PortraitAdèle de Montvallon, jeune plume légère
La petite-fille de Barrigue publie un recueil de poèmes percutants. Une expérience qui lui a permis d’explorer une autre facette de sa personnalité.

- Adèle de Montvallon publie son premier recueil de poésie à 18 ans.
- Elle choisit la poésie malgré une orientation initiale vers les sciences.
- Son choix bénéficie du soutien enthousiaste et critique de sa famille.
- Elle se connecte au présent en écrivant, malgré son attachement au téléphone.
Cet article du 19 décembre 2024 a été importé de Femina.ch et republié sur notre site le 7 janvier 2025.
«Aujourd’hui, le rideau de pluie penche sur la gauche.» Regard marron facétieux, l’auteure de ce poème déguste un thé fumant dans un café lausannois, d’attaque pour l’interview. Adèle de Montvallon a 18 ans, et c’est sa première. «Ce que l’ombre dit de la lumière», son premier recueil de poèmes.
Forcément, on lui demande pourquoi elle a choisi la poésie, alors qu’elle vient de confier être plutôt branchée sciences. «J’ai fait ma maturité en biologie-chimie, et là, je viens de commencer le droit à l’Université de Lausanne. La poésie? Un peu par hasard», sourit Adèle. C’est en allant assister à une présentation lors de ses études au gymnase de Marcelin, à Morges, qu’elle a eu le déclic. «Pourquoi ne pas écrire des poèmes, après tout? C’est à ce moment-là que je me suis décidée. Mon travail de Maturité serait littéraire. C’était un défi pour moi.»
Ses amies sont un brin étonnées de ce choix. Elles croient à une blague. Ses parents, tous deux portés vers la lecture et la littérature, ne le sont pas. «Ma mère, qui s’intéresse à la psychologie, était très enthousiasmée par mon choix. Mon père, qui lit beaucoup, s’est dit «ouf!» ça va la sortir de son obsession pour la médecine et la biochimie», s’amuse Adèle.
La mécanique de clan
Lorsqu’elle parle de son recueil à son grand-père, Thierry Barrigue, (ndlr: dessinateur de presse et fondateur de «Vigousse»), il n’est pas tout de suite convaincu. «C’était avant de le lire! Ensuite il a dit qu’il fallait en faire quelque chose», se souvient Adèle. La mécanique familiale se met alors en marche autour de la jeune femme. Et le projet prend une nouvelle ampleur: son recueil sera publié.
«Ma mère m’a relue et m’a apporté de précieux conseils. Mon père m’a soutenue dans ma démarche. Mes grands-parents ont relu mes textes avec soin.» Sans oublier de mentionner aussi son éditeur, Olivier Morattel: «Il a consacré énormément d’énergie dans la publication de mon livre. J’ai également eu la chance de pouvoir compter sur le soutien des écrivains Jean-François Fournier et Quentin Mouron.»
Dans leur village au pied du Jura, les membres du clan vivent tout proches les uns des autres. «J’ai toujours habité là-bas, et quand on a déménagé, c’était dans le même village», raconte celle qui ne se voit pas du tout quitter le nid familial pour s’installer en ville. «J’aime trop la nature! C’est là que mon imaginaire s’exprime le mieux. Trop, peut-être. Petite, j’étais un mélange de princesse et de Robin des Bois, à la fois sensible et téméraire. C’est peut-être ce qui explique mon envie de défi.» Ou comment surprendre son monde en se lançant dans la poésie, quand on est plutôt profilée scientifique, par exemple.
Tableaux du quotidien
«Aujourd’hui, le rideau de pluie penche sur la gauche.» Pour Adèle, c’est un des quatre-vingt-quatre poèmes qui l’a le plus inspirée. «Il dit beaucoup de choses, pourtant la remarque est évidente. C’est comme le 46e: «Un endroit si sauvage. Pourtant une poubelle.» À la lecture, ces deux-là marquent. Les plus longs, qui décrivent aussi bien des paysages, la nature ou des scènes de vie urbaines parfois, sont tout aussi intrigants et évocateurs. Comme autant de petits tableaux du quotidien, ses poèmes se complètent.
«Durant huit mois, j’avais mon petit carnet sur moi, et je prenais des notes. Dans le bus, chez moi, dans la forêt. Un peu partout. Ça m’a permis d’explorer une autre partie de moi, de m’ancrer dans le présent et de me déconnecter aussi d’une certaine manière», raconte Adèle qui n’a pas pour autant délaissé son téléphone portable durant cette période. «Je ne vais pas dire le contraire, mais c’est vrai que ce travail d’écriture m’a aidée à être dans l’instant présent. J’étais moins sur mon téléphone.»
La tasse de thé est terminée. Après l’interview, c’est l’heure de la séance photos. Le moment aussi pour Adèle de réaliser ce qui est en train de lui arriver. «Ça n’est pas rien d’éditer un livre…» Et ses amies sceptiques de son choix, qu’en disent-elles? «Elles étaient là au vernissage, elles ont lu le recueil et ont trouvé que ça me correspondait.»
Direction la rédaction de Femina pour prendre la pose. Le temps de glisser encore qu’elle ne fait pas que lire ou écrire: «Je donne des cours de badminton aussi, à des 10-17 ans. J’ai fait la formation il y a un an et ça m’a appris l’humilité, l’organisation, la gestion de problèmes», s’amuse Adèle. Une manière pour elle de sortir de sa zone de confort, encore.
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