graal? Depuis 2015, ce sont près de 2500 places publiques qui ont disparu des rues du chef-lieu cantonal, selon les derniers chiffres communiqués par la Direction des finances et de la mobilité.
L’évolution ne touche pas seulement le nombre de places. La transformation en cours vise à une diminution progressive de la gratuité. Ce sont donc principalement les places bleues (-2740 places) et les places blanches gratuites (-290) qui sont soit supprimées, soit transformées en une offre payante, souvent ouverte aux macarons.
La Ville précise que ces transformations sont effectuées pour faciliter le stationnement de la population résidente. En rendant ces places payantes mais ouvertes aux macarons, le taux de rotation augmenterait, ce qui libérerait davantage de places pour les habitants.
Les seules augmentations enregistrées sur le domaine public concernent les places blanches payantes (+945 places). Par ailleurs, le nombre de places macarons reste stable.
Faute de disponibilité des données, nous ne pouvons malheureusement pas avoir une vue détaillée sur la répartition géographique des suppressions.
La plupart de celles-ci se font dans le cadre de projets de réaménagements de rues ou de places. Ces surfaces sont alors remplacées par des espaces publics (mobilier urbain, arborisation), ou réallouées aux autres modes de transports, par l’introduction de zones piétonnes, de pistes cyclables et de stationnements vélos.
Les rues Pré-du-Marché et du Clos-de-Bulle ont par exemple été transformées en zones de rencontres (environ 50 places supprimées). La place Centrale, rebaptisée place des Pionnières depuis, a aussi été piétonnisée, et fait actuellement l’objet d’un projet de réaménagement (aussi une cinquantaine de places supprimées).

Certaines suppressions visent aussi à sécuriser les «chemins de l’école» pour les enfants, ou encore à les adapter pour des zones 30. Mais, dans ces derniers cas, les suppressions se font à «doses homéopathiques», précise Florence Germond, municipale lausannoise de la Mobilité.
Le stationnement privé compense
Le nombre de places privées, quant à lui, augmente. Ces chiffres doivent toutefois être pris avec des pincettes. Les statistiques mises à disposition par la Municipalité n’étant ni exhaustives ni consolidées.
Le premier relevé complet, effectué en 2019, comptait un peu plus de 67’000 places privées. Les estimations provisoires pour l’année 2023 en donnent presque 70’000.
L’offre totale de stationnement présente donc un bilan en chiffres noirs, avec une stabilité remarquable depuis 2015. On passe de 88’900 places en 2015 à 89’200 places en 2023. Et même plus de 97’000 places, en ajoutant les quelque 8400 places à usage public des parkings privés (chiffre de 2022).
Un taux de motorisation en baisse
Le recul du stationnement public suit assez bien l’évolution du taux de motorisation, soit une baisse d’environ 10% sur la période 2015-2022. Lausanne passe de 370 voitures de tourisme pour 1000 habitants en 2015 à 333 en 2022. Cette baisse touche la plupart des grandes villes en Suisse.
À Lausanne, la croissance démographique ne se traduit donc pas par une augmentation du nombre de voitures. C’est même le contraire. Alors que la population lausannoise augmente, de 135’600 habitants en 2015, à 141’500 en 2022 (+4%), le nombre de voitures de tourisme diminue, de 50’200 en 2015 à 47’100 en 2022 (-6%).
La publication de l’Observatoire de la mobilité lausannoise permet de situer où la pression est la plus forte pour les automobilistes en recherche de stationnement. Le maillage par zones macarons est plutôt grossier, mais apporte une perspective géographique de la situation.
Sans surprise, les quartiers du centre-ville sont les plus touchés en journée, avec des taux d’occupation autour de 80%.
Ces taux augmentent presque partout la nuit. Pour le centre-ville, ceux-ci sont équivalents au taux en journée (80%). Et la pression la plus importante se retrouve dans les quartiers «périphériques» du côté de Prilly (zone D), de Chailly (zone M) et des Mousquines (zone G), où les taux se situent autour de 90%.
Inquiétudes à droite
La question de la diminution du stationnement inquiète Mathilde Maillard, conseillère communale et présidente lausannoise du PLR. «La suppression de places est problématique pour les habitants. Certaines personnes en ont besoin, s’insurge-t-elle, et ça met également en péril les commerces, qui ont besoin d’une clientèle lausannoise et extérieure.»
«L’arc lémanique est un des poumons économiques de la Suisse, et l’accessibilité de Lausanne, notamment en voiture, est une condition pour son développement.»
L’élue PLR accuse notamment la Municipalité de mener une politique «anti-voiture» par des «décisions extrêmement dures à l’encontre des transports individuels motorisés». Elle cite l’exemple des suppressions de stationnement ou encore de l’instauration de zones 30. Or, selon elle, «l’arc lémanique est un des poumons économiques de la Suisse, et l’accessibilité de Lausanne, notamment en voiture, est une condition pour son développement».
Mathilde Maillard précise que son parti soutient une mobilité «multimodale», et que tous les moyens de transport ont leur place. Par contre, elle estime que les habitants doivent pouvoir continuer à avoir accès au stationnement public dans leurs quartiers. Elle ajoute que ces places «peuvent être construites en souterrain, pour laisser la surface à la population, mais il faut d’abord construire cette offre».
Par ailleurs, l’élue PLR estime que ces changements doivent être accompagnés par une amélioration de la desserte en transports publics, et s’alarme du retard des grands projets d’infrastructures (gare de Lausanne, tramway).
Une politique antivoiture?
Florence Germond rejette cette accusation. Selon elle, la politique de stationnement menée par la Ville viserait «à rendre l’espace public plus convivial et à encourager la mobilité active». Et cette politique répondrait à la demande citoyenne, tout en permettant de faire face aux défis climatiques et aux enjeux de santé publique, notamment en termes de pollution et de bruit. Elle insiste, «nous n’agissons pas contre les automobilistes».
«L’objectif n’est pas de diminuer le stationnement, mais de permettre à la population de se réapproprier l’espace public, et d’encourager et de sécuriser les déplacements à pied ou à vélo.»
L’élue socialiste précise que «l’objectif n’est pas de diminuer le stationnement, mais de permettre à la population de se réapproprier l’espace public, et d’encourager et de sécuriser les déplacements à pied ou à vélo». Ainsi, le nombre de places de stationnement évoluerait uniquement si c’est nécessaire pour mener ce type de projets. Elle affirme que sa direction est très attentive aux retours de la population et à la pression observée sur le stationnement, qui lui permet d’agir «où le besoin se fait ressentir».
Concernant les craintes relatives à la fréquentation des commerces, le taux de rotation supérieur en raison de la suppression de la gratuité permettrait au contraire d’améliorer la situation. Et au sujet de l’attractivité économique plus globale de la ville, la municipale souligne que le maintien de l’accessibilité de Lausanne est une des priorités de sa politique. Et ce, «quel que soit le mode de transport choisi, afin que la ville renforce son attractivité».
Quant aux retards des grands projets d’infrastructure, Florence Germond déplore cette situation «indépendante de la volonté de la Ville», mais défend des améliorations continues de la desserte en transports publics. Leur fréquentation a suivi une hausse continue jusqu’à la pandémie, atteignant un pic en 2019 avec 122 millions de personnes transportées. Le net recul dû aux confinements s’infléchit depuis, et la fréquentation en 2023 devrait être supérieure au niveau de 2017, selon les Transports publics lausannois (TL). Et l’arrivée en 2026 du tramway lausannois devrait améliorer significativement la desserte.
Un soutien populaire
Une enquête publiée en 2022 sur les pratiques et aspirations relatives à la mobilité de la population lausannoise conforte la politique menée. Ainsi, plus de 70% des personnes interrogées sont favorables à une généralisation de la piétonnisation du centre-ville et à une extension des pistes cyclables. Et plus de 60% sont favorables à limiter l’espace dédié à la voiture. Par contre, seuls 52% plébisciteraient une généralisation du stationnement payant.
Le débat est donc loin d’être clos. Et les projets de réaménagements, tels que celui de la place du Tunnel, qui prévoit une suppression complète du stationnement en surface, feront sans doute encore couler beaucoup d’encre.
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