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Que dit la police ?Policiers à haute vitesse: «Il faut changer la loi»

Selon le commandant de la police cantonale Jacques Antenen, la législation actuelle n’est pas satisfaisante.

Jacques Antenen, commandant de la police cantonale.
Jacques Antenen, commandant de la police cantonale.
ARC Jean-Bernard Sieber

Estimez-vous, comme certains citoyens, que le procureur général empêche les policiers de travailler?

Chacun est dans son rôle, que ce soit le commandant de la police cantonale ou le procureur général. Le procureur général vaudois n’est d’ailleurs pas le plus restrictif, en Suisse, envers les professionnels en conduite d’urgence. Mais la situation est insatisfaisante. L’incompréhension des citoyens rejoint celle des policiers. Si on ne peut pas faire admettre que, dans des circonstances exceptionnelles, les policiers dépassent les limites de vitesse, alors il faut changer la loi. Des parlementaires ont empoigné le sujet et je m’en réjouis.

Changer la loi, dans quel sens?

Il faudrait qu’elle soit plus précise. L’idée serait d’affirmer clairement que le professionnel en conduite urgente n’est pas punissable. Seule une action particulièrement dangereuse pourrait être sanctionnée. Cela reviendrait à inverser le fardeau de la preuve par rapport à la situation actuelle.

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Vous vous inquiétez depuis plusieurs années de l’impact de Via sicura. Est-ce toujours le cas?

Les mesures Via sicura sont en grande partie justes. Mais je conteste les normes qui imposent un plancher minimum, comme, par exemple, 1 an de prison en cas de délit de chauffard. Le juge doit garder une marge d’appréciation. Il est vrai que le policier «chauffard» bénéficie d’une approche moins rigoureuse qu’un simple conducteur. Mais le fait qu’on le considère comme «chauffard» dans l’exercice de ses fonctions, cela me heurte. En outre, un retrait de permis provoqué par une action professionnelle a des répercussions sur le plan privé.

Il s’agit pourtant de protéger le public d’un possible accident…

Les policiers suivent des formations spéciales. Ils apprennent à conduire dans des conditions extrêmes. Actuellement, l’esprit de la loi montre qu’on ne leur fait pas confiance. On part de l’idée qu’ils ne sont pas capables de bien concevoir les dangers qu’ils peuvent engendrer. En réalité, ils sont spécialement formés et ils sont capables d’adapter leur conduite.

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Mais vaut-il la peine de prendre des risques pour un vol ou un délit matériel?

Le car-jacking, illustré par le cas morgien, ou le dynamitage de bancomats, qui a été le contexte de la condamnation d’un policier genevois, ce n’est pas du vol à l’étalage. Ces actes criminels se situent dans le contexte du grand banditisme. Poursuivre les auteurs de délits contre le patrimoine commis avec violence nécessite des moyens plus intenses qu’en cas de petit délit. J’ajoute que, souvent, le policier se lance alors qu’il est encore difficile pour lui de connaître le degré de gravité de la situation. Il a très peu de temps pour prendre sa décision.

«La situation est insatisfaisante. L’incompréhension des citoyens rejoint celle des policiers»

Jacques Antenen, commandant de la police cantonale vaudoise