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L’invitéPlus que l’immigration, c’est la prospérité qui serait limitée!

Philippe Leuba s’oppose à l’initiative «Pour une immigration modérée» soumise au vote le 27 septembre.

Désincarnés, les slogans peuvent séduire. «Limiter l’immigration», qui n’en rêve pas? Appliquées dans la vie réelle, ces mêmes formules réductrices peuvent se révéler désastreuses. L’initiative dite de limitation réduira plus la prospérité – dont nous bénéficions tous – que… l’immigration.

La crise économique frappe aujourd’hui nombre de nos concitoyens: hôteliers, restaurateurs, commerçants, artistes… Derrière les statistiques du chômage ou de la réduction de l’horaire de travail (RHT), il y a des hommes et des femmes, des familles entières plongées dans l’incertitude du lendemain… il y a des destins qui se jouent. Loin des slogans simplistes, il y a les conséquences de la crise. Celles-ci sont bien réelles.

«Un salaire sur quatre versés en Suisse dépend de notre accès au marché européen»

La Suisse gagne un franc sur quatre en Europe. Un salaire sur quatre versés en Suisse dépend donc de notre accès au marché européen. Cet accès découle des accords bilatéraux conclus avec l’Union européenne – ceux-là mêmes qui constituent une option bénéfique à l’adhésion. Or l’acceptation de l’initiative dite de limitation entraînerait ipso facto la dénonciation des accords régissant notre accès audit marché. Ce franc sur quatre, ce salaire sur quatre – et la place de travail qui lui est liée – seraient alors directement mis en péril. Chacun prendrait soudain conscience que la prospérité économique, c’est d’abord ceci: un emploi, une place d’apprentissage, des perspectives d’avenir, un niveau de vie.

Si nous n’y prenons pas garde, la crise économique que nous sentons tous risque de s’amplifier. Les indispensables programmes d’aide mis en place par les autorités cantonales et fédérales permettent d’en atténuer le choc et les conséquences humaines. Ils ne les éviteront pas.

Que chacun soit pleinement conscient que ces aides publiques ne sont possibles que parce que notre pays a connu des décennies de prospérité dont ont bénéficié les finances publiques. Seul le retour de la croissance nous permettra d’éponger la part de dettes que ces programmes ne manqueront pas de générer.

Des conséquences concrètes

Depuis plusieurs mois, nous percevons la fragilité de notre prospérité. Beaucoup sont confrontés, dans leur vie quotidienne, aux conséquences concrètes et douloureuses de la période de décroissance que nous traversons. Pour le seul canton de Vaud, le chômage frappe aujourd’hui déjà 20’000 personnes – soit 6000 de plus qu’au mois de mars – et 38% de sa population active est concernée par les réductions de l’horaire de travail!

Nous sommes devant de très sérieuses difficultés. En isolant la Suisse de son principal marché, l’initiative de limitation décuple ces dernières et hypothèque le retour de la croissance. Alors notre pays s’appauvrirait, tout comme l’ensemble de ses habitants.

La prospérité n’est certes pas tout mais, sans elle, le reste n’est pas grand-chose.

Le devoir d’un magistrat chargé de l’Économie et de l’Emploi est de tirer la sonnette d’alarme aujourd’hui, avant qu’on ait à s’en mordre les doigts demain.