Depuis de nombreux mois, des annonces fleurissent dans la presse, illustrées par la caricature d’une «vache à lait». Un brin énigmatique, cette campagne souligne que le contribuable vaudois paie trop d’impôts. Elle s’inscrit dans la durée et vise à inciter les responsables politiques à mettre la question de la fiscalité à leur agenda.
L’intention première est de faire du taux d’imposition un des invités de la campagne électorale dans le canton de Vaud. Derrière cette campagne, trois grandes associations économiques du canton, qui tentent de mettre en discussion le taux d’imposition des personnes physiques, jugé trop élevé dans le canton. Selon ces organisations, il serait temps que le contribuable «s’oppose à la pression fiscale excessive dans notre canton, qui fait de lui la vache à lait du système».
«La question est importante; elle est même fondamentale. Les ressources collectées par l’impôt sont essentielles pour le maintien et le développement des actions collectives et des équipements indispensables.»
L’association au ruminant n’est pas forcément flatteuse pour le contribuable qui se verrait traire, ou tondre, sans s’en rendre compte. L’initiative fédérale du même nom, fruit des réflexions des transporteurs routiers, avait été accueillie froidement en 2016 et rejetée par 70% des votants.
Que l’on ne s’y trompe pas. La question est importante; elle est même fondamentale. Les ressources collectées par l’impôt sont essentielles pour le maintien et le développement des actions collectives et des équipements indispensables, tels que la formation, la mobilité, la santé, la sécurité publique ou sociale.
Si le principe même de la fiscalité n’est pas remis en question, l’idée de sevrer l’administration de moyens pour réguler son développement est sous-jacente à la démarche. Ainsi, pour diminuer l’embonpoint de l’État, ou du moins limiter sa prise de poids, agir sur les ressources à disposition semble un outil efficace. Faute de moyens, l’extension de la fonction publique sera nécessairement limitée.
Engagé de cette manière, le débat est tronqué. Les tenants des baisses d’impôts, comme ceux qui veulent les relever, doivent être mis en demeure de préciser les objectifs visés. Diminuer la pression fiscale, sans préciser par exemple les secteurs dans lesquels l’action de l’État devrait être limitée, relève de l’esbroufe.
Prudence et sagesse
Se remémorer la situation qui prévalait dans le canton de Vaud, deux décennies en arrière – déficit chronique et endettement important –, devrait inciter à la prudence et à la sagesse. Non qu’aucune réflexion ou réforme ne doit avoir lieu; mais les déclarations à l’emporte-pièce, les mesures à la louche représentent de réelles menaces pour le vivre-ensemble au profit d’une minorité.
L’impôt est fondamentalement lié à l’exercice démocratique, comme le soulignait le conseiller d’État Broulis en citant Montesquieu dans «De l’esprit des lois»: «Plus les gens sont libres, plus ils acceptent les impôts, moins ils le sont, moins ils les admettent.»
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L’invité – Paye-t-on trop d’impôts dans le canton de Vaud?
René Knüsel invite à la prudence en matière de diminution de la pression fiscale.