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Hébergement des sans-abri«Plus de 150 personnes vont se retrouver à la rue»

Plusieurs associations appellent à ne pas réduire l’accueil de nuit des SDF à Lausanne. Il avait été renforcé durant le semi-confinement.

Un local du bâtiment administratif de la Pontaise a été mis à disposition pour accueillir des sans-abri dans le respect des distances sociales. Il sera fermé dans le courant du mois de juin.
Un local du bâtiment administratif de la Pontaise a été mis à disposition pour accueillir des sans-abri dans le respect des distances sociales. Il sera fermé dans le courant du mois de juin.
Chantal Dervey

Libération pour certains, le déconfinement prend des airs de couperet pour d’autres. C’est le cas pour les sans-abri de la région lausannoise, qui verront le nombre des places d’hébergement diminuer. Pendant la crise du coronavirus, les autorités avaient en effet étendu leur dispositif en offrant 212 lits gratuits vingt-quatre heures sur vingt-quatre. À partir du mois d’août, il n’en restera plus que 57, offrant un accueil exclusivement nocturne.

Soutenu par une trentaine d’associations, groupes politiques et près de 200 signataires, un appel à pérenniser cette capacité d’accueil à l’année vient d’être lancé par le Sleep-In, un des hébergements d’urgence du réseau lausannois. «Plus de 150 personnes vont se retrouver à la rue, calcule Simona Roth, membre de l’association qui gère la structure. C’est un changement brutal qui va amener énormément de personnes aux portes des abris maintenus ouverts pendant l’été, soit le nôtre, ainsi que la Marmotte.»

«Les effets de ce retour à la rue sont plus redoutables chaque été pour les sans-abri. Mais cette année, à cause du Covid-19, on peut craindre qu’ils soient encore plus nombreux»

Simona Roth, membre de l’association du Sleep-In

Été redouté

La réduction saisonnière du nombre de lits n’est pas nouvelle à Lausanne. Elle interviendra quand même un peu plus tard que d’habitude cette année. Au lieu de fin avril, elle débutera ainsi fin mai, avec la fermeture du Répit (une centaine de places) puis des salles ouvertes provisoirement pour permettre plus d’espace entre les lits. Fin juillet, ce seront les 64 places de l’Étape qui fermeront jusqu’à l’hiver. «Les effets de ce retour à la rue sont plus redoutables chaque été pour les sans-abri. Mais cette année, à cause du Covid-19, on peut craindre qu’ils soient encore plus nombreuses, relève Simona Roth. La crise du coronavirus a été révélateur de la misère que vivent ces personnes. Elles ont vu leurs liens sociaux s'écrouler complètement.»

La diminution du nombre de lits fait-il courir un risque aux SDF, alors que le Covid-19 continue de circuler? À la Ville de Lausanne, on commence par relever que le dispositif s'adaptera progressivement et comptera encore 78 lits jusqu’à fin juillet. «Il est encore difficile de se projeter à cet horizon, mais je peux confirmer que nous remettrons en place un dispositif approprié s’il y avait une seconde vague de l’épidémie, probablement en partie dans d’autres lieux qu’actuellement», indique Éliane Belser, responsable du dispositif d’aide sociale d'urgence. Celle-ci dresse avant tout un bilan positif du dispositif de crise, qui n’a pas été débordé. «Les structures sont aujourd’hui presque pleines, mais nous n’avons pas observé d’augmentation drastique des demandes.»

«Cela a répondu à un réel besoin sur le moment, alors qu’on demandait aux citoyens de ne pas circuler et de se protéger, mais s’agissant du long terme il faut examiner l’opportunité de maintenir une telle offre»

Rebecca Ruiz, conseillère d’État chargée de la Santé et de l’Action sociale

«Évaluation nécessaire»

Alors que le réseau d’accueil est géré par la Ville de Lausanne, l’appel des associations s’adresse toutefois directement au Canton, qui en assure le financement. Contactée, Rebecca Ruiz, conseillère d’État chargée de la Santé et de l’Action sociale, salue elle aussi le dispositif mis en place, mais estime qu’une évaluation est encore nécessaire pour la suite de l’été. «Cela a répondu à un réel besoin sur le moment, alors qu’on demandait aux citoyens de ne pas circuler et de se protéger, mais s’agissant du long terme il faut examiner l’opportunité de maintenir une telle offre, en particulier pour évaluer les besoins en tenant compte du dispositif existant.»

Avec son appel aux autorités, le Sleep-In relance la question sensible de l’hébergement des sans-abri, dont le nombre n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Elle fera certainement l’objet de débats politiques tout prochainement, notamment à travers une interpellation urgente qui demande également le maintien d’une offre étendue. Le texte vient d’être déposé par l’élu d’Ensemble à Gauche Claude Calame au Conseil communal de Lausanne.