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Opinion

Éditorial sur les play-off
Les hockeyeurs ne pensent pas à leur gueule et ça se voit

Tristan Scherwey du SC Bern encourage son équipe lors du match de hockey sur glace de la National League contre les ZSC Lions à la PostFinance Arena à Berne, le 20 novembre 2021.
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Demandez à un hockeyeur de vous sourire, et vous saurez si c’est un bon joueur de play-off. Ça paraît assez logique: pour signifier qu’on a les crocs, il faut montrer les dents. Sortir les chicots, la bave aux lèvres, jusqu’à les faire rayer la glace: c’est une marque d’ambition hautement appréciée, le signe d’un engagement sans faille.

Et peu importe s’ils égarent quelques ratiches au passage, la faute à une rondelle en pleine poire ou à une crosse au menton – les prothésistes dentaires font du super boulot de nos jours.

Ainsi va la vie de hockeyeur durant les séries éliminatoires, le mors aux dents et la mort aux trousses. Pas moyen de se cacher, il n’existe aucun raccourci vers la victoire, aucun angle mort dans lequel se planquer. Plus vous avez de talent, plus les adversaires viendront vous chercher des noises. Et à force de se faire chatouiller les babines, même les gentils chiens peuvent finir par choper la rage, c’est même le but recherché.

Il faut bien avouer que ces gars-là ne trichent pas, et que c’est sûrement dans cette dévotion totale à la cause, dans ce sacrifice expiatoire, que réside la plus pure essence du hockey sur glace: à vrai dire il ne produit rien de plus beau. Sur cette fine couche de glace entre la gloire et l’opprobre, où le «momentoum» peut basculer d’un instant à l’autre, les joueurs sont à poil, et toutes leurs couches de protections n’y changent rien.

Ici, c’est la quintessence du dévouement: piocher fort dans les arrondis, mettre du trafic devant les filets, ça ne suffit plus, il s’agit d’aller caser sa tronche entre une crosse, un puck et la lame d’un patin. Et tout ça pour qu’au final, on dise de vous que vous êtes un joueur d’«utilité».

Non, on n’en connaît pas d’autres faits de ce bois: sur une patinoire de play-off, on glorifie le don de soi, l’abandon total. C’est bien simple, personne ne pense à sa gueule. Et tant pis pour le sourire: de toute façon, ces gars-là préféreront toujours serrer les dents.