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EditorialPasser du carnotzet à l’e-commerce

La crise que vit la viticulture suisse est aussi due à un changement de génération. Il est bien loin le temps où les Alémaniques débarquaient chaque année chez leur vigneron vaudois favori. Comme le veut la légende, après avoir éclusé quelques bouteilles au carnotzet, ils chargeaient le coffre de l’Opel Rekord de suffisamment de cartons pour tenir l’année et rentraient outre-Sarine en zigzaguant légèrement.

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Aujourd’hui, la consommation s’effrite et le marché s’est tellement mondialisé que le consommateur ne sait plus quoi choisir parmi les milliers de bouteilles qui s’offrent à lui. Bien sûr, certains jeunes font l’effort de venir dans les caves et de déguster, mais ils ne repartent en général qu’avec trois bouteilles, ne possédant pas de place pour en stocker davantage. Un sondage de l’Observatoire du marché du vin montrait que 2% des sondés se disaient «experts» et 18% «amateurs éclairés». Cela laisse quatre Romands sur cinq qui s’y connaissent qu’un peu ou pas du tout.

«Ces nouveaux entrepreneurs veulent privilégier les vins suisses. Et gagner un peu d’argent aussi»

Dans les supermarchés, qui sont le principal lieu d’achat, la concurrence fait rage au niveau des prix, laissant peu de place à des vins suisses de grande qualité, mais plutôt à des offres agressives de crus aux tarifs bradés.

Heureusement, dira-t-on, le confinement a accentué un retour au local, au bio, à la confiance. C’est sur cette vaguelette que sont partis avec beaucoup d’ambition ces nouveaux entrepreneurs qui veulent privilégier la vente de vins suisses en ligne. Et gagner un peu d’argent aussi. La multiplication des sites et des applications est une bonne chose. Elle permet d’accompagner des producteurs qui n’ont pas toujours le temps et les connaissances pour choyer cette jeune clientèle numérique. Ils doivent déjà produire du raisin, élaborer des vins, dessiner des étiquettes, organiser des dégustations, faire des livraisons…

Reste que, même si ces sites pratiquent les mêmes prix qu’à la cave, ils rognent sur la marge de vignerons prêts à tout pour vendre leurs stocks en surnombre, y compris à payer souvent eux-mêmes les frais de port en plus. S’y retrouveront-ils aussi bien qu’avec les vieux habitués alémaniques?

2 commentaires
    Jacques Gaillard

    Je sais que je me répète, mais la solution, c'est EXPORTER: 480'000 Suisses vivent en Europe, dans des régions bien définies, et seraient heureux de pouvoir, disons une fois par semaine, "écluser un godet". À raison de 3 dl chacun, ça nous fait dans les 7 millions de litres ou 10 millions de bouteille. C'est plus cher? à qualité comparable, pas tellement, et une fois par semaine, ces Suisses-là ont en général les moyens de payer.

    Ils pourraient en outre faire découvrir le produit à leurs voisins, qui sait? Peut-être notre chasselas plaira-t-il à un Portugais ou à un Suédois?