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DisquePaul dans le ciel avec un diamant

Reclus comme chacun, l’ex-Beatles s’est évadé en musique. Comme toujours.

Paul McCartney, 78 ans, photographié dans le studio de sa ferme du Sussex par sa fille Mary, pendant le confinement d’avril 2020. 
Paul McCartney, 78 ans, photographié dans le studio de sa ferme du Sussex par sa fille Mary, pendant le confinement d’avril 2020. 
Mary McCartney

Quand il en a gros sur la patate, Paul McCartney s’isole avec une palanquée d’instruments, compose, joue et enregistre tout seul un album qu’il labellise de son patronyme suivi de chiffres romains, histoire de sceller l’aspect personnel de la chose. Le premier («I») sortit en avril 1970, quand les Beatles n’étaient plus qu’un nom dissimulant une somme de haines et de frustrations recuites – l’annonce de ce premier solo parmi les gars de Liverpool asséna d’ailleurs involontairement (?) le coup de grâce au groupe, ce qui n’arrangea pas le moral de Macca devenu Judas.

En 1980, «II» vint au monde dans la dissolution des Wings, groupe à nuques longues où le bassiste s’accorda une longue récréation de rock FM enthousiaste, oubliable mais sans doute salutaire pour contourner le poids des Beatles. En décembre, John Lennon était assassiné, comme quoi les disques «romains» de Paul McCartney signalent à coup sûr une année de m…

À ce registre, 2020 décroche le pompon. La parution de «III» ne devrait ainsi pas être une surprise. Est-elle bonne? Chaque disque 100% McCartney ayant fait polémique et encouragé les critiques – largement par rancune et rancœur – à surligner l’amoindrissement de son génie propre par rapport à la perfection de son binôme avec Lennon, on fera tourner sept fois le disque avant de répondre. Car rien n’est moins prévisible qu’un album du musicien de 78 ans, dont l’éclectisme bravache, de l’avant-gardisme sonique aux œuvres classiques jusqu’à la chanson pouet-pouet de cabaret britannique, irradiait déjà son travail au sein des Beatles.

Disque fait main

Cette fois-ci, c’est le confinement qui imposa son cadre créatif à «III», né des circonstances pandémiques qui forcèrent chacun à rester chez soi au printemps dernier. La ferme du Sussex, Angleterre, où la famille McCartney résida n’était sans doute pas le plus étroit des refuges, pourtant le musicien choisit de s’isoler dans son studio d’enregistrement. Et d’empiler les couches de guitares, les matelas de basse, les bris de percussions, les éclats de piano, les plages de voix, rejoignant ainsi l’acte de résilience adopté par des milliers d’artistes autour du monde, quand bien même le milliardaire des Beatles aurait pu ranger ses instruments depuis belle lurette et se calfeutrer aux Bahamas.

S’il fallait un indice supplémentaire de la qualité de cœur et d’âme du musicien, en dépit du profil souvent hâbleur de l’homme, il faut écouter de bout en bout ce disque inattendu, sincère et imparfait, si loin de la standardisation de ses récentes productions dont il confia la réalisation aux plus clinquants ingénieurs de la pop jeune public («Egypt Station», 2018). Macca est ici nu avec ses instruments, seul avec son agenda vide, reclus avec son expérience absolument unique d’un homme qui, il y a cinquante ans (!), toucha au génie et connut une gloire plus jamais imaginable pour un musicien.

Charmer l’oreille

Alors il joue, sans joie ni tristesse mais avec une heureuse application à la tâche, comme un artisan travaillant en son atelier. L’aspect bricolé-superposé rend l’ensemble intriguant, la batterie robotique ajoutant un aspect mécanique à ses rocks. Les 5 minutes 16 secondes d’intro, mille-feuille de guitares haché saupoudré de «doo doo» vocaux, suffisent à cerner le profil étrange de ce disque laboratoire, addition d’humeurs au jour le jour, somme finalement cohérente de chansons dont aucune ne fera oublier «Hey Jude» mais dont beaucoup charment l’oreille – «Pretty Boys» et ses harmonies en arpèges, «Deep Down» et sa rengaine d’errance urbaine et nocturne.

Et puis, il y a la voix de Paul McCartney. Celle d’un Beatles de 78 ans, sans triche, parfois essoufflée, quelquefois mate mais toujours vibrante de cette part d’humanité irréductible qui a survécu à tant qu’elle nous aide aussi à survivre, en attendant mieux

1 commentaire
    Karuna

    Brillant.......