Le livre de la semainePascale Roze sur les traces du mystérieux Mécène
Chaque semaine, Michel Audétat nous conseille un livre qui l’a fait réfléchir, amusé, ému…

Si les vespasiennes n’ont pas fait oublier l’empereur Vespasien à qui elles doivent leur nom, il en va différemment du mécénat. Qui se souvient en effet du riche Mécène, ami, protecteur et promoteur des meilleurs poètes de son temps (Virgile, Horace, Properce)? Lanterne poétique en main, Pascale Roze est descendue chez les Romains du Ier siècle avant notre ère pour rencontrer cet amoureux de la beauté qui sut lui donner des ailes. On ne sait presque rien de lui? Tant mieux. Cela laisse les coudées franches à l’imagination dont l’écrivaine française (Prix Goncourt 1996) fait un usage sensible et délicat. On se plonge dans «Le roman de Mécène» comme dans un bain vivifiant de romanité et de poésie.
La fraîcheur de sa prose est délicieuse. Jamais on n’a l’impression d’évoluer dans des décors historiques de carton-pâte; on entre de plain-pied dans la vie de ce Mécène qui se fait construire une villa de rêve où la beauté serait partout chez elle. Il est attachant ce «dandy» plein aux as, lecteur d’Epicure et de Lucrèce, qui tente sans toujours y parvenir de concilier ses obligations et ses goûts véritables. Loyal à son ami Octave (qui deviendra le premier empereur romain sous le nom d’Auguste), «il a mis le doigt dans les roues dentées du pouvoir» et, bon gré mal gré, il a fait le job. Mais la vraie vie est ailleurs: en suivant Mécène, on rend visite à Virgile, on converse avec Horace, on goûte aux plus fines liqueurs de la langue latine.
Au fil des pages, d’autres poètes entrent dans la danse: Ronsard, Gérard de Nerval, Philippe Jaccottet… Léger comme un papillon, le récit digresse volontiers et butine là où il veut, sans se prendre pour un «roman historique». Dans l’ordre de la beauté, le temps est aboli et les œuvres se répondent. Tous les grands poètes sont au fond des contemporains, estime Pascale Roze, convaincue «qu’il n’y a pas plus profonde pénétration de la réalité que le poème». C’est ce qui illumine son «Roman de Mécène».
À lire: «Le roman de Mécène», Pascale Roze, Stock, 496 p.
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