De star du porno à militante écolo

PeopleStar du porno des années 1990 tombée dans la précarité, Zara Whites s'est reconstruite grâce au militantisme.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«J'ai été arnaquée toute ma vie, mais avec le sourire!»: ainsi parle Zara Whites, sans amertume. Star du porno des années 90, elle a ensuite connu la maladie, la précarité et se reconstruit grâce au militantisme. Un parcours qui illustre la difficile «vie d'après» pour certaines «hardeuses».

Dans son jardin des Yvelines, le chat toise les poules Chicken et Nuggets, et Zara Whites, 50 ans, fait ses comptes: «j'ai fait 25 films, ce qui semble énorme en deux ans, mais ça fait un ou deux films par mois et un film c'est une journée de tournage. C'est pas grand chose». Cela lui a pourtant suffi pour devenir une des plus grandes stars du porno des années 90, dans la lignée de Brigitte Lahaie 15 ans plus tôt.

Alors comment la Franco-néerlandaise Esther Kooiman - son vrai nom - a-t-elle réussi à «décoiffer toutes les (actrices) Ricaines», comme le clamait le magazine Hot Vidéo en septembre 1991? Comment s'est-elle retrouvée sur des milliers de jaquettes de cassettes VHS, support par excellence des films X à l'époque?

«Je me suis éclatée»

«Je me suis éclatée», lâche-t-elle: «entre ce qu'on voit maintenant et avant, ça n'a rien à voir. Il y avait beaucoup de professionnalisme. Et moi, j'étais payée pour avoir du +fun+». Rien à voir avec le «n'importe quoi» des films produits aujourd'hui par cette industrie souvent décriée pour le traitement qu'elle réserve aux actrices et acteurs.

Pour le journaliste spécialisé Christophe Lemaire, Zara Whites était avant tout «sublime» avec sa silhouette de sylphide. Il évoque «Rêves de cuir» - «peut-être l'un des meilleurs films pornos» - pour lequel le réalisateur Francis Leroi s'était inspiré du «Videodrome» de David Cronenberg. «C'était très léché au niveau de l'image», explique le journaliste.

En 1992, Zara Whites a 24 ans. Elle est au sommet de sa gloire, mais veut passer à autre chose. Elle met fin à sa carrière d'actrice pornographique, sans bas de laine pour voir venir. «Je suis toujours du côté de la mauvaise fortune», dit-elle. «Je gagnais 1.250 dollars par jour de travail où il y avait deux scènes +hard+. Mais avec un film par mois tourné en très peu de jours, je gagnais le salaire d'une personne normale», observe-t-elle.

La jeune retraitée du X enchaîne alors avec des téléfilms érotiques, des émissions de télévision grand public, se marie, a deux enfants. Mais elle divorce et tombe gravement malade. «La bipolarité a pris le dessus, ce qui fait que je suis incapable d'avoir un métier où je dois aller au travail tous les jours», confie Zara Whites. Et de raconter cette période de précarité où elle a vécu du RSA, et les allers-retours aux Restos du Coeur parce qu'«il fallait bien manger».

Le porno, un stigmate

Aujourd'hui, l'ancienne «hardeuse» touche les aides personnalisées au logement et les allocations aux adultes handicapés. Elle a 1.000 projets: elle s'investit aux côtés du Syndicat du travail sexuel (Strass), milite contre la tauromachie et a été candidate de l'Alliance écologiste indépendante dans les Yvelines aux législatives de 2017, où elle a recueilli 1,61% des suffrages. Elle est écologiste parce qu'elle ne veut pas laisser «une planète pourrie» à ses enfants.

De ses années porno, Zara Whites a gardé deux amies, Nomi et Julia Chanel, anciennes actrices X elles aussi, qui, gageure des gageures, ont réussi leur reconversion. «J'avais eu une vie avant le porno, donc c'était plus facile pour moi», raconte Nomi, 49 ans, aujourd'hui agent immobilier. «Si on est mal et qu'on arrive dans un milieu difficile, un milieu du sexe dirigé par des hommes pour des hommes, ça peut pas être facile si on est faible», explique-t-elle.

Le journaliste Christophe Lemaire ne dit pas autre chose quand il évoque le manque de maturité de ces actrices qui commencent «quand elles ont 18, 20 ans». Des carrières qui ne durent pas plus de cinq, sept ans, «après, la plupart, on ne sait pas ce qu'elles deviennent. Leur passé hard, c'est une autre vie».

Mais c'est sans compter avec le stigmate du porno. Dans son documentaire «Rhabillage» consacré à leur reconversion, l'ancienne actrice pornographique Ovidie expliquait en 2011 que «notre passé d'actrices ne cesse de ressurgir» - du regard désapprobateur ou lourdingue jusqu'au licenciement quand leur passé refait surface dans leur entreprise.

«C'est sûr que c'est difficile d'être Zara Whites et de travailler chez McDo», renchérit Zara Whites. «Ça ferme des portes». (afp/nxp)

Créé: 16.11.2018, 14h07

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...