Passer au contenu principal

Nouvelle plateforme numérique Play Suisse, la malle aux trésors des chaînes nationales

Le support propose fictions et documentaires suisses doublés ou sous-titrés, et en accès gratuit. Explications du concepteur, Pierre-Adrian Irlé.

Play Suisse collabore avec la Cinémathèque suisse et divers festivals du pays. Ici, «Grauzone» de Fredi Murer, en copie restaurée.
Play Suisse collabore avec la Cinémathèque suisse et divers festivals du pays. Ici, «Grauzone» de Fredi Murer, en copie restaurée.
DR

Play Suisse, un Netflix helvétique? Au-delà de la voie numérique, pas vraiment. Lancée sur internet il y a quelques jours, la plateforme accueille un millier de contenus émanant des 4 chaînes nationales, bientôt 3000 en vitesse de croisière. Ces fictions et documentaires s’offrent surtout traduits en doublage ou sous-titrage, triés par thèmes et genres, accessibles sur tous types d’écrans et gratuitement. Chef du projet depuis 14 mois, Pierre-Adrian Irlé détaille la stratégie de reconquête d’un public gavé d’images.

Qu’amène Play Suisse?

Nous ne cherchons pas à offrir des séances de rattrapage pour ce qui aurait été raté sur les antennes linéaires. En Europe, hormis la Belgique qui a scindé ses entités wallonne et flamande, seule la Suisse possède ce multilinguisme et nous, au contraire, nous voulons l’afficher. Bien sûr, d’autres plateformes de type Netflix brassent aussi, et à un niveau mondial, mais avec d’autres moyens et ambitions.

Le logo de Play Suisse, plateforme à découvrir sur tous les supports, du téléphone à l’ordinateur, via l’Apple Store, Google Play, Apple TV, Android TV et bientôt blue TV, à l’adresse playsuisse.ch. Et c’est gratuit!
Le logo de Play Suisse, plateforme à découvrir sur tous les supports, du téléphone à l’ordinateur, via l’Apple Store, Google Play, Apple TV, Android TV et bientôt blue TV, à l’adresse playsuisse.ch. Et c’est gratuit!
SRG SSR

D’où l’absence des JT, actus sportives, etc.?

Au-delà de l’impossible, du moins périlleux, sous-titrage en direct, des canaux existent déjà pour ces domaines, et fonctionnent très bien par région. Par contre, le spectateur va peu à la découverte de documentaires et fictions d’autres zones linguistiques. Alors qu’il a payé pour ces programmes.

«Cellule de crise», nouvelle série à découvrir sur Play Suisse en décembre, flanquée d’un programme de recommandations, soit des fictions ou documentaires ayant trait à la Croix-Rouge.
«Cellule de crise», nouvelle série à découvrir sur Play Suisse en décembre, flanquée d’un programme de recommandations, soit des fictions ou documentaires ayant trait à la Croix-Rouge.
DR

«Auparavant, une fois diffusé, tout partait dans un grand nuage, alors que nous sommes assis sur des trésors.»

Pierre-Adrian Irlé, chef du projet Play Suisse

Play Suisse viendrait justifier la redevance, sujet chaud depuis 2018?

Il s’agit surtout de créer de l’accessibilité par la prolongation des droits, la curation du catalogue existant. Play Suisse, c’est de la curiosité, de la «découvrabilité», comme disent les Canadiens. Allez voir dans les tiroirs de la SSR, c’est aussi l’enjeu. Auparavant, une fois diffusé, tout partait dans un grand nuage alors que nous sommes assis sur des trésors. Pour le pratiquer, je trouve d’ailleurs cet outil extraordinaire, qui valorise un patrimoine entier en fonction de l’intérêt personnel du spectateur.

Un pari aussi: peu de films passent le rideau de rösti.

Il est évident que les documentaires y échappent plus facilement. Mais désormais, je vois des séries accrocher. «Le prix de la paix» récemment, en V.O. sous-titrée, m’a passionné. Nous travaillons à équilibrer le catalogue: pas plus de 50% de programme suisse allemand, 35 à 40% de la RTS, soit le reflet de la production. Impossible de tout sous-titrer… Nous bossons à la fois sur la prospection et le «back catalogue» que nous explorons avec la Cinémathèque, les producteurs, etc. Ces archives viennent alors alimenter une thématique, comme la Seconde Guerre mondiale pour la sortie du «Prix de la paix».

«Quartier des banques», série exemplative de la production contemporaine qui veut séduire au-delà d’une zone linguistique, est à revoir sur Play Suisse. De quoi passer le rideau de rösti…
«Quartier des banques», série exemplative de la production contemporaine qui veut séduire au-delà d’une zone linguistique, est à revoir sur Play Suisse. De quoi passer le rideau de rösti…
DR

Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt?

Il a fallu les technologies adéquates. Je pense au sous-titrage qui, ici, s’appuie sur des traductions automatisées et autres intelligences artificielles, avant une double vérification de qualité par la voie humaine. Puis il y a la connexion même, assez exigeante au vu de la lourdeur des images. Il y a 5 ans, elle n’aurait pas été assez forte.

«Nous mélangeons approche informatisée et carrousels thématiques préparés par nos équipes.»

Pierre-Adrian Irlé, chef de projet

La plateforme Salto en France, venue en partie du service public, est payante. Autre philosophie?

Oui mais cela reste un exemple intéressant car Salto associe France Télévisions à M6 et TF1 pour proposer leurs coproductions. Les consommateurs étrangers n’y ont pas d’accès direct. Nous non plus ne pouvons pour l’heure proposer Play Suisse en France, Italie ou ailleurs, nous devrions amputer les fictions pour cause de droits, ou alors, notre budget, 5 millions, une paille par rapport à celui de la SSR (ndlr: 1,5 milliard) exploserait. Pareil pour le fait que Play Suisse n’est pas en anglais. Mais en fonction de l’accueil, la philosophie du mandat évoluera peut-être.

Obéissez-vous aux algorithmes, soit profiler le consommateur pour l’aguicher?

Pas vraiment, puisque à la différence de Netflix par exemple, nous ne passons pas commande. Si les polars marchaient bien par exemple, nous ne pourrions pas en générer. Mais nous pouvons réagir sur une forte appétence. Des indicateurs de performance nous donnent le nombre d’usagers, le temps passé sur le site et comment le spectateur a navigué, sur une ou plusieurs régions, etc. Nous mélangeons approche informatisée et carrousels thématiques préparés par nos équipes. En décembre par exemple, «Cellule de crise» amène à regarder dans nos paniers ce que nous avons sur la Croix-Rouge. Dans six mois, nous ferons le bilan.

Play Suisse, sur Apple Store, Google Play, Apple TV, Android TV, bientôt blue TV et www.playsuisse.ch

«Metta da fein», une web-série romanche de Carlo Beer et Urs Berlinger, sera disponible en exclusivité sur Play Suisse dès décembre. Un exemple de l’offre incitant à découvrir d’autres expressions culturelles en dehors de la zone de confort du spectateur.
«Metta da fein», une web-série romanche de Carlo Beer et Urs Berlinger, sera disponible en exclusivité sur Play Suisse dès décembre. Un exemple de l’offre incitant à découvrir d’autres expressions culturelles en dehors de la zone de confort du spectateur.
DR
3 commentaires
    Jacques Gaillard

    Le cinéma de Genève, la plupart du temps m'endort:

    - "oh!".

    - "quoi?"

    - "là"

    - "je ne vois rien"

    - "mais si, regarde"

    - "où ça?"

    - "là!"

    - "non"

    etc. etc. rien que ça, ça dure une minute.

    Il y a bien sûr eu des exceptions ("Les petites fugues", "Le troisième cri" et probablement quelques autres qu'injustement j'oublie), mais beaucoup sont assez soporifiques.

    Pendant ce temps-là, outre-Sarine, les "Faiseurs de Suisses" et bien d'autres méritaient l'attention, mais il y avait le problème de la langue.

    Si vous avez l'occasion de voir un jour (sur Play-suisse donc) "Die plötzliche Einsamkeit des Konrad Steiner" (La solitude soudaine de Konrad Steiner), foncez! Film émouvant et drôle à la fois, montre que c'est pas parce qu'on est plus tout jeune qu'on est vieux. Et pourtant, j'avais 25 ans quand je l'ai vu. C'était en "allemand standard" (donc pas exactement en haut-allemand mais pas loin de), j'espère qu'il est aujourd'hui traduit: bonne soirée!