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Un nouvel album de «slap»Phanee de Pool, le vers espiègle et le regard vif

L’ex flic devenue auteure-compositrice publie son deuxième disque. Avec humour et candeur, la Biennoise y parle autant de sujets intimes que de société. Interview.

Dans «Astram», Fanny Diercksen dévoile une facette plus mélancolique et ose parfois quelques mélodies.
Dans «Astram», Fanny Diercksen dévoile une facette plus mélancolique et ose parfois quelques mélodies.
David Desreumaux

Les yeux rieurs sous son gros chignon, Phanee de Pool vient d’accoucher d’«Amstram», son deuxième album, retardé de trois mois à cause du méchant virus. Trois ans après le succès d’«Hologramme», la Biennoise de 31 ans garde le cap. Son truc, c’est de jongler avec les mots sur une musique electro qu’elle «bricole» sur son clavier et ses machines, seule à la maison.

Même si elle a récemment frotté son «slap» – mot inventé pour désigner le mélange entre slam et rap – à des instrumentistes classiques, sur scène ou en visioconférence pendant le confinement. On la verra notamment avec un orchestre de chambre à Label Suisse, à Lausanne (20 sept), avant son «Symphogramme» avec 50 musiciens sur la scène du Stravinski à Montreux (11 nov). En attendant, rencontre au soleil.

L’album s’ouvre avec le titre «Baby Blues». Un accouchement difficile?

Comme pour le premier disque, j’ai vraiment l’impression d’avoir perdu le poids d’un bébé. Je crois que c’est lié au fait d’écrire sur une longue période (trois ans, ndlr). Je ne suis pas du genre à m’enfermer deux semaines dans une cabane et me dire «allez, il faut composer le prochain album.» Ce qui a été difficile, c’est plus l’accouchement après terme, le fait d’avoir décalé la sortie, de l’avoir gardé au chaud encore pendant trois mois. On a toujours envie de modifier des choses, d’enlever les petites erreurs…

Travailler seule, ça vous convient?

Ça me permet justement de bosser comme je veux, quand je veux, sans avoir de pression extérieure. C’est important de garder cette liberté, un contrôle total sur ma musique. Je me sens juste parfois limitée avec la technique. Le logiciel que j’utilise, je l’exploite peut-être à 5% de ses capacités. Si vous voyez comment je travaille sur mon ordinateur, c’est tout sauf professionnel (rires). Mais ça me va très bien comme ça.

Cet album donne plus de place à la mélodie. On sent d’ailleurs votre envie de chanter…

C’est vrai, je me permets de chantonner un peu, je voulais expérimenter ça. C’est l’avantage d’être seule justement, j’ai osé le faire.

Qu’est-ce qui vous retient d’y aller pleinement?

Ma force est dans l’écriture, pas dans mon grain de voix. Parfois, sur scène, je la pousse un peu. Et on me dit que ça fait «crooner» (rires). Mais je ne prends pas ça au sérieux. Ma priorité restera toujours le texte. Pour moi on peut faire passer autant d’émotion par les mots que par la mélodie. Et je ne ressens pas nécessairement l’envie de chanter. Je ne chante ni sous la douche ni dans ma voiture. Nulle part. Par contre, je sifflote un peu.

«On peut faire passer autant d’émotions par les mots que par la mélodie»

Phanee de Pool, auteure-compositrice

Autre nouveauté, on retrouve beaucoup de mélancolie. D’où vient-elle?

J’aime l’humour, jouer avec les mots, mais j’aime aussi la douceur, la nostalgie et les chansons d’amour. En trois ans, je suis passée par différents états d’âme. Cela se reflète dans cet album. Le challenge, c’était de trouver cette enveloppe en coton pour mes textes crus.

Vous abordez d’ailleurs des sujets graves, comme la mort ou la drogue.

Quand je commence une chanson, je ne sais jamais où elle va me mener. Je laisse couler. Et quand je vois qu’il y a un thème intéressant qui en ressort, j’essaie de broder autour. Mon but, c’est toujours de relater les choses de mon point de vue, sans nécessairement me faire porte-drapeau d’une cause. Je garde toujours mon regard d’enfant. Je m’intéresse très peu à la politique ou à l’actualité et j’ai parfois l’impression d’être à côté de mes pompes. Je l’assume et j’en joue.

«J’ai parfois l’impression d’être à côté de mes pompes. Je l’assume et j’en joue.»

Phanee de Pool, auteure-compositrice

Pourtant, vous parlez frontalement des sujets de société, comme l’hypersexualisation des adolescentes avec «Madam’Oiselle».

C’est vrai, et en même temps si on me demande maintenant mon avis sur le féminisme, je ne sais pas quoi répondre. Mon point de vue est très détaché et simpliste. Alors je me permets de l’exprimer en chanson, mais cela reste au fond très léger. Et c’est ce que je défends. On a tellement d’informations négatives qui nous tombent dessus, que je préfère aborder ces sujets sérieux, de manière plus positive.

L’impression que vous manquez de légitimité?

C’est plutôt une manière de rester à ma place, d’être artiste avant d’être engagée. Ce n’est pas l’image que j’ai envie de véhiculer. D’autres le font très bien.