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Football«Cette élimination contre l’Ukraine m’énerve encore»

L’ex-gardien de l’équipe de Suisse Pascal Zuberbühler évoque la rencontre de mardi contre l’Ukraine, sans parvenir à éviter les douloureux souvenirs du Mondial 2006 en Allemagne.

S’il s’est un peu éloigné des terrains, Pascal Zuberbühler continue à suivre  de très près le football suisse et international.
S’il s’est un peu éloigné des terrains, Pascal Zuberbühler continue à suivre de très près le football suisse et international.
KEYSTONE

Ambassadeur de la FIFA et membre du Board, Pascal Zuberbühler, 49 ans, continue à suivre le football de très près, et l’équipe de Suisse en particulier. L’homme qui a gardé les buts helvétiques à 51 reprises entre 1994 et 2008 regardera donc avec intérêt, ce mardi soir, la rencontre entre la Suisse et l’Ukraine. Même s’il a un peu de mal avec le format de cette nouvelle Ligue des Nations; et beaucoup de peine à l’évocation de ce huitième de finale perdu lors de la Coupe du monde 2006…

Bonjour Pascal, on vous appelle pour évoquer le Suisse-Ukraine de mardi soir…

Pas de problème, mais on ne parle pas des penalties de 2006, hein (il éclate de rire).

Ce sera dur. En attendant, allez-vous regarder ce match?

Bien sûr, comme tous les matches de l’équipe de Suisse. Contre l’Espagne (ndlr: 1-1 samedi soir), l’équipe a à nouveau prouvé qu’elle avait de grandes qualités. Au niveau individuel, la Suisse est très forte, on a vraiment un super effectif et on n’a pas à se cacher, y compris contre les meilleures nations. Le seul problème qu’il reste, c’est peut-être au niveau de la constance, que ce soit à l’intérieur du même match ou d’un match à l’autre. Donc je vois cette rencontre comme une belle occasion de franchir encore un cap.

Contrairement aux précédents, la Suisse aborde ce match en tant que favorite. Que vous inspire ce contexte?

Oui, nous sommes favoris et il va falloir l’assumer. Quand une équipe arrive à tenir tête à l’Allemagne ou l’Espagne, tout le monde imagine qu’elle va battre l’Ukraine. Mais il va falloir faire très attention, car ce match sera différent des autres, face à une bonne équipe, qui a ouvert le score et tiré sur le poteau en Allemagne. Ce ne sera pas facile, mais c’est le bon moment pour la Suisse de montrer qu’elle a appris, qu’elle progresse.

Si elle ne l’emporte pas, la Suisse sera reléguée dans le groupe B. À quel point l’enjeu est-il important à vos yeux?

Il est important de gagner ce match et de se maintenir parmi les toutes meilleures équipes d’Europe. Quand on est un compétiteur, on n’a jamais envie de terminer dernier d’un groupe, quelle que soit la compétition.

Plus généralement, arrivez-vous à vous passionner pour cette Ligue des Nations?

Tous les matches m’intéressent, y compris les amicaux, parce que je suis un passionné de football. Mais pour être honnête, je trouve que cette Nations League est difficile à suivre et à comprendre, vu son format. Comme le soulignait récemment Arsène Wenger dans une interview, il y a un problème de lisibilité avec cette compétition et c’est dommage, parce que les gens ont de la peine à s’enflammer. En ce sens, c’est une bonne chose d’avoir des matches comme le Suisse-Espagne de samedi, avec toutes ces émotions et les deux penalties arrêtés par Yann (ndlr: Sommer) face à Sergio Ramos.

"Je ne veux pas paraître arrogant mais, si nous avions franchi l’obstacle ukrainien, je pense que nous aurions battu l’Italie en quart…»

Pascal Zuberbühler, ex-gardien de l’équipe de Suisse

On y arrive enfin: que reste-t-il, quatorze ans après, de ce huitième de finale de Coupe du monde perdu aux tirs au but à Cologne face à l’Ukraine?

Je me le rappelle comme si c’était hier. Nous avions vécu une magnifique Coupe du monde, avec trois excellents matches au premier tour, sans prendre de but face à la France (0-0), au Togo (2-0) et à la Corée (2-0). Et puis est arrivé ce huitième contre une Ukraine très bien organisée, parfaitement préparée à contrecarrer notre jeu. La rencontre était très tendue de bout en bout, jusqu’à ces penalties…

Avant que tout ne parte de travers, vous aviez stoppé le premier essai de la star adverse, Andreï Shevchenko…

Oui, je l’ai revu à plusieurs reprises par la suite, lors de match entre légendes, et nous en avons reparlé à chaque fois. Je ne veux pas dire que je regrette d’avoir arrêté ce penalty, parce que je voulais tous les arrêter. Mais je me demande si, finalement, ce début de série idéal n’a pas mis davantage de pression à Marco (ndlr: Streller) et aux autres, qui ont raté leur tir. En tout cas, je peux vous dire que cette élimination avait été très douloureuse.

Est-ce la plus grande déception de votre carrière?

Oui, je pense. Quand tu es éliminé et que tu sais pourquoi, il n’y a pas de problème, ça passe. Mais là, nous nous sommes retrouvés à la maison sans avoir encaissé le moindre but, sans vraiment comprendre ce qui s’était passé. Je me rappelle avoir regardé les quarts, les demis et la finale de ce Mondial 2006 depuis chez moi, sans savoir pourquoi nous n’étions pas encore en Allemagne. Je ne veux pas paraître arrogant mais, si nous avions franchi l’obstacle ukrainien, je pense que nous aurions battu l’Italie en quart. J’avais un super sentiment, tous les éléments semblaient réunis, tout était parfait et ça se termine comme ça… Bon, je vais m’arrêter là parce que franchement, même après tout ce temps, ça m’énerve encore.