Édition anniversaire de la revueLes schnocks n’ont pas dit leur dernier mot
Contre toute attente, la revue dévolue à la pop culture française des années 70 et 80 fête son 50e numéro, avec Johnny en couv’. Explications du cofondateur.

Schnock, comme ça se prononce. Généralement associé à l’épithète «vieux» et à un passéisme beigeasse fait de pantoufles à carreaux, de Gitanes sans filtre et de tapisseries florales. Et pourtant, «Schnock» est plus contemporain que jamais. Totalement tendance!
La revue du même nom célèbre son 50e numéro ce printemps, un tour de force au regard de son sujet (en vrac, la culture pop de la France période Pompidou à Mitterrand), de sa forme (un joli petit bouquin de 170 pages vendu en librairie), de sa périodicité (tous les trois mois) et de son slogan définitif: «La revue des vieux de 27 à 87 ans.»
Chaque trimestre en France, Suisse et Belgique, ce sont donc 10’000 vieux plus ou moins jeunes qui achètent cet ovni éditorial. Ils se jettent sur les dossiers du schnock en couverture, de Gainsbourg à Deneuve, de Jean Rochefort à Véronique Sanson. Découvrent les histoires drôles, tragiques ou édifiantes derrière des icônes pop oubliées comme l’émission «Téléchat», le bonhomme Nesquik et le revers de John McEnroe. Se rappellent au bon souvenir de films sixties, de romans seventies, de chansons eighties…
Derrière la gaudriole, la revue (d)étonne par le sérieux de sa démarche, la qualité de ses sources, la singularité journalistique de ses sujets (lire encadré).
Bref, une publication hors format qui mérite bien un coup de fil à son rédacteur en chef, Christophe Ernault, pas encore 50 ans.
Pourquoi Johnny Hallyday en couverture du 50e? Le roi des schnocks?
On voulait marquer le coup et on s’est rendu compte qu’on avait souvent parlé de lui mais jamais dans un vrai dossier. En fait, nous avons récolté tellement de matière originale que nous avons pu faire un numéro complet – une première. Il illustre assez fidèlement notre travail: nous n’aurions eu aucun intérêt pour une interview de ses enfants ou de son épouse – il y a «Paris Match» pour ça.
En revanche, raconter l’histoire d’Erick Bamy, seul vrai chanteur de soul francophone qui fut la voix derrière Johnny durant vingt-cinq ans, avoir les témoignages de Dutronc et Mitchell ou faire le portrait de Léon, le père démissionnaire de Johnny, c’est vraiment ce qui m’intéresse et différencie «Schnock».

Vous reste-t-il assez de schnocks en stock?
La question se pose, j’avoue. Les grosses cartouches ont été tirées, Gabin, De Funès, Ventura, Bardot, Desproges… Faire Johnny nous permet de boucler un cycle. Il ne serait pas impossible qu’on invente des formats différents, pourquoi pas s’aventurer sur des schnocks politiques comme Chirac, dont le côté «lifestyle» façon bière au comptoir et flipper séduisent les plus jeunes. Je veux faire depuis des années Adjani et Polnareff, qui nous posent systématiquement des lapins.
Justement, comment trouve-t-on la balance entre le caractère schnock d’un sujet et son attrait populaire, donc commercial?
Il y a une grosse part de ressenti, avec quelques coups de sonde sur les réseaux sociaux. Mais c’est de loin une science exacte. Avec Karl Lagerfeld, récemment, on pensait tenir quelque chose d’intéressant, qui déborderait notre lectorat habituel. On s’est lourdement plantés. Michel Drucker, choisi en dernière minute parce que Polnareff nous avait lâchés, a en revanche été un succès inattendu.
En fait, tout est résumé dans nos deux premiers numéros: celui sur Jean-Pierre Marielle reste notre plus grosse vente, le second sur Amanda Lear notre pire flop. Depuis, c’est ainsi, des hauts et des bas sans recette miracle ni âge d’or.

Les sujets les moins datés sont-ils les plus porteurs? Vous avez fait les Inconnus l’an dernier…
Oui, mais Bourvil, notre avant-dernier numéro, a cartonné. Encore une fois, on avance au doigt mouillé. On peut se référer un peu aux réseaux sociaux, par exemple pour constater que les Inconnus marchent toujours – davantage que Les Nuls, d’ailleurs, qui semblaient pourtant bien moins ringards à l’époque. Nous aimerions beaucoup faire un dossier sur Michel Serrault et Jean Poiret: mais qu’évoque Serrault aujourd’hui? Pas facile de répondre. Pareil pour Bernard Blier, que je veux absolument honorer un jour.
«Schnock» est-il politique? Autrement dit, le rétro est-il réac?
Nous sommes apolitiques. Certains voient ce qu’ils veulent à travers nos choix, mais quand on fait une couverture sur Sardou, on fait Cavanna et Choron au numéro suivant. Que faut-il penser d’Amanda Lear qui déclare: «On va tous devenir chinois»? Ou de De Funès en rabbin? Ou de Jean-Pierre Marielle qui affirme «Le travail, non merci!»`? Dans la culture populaire française, je prends tout, les charentaises et la Nouvelle vague, Audiard et Godard, Colette Magny et Sylvie Vartan, la droite, la gauche, les cons, les riches, je mélange tout ça et j’en fais un objet culturel, sociologique, mais pas politique.
Le numéro dont vous êtes le plus fier?
Celui avec Guy Marchand. On ne devait pas le mettre en couverture, mais… Polnareff nous avait plantés. Et l’auteur de l’interview est revenu emballé: «Ça a duré trois heures, Marchand n’arrêtait pas.» Et effectivement l’interview était extraordinaire, riche, d’une oralité dingue, exactement ce pourquoi «Schnock» existe. Alors j’ai dit banco. On aurait pu se vautrer, on a fait 8000 ventes, un bon score. Huit mille ventes sur Guy Marchand!
«Schnock» n° 50, actuellement en librairie et sur commande www.la-tengo.com.
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