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Procès pour escroqueriePhilippe Guignard écope d’une peine ferme

Le Tribunal correctionnel du Nord vaudois a condamné le pâtissier à 36 mois de prison pour escroquerie par métier, dont 18 avec sursis. Ses trois coaccusés ont obtenu un sursis complet.

Le pâtissier Philippe Guignard est condamné à 36 mois de prison dont 18 ferme.
Le pâtissier Philippe Guignard est condamné à 36 mois de prison dont 18 ferme.
keystone-sda.ch

Les arguments du procureur Anton Rüsch ont convaincu la Cour du Tribunal correctionnel du Nord vaudois de la lourde culpabilité de Philippe Guignard dont l’état de santé n’a pour ainsi dire pas influencé ses juges. La peine est tombée mardi vers 15h30 au terme d’un procès phare de huit jours: le président Olivier Peissard a condamné l’ex-pâtissier star pour escroquerie par métier, gestion déloyale aggravée et gestion fautive, à une peine ferme. Il écope au total de 36 mois. Dix-huit en prison, les dix-huit autres avec sursis, assortis d’un délai de mise à l’épreuve cinq ans.

Également renvoyés sur le banc des accusés au rôle de complices, ses trois comparses ont reçu une sanction compatible avec l’obtention du sursis: 24 mois contre le notaire retraité d’Échallens Michel Mouquin, 20 mois contre le jeune directeur financier de la société du pâtissier urbigène. Tous deux pour complicité d’escroquerie et tous deux avec un long délai de mise à l’épreuve fixé à quatre ans par la Cour. Quant au promoteur immobilier lié à l’opération destinée à obtenir des fonds, il a été libéré de ce chef d’inculpation, au bénéfice du doute, mais condamné à 12 mois avec sursis pendant 18 mois pour gestion déloyale aggravée. C’est le seul petit pas de côté que le président et ses juges se sont accordé par rapport au réquisitoire du Ministère public. Le 8 juillet, Anton Rüsch avait en effet demandé six mois de plus.

Le temps et les moyens

Ensemble, les quatre comparses ont monté un stratagème qui a permis de gruger seize victimes – des particuliers et des sociétés – à hauteur de 3,2 millions de francs entre 2011 et 2013. Cette durée a pesé lourd dans la balance pour l’ex-pâtissier décrit par le président comme un homme orgueilleux prêt à tout pour sauver son entreprise. «Il y a mis le temps et les moyens», a ainsi martelé le président Olivier Peissard. Le Tribunal a acquis l’intime conviction que l’Urbigène avait tout mis en œuvre, jouant sur son aura, pour obtenir les liquidités le plus vite possible. «Il a trompé et voulu tromper ses victimes, réunissant toutes les conditions pour que l’aggravante du métier soit prononcée», a-t-il repris.

Pour les duper, le quatuor leur avait fait miroiter une participation dans le nouveau projet Philippe Guignard à Orbe. Soit une promotion immobilière comprenant le laboratoire du pâtissier, une cantine scolaire, des appartements subventionnés et un satellite Denner. En réalité, l’argent obtenu des bailleurs était détourné pour rembourser des dettes personnelles de l’ancien président du Lausanne-Sport et de sa société aux abois.

«J’ai commis des maladresses et fait du mal aux gens, mais je n’ai pas voulu les escroquer»

Philippe Guignard

En leur cachant la réelle destination de cet argent, Philippe Guignard s’est enrichi… en diminuant son passif ou celui de sa société au bord du précipice. Au moment des faits, sa seule société entamait l’exercice 2011 avec plus de 3 millions de pertes cumulées et le fisc qui lui réclamait pour plusieurs centaines de milliers de francs d’arriérés.

Mais pour le pâtissier la logique n’est pas la même. Sorti groggy de la salle d’audience, «atterré et consterné» par la peine ferme prononcée contre lui, le regard vide, il raconte son incompréhension sur le ton monocorde d’une star déchue, rappelant qu’en 2010, il employait 140 personnes et bossait pour développer Orbe: «Alors en arriver là aujourd’hui…» Et de reprendre, après un temps: «J’ai commis des maladresses, fait des erreurs, des bêtises et du mal aux gens, oui. Mais je n’ai pas voulu les escroquer.» C’est son avocate, Me Fabarez Vogt, qui décrypte le raisonnement: «Il ne comprend pas qu’on le condamne pour escroquerie du moment qu’il n’a pas mis d’argent directement dans sa poche.»

Recours attendus

Espérant avant la lecture du jugement que la peine serait moins importante, elle imagine interjeter un appel. Pas une surprise pour le procureur, Anton Rüsch: «Je rappelle qu’au terme des plaidoiries, les quatre avocats ont demandé l’acquittement de leur client.»

Le représentant du Ministère public n’en est pas moins satisfait des décisions prises par la Cour. «Le Tribunal a rendu un jugement mesuré. Le verdict rend surtout justice aux victimes qui ont été trompées. Et il était temps.»

Michel Mouquin n’est pas du tout de cet avis. Le notaire estime que les juges ont suivi le procureur sans prendre beaucoup de distance par rapport aux faits. «Il y a un risque pour la partie adverse qu’on recoure, en effet, enchaîne son conseil, Me Jean-Daniel Théraulaz. Nous continuons à être persuadés qu’il ne mérite pas une telle sanction.» Quand il évoque sa faute, le notaire parle du reste de négligence.