Passer au contenu principal

Carte blanchePenser comme un mélèze

Isabelle Guisan s’inspire des arbres pour affronter le monde.

«L’extinction des feux» est proche sur les alpages valaisans, les mélèzes lâchent leurs dernières aiguilles dorées dans le soleil de début novembre et leur duvet ocre est doux sur les sentiers. Balavaud au-dessus de Nendaz, l’alpage du Rimble et la forêt de Vernamiège, dans le val d’Hérens. Beaucoup de centenaires s’arriment à ces hauteurs, certains mélèzes célèbrent jusqu’à huit cents ans d’existence sur le même sol.

Ces très vieux arbres s’appuient sur des racines puissantes, leur large tronc parfois dénudé, brûlé au cœur par la foudre. Ils lancent des flammèches intenses dans un automne où la nature est, on s’en doute, une ressource encore plus précieuse que d’habitude.

Au printemps dernier, j’avais observé de près pour la première fois les renflements puis les petits fruits vert clair dressés sur leurs branches. J’avais fini par comprendre, dans une extase très citadine, que leur transformation en de minuscules ananas rouge annonçait les pives de demain! Une révélation liée au temps lent du semi-confinement.

«Nous avons tous entouré un tronc de nos bras pour capter un peu de son énergie.»

Bon, aimer les arbres est devenu une évidence. Nous avons tous entouré un tronc de nos bras pour capter un peu de son énergie. En 2017, le film sur l’intelligence des arbres est venu nous familiariser avec la complexité de leur réseau souterrain. Depuis ce printemps, le documentaire «Le génie des arbres», produit par France Télévisions et l’INRAE (Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) nous exhorte à «penser comme un arbre, agir comme un arbre».

Euh… aurais-je été aussi disposée à apprendre des mélèzes sans la crise que nous traversons?

Le message coule de source en période de restrictions multiples. Car les arbres n’ont pas le choix, ils font au mieux avec ce qui est disponible sur le lieu où plongent leurs racines. Mais ils restent en mouvement alors même qu’ils peuvent sembler immobiles, voire inertes. Un arbre n’arrête jamais de pousser, de monter, de s’épaissir, pour preuve les plissures de son écorce. Et lorsqu’il ploie en travers du chemin, un arbre «flambé» peut se redresser, il le fera si on lui en laisse le temps. Cette capacité de mouvement autonome est impulsée par son bois lui-même.

Les arbres dansent pour se maintenir debout, la perception de la gravité gravée dans leurs cellules les rend plus souplement résistants que l’homme qui, quand il est secoué, ne sait plus où donner de la tête. Ils sentent leur corps. Un arbre saura rectifier sa courbure pour être aligné avec lui-même.

Intelligence de l’arbre

Un de mes mélèzes préférés dessine une courbe impressionnante au ras d’un pâturage avant de redresser son tronc d’un seul élan. L’intelligence de l’arbre le parcourt tout entier, du bout de ses feuilles à l’extrémité de ses racines. Ce super organisme fonce droit sur les nutriments dont il a besoin. Il cultive, grâce à l’internet végétal auquel il est connecté, de multiples stratégies de coopération mutuellement bénéfiques avec les organismes qui l’entourent.

À méditer dans nos parcs, dans nos forêts. À défaut de me redresser comme un mélèze, je salue ceux que je reconnais sur les sentiers. Notre dialogue, très embryonnaire, ne remplacera pas les discussions entre amis sur une terrasse en ville. Redescendre d’alpages où ces arbres dégagent une force peu commune permet de revêtir sa cuirasse urbaine pour affronter tant l’agressivité des coronasceptiques que les sirènes d’ambulances.

1 commentaire
    Mendriziotto

    Bien sur que les arbres sont puissant en énergie, Mais à Genève ils vont à vélos pour le climat et ils déracinent les arbres, Et c:est un ecolo qui accepte,