Passer au contenu principal

Festival poétique romandPorter les mots des poètes au chevet des malades

Dès le 21 mars pour le sixième Printemps de la poésie, des textes d’auteurs romands garniront les plateaux-repas de cinq ensembles hospitaliers.

Cette édition du Printemps de la poésie veut soigner et nourrir l’âme avec son vaccin poétique «PrimaPoetica®». Sur l’affiche de la manifestation, la plume remplace la seringue.
Cette édition du Printemps de la poésie veut soigner et nourrir l’âme avec son vaccin poétique «PrimaPoetica®». Sur l’affiche de la manifestation, la plume remplace la seringue.
DR

Depuis 2016, la Suisse romande prend son envol poétique lors de l’équinoxe printanier, avec un foisonnement de propositions passionnantes. En 2020 cependant, le Printemps de la poésie avait largement fait les frais d’un semi-confinement national fraîchement décrété.

Cette année, les organisateurs ont refusé de laisser le virus dicter à nouveau l’agenda, optant pour une version réduite qui se passera forcément largement en ligne, mais aussi dans des visites guidées ou sur les affichages urbains des Transports publics lausannois. Opérant un renversement de perspective, la manifestation s’installe surtout au cœur des préoccupations actuelles, en proposant dès le 20 mars sa «vaccination à ARN poétique» nommée «PrimaPoetica®». Sur les affiches annonçant l’événement, la plume remplace ainsi la seringue. Derrière le clin d’œil pointe un plaidoyer pour la force d’un art qui peut apparaître comme déconnecté des préoccupations quotidiennes.

«La poésie aide à donner forme à ce qui reste difficile à dire.»

Antonio Rodriguez

Instigateur du rendez-vous annuel, Antonio Rodriguez y voit un langage qui peut nous parler davantage que celui des informations, des chiffres égrenés jour après jour, voire des témoignages qui nous accompagnent depuis un an: «La poésie aide à donner forme à ce qui reste difficile à dire, elle touche car elle est en contact avec les formes profondes du corps. Elle va souvent dans les failles, qu’elles soient joyeuses ou tristes.»

Julie Delaloye, médecin et poète, travaille depuis plusieurs années à faire entrer la poésie dans les hôpitaux.
Julie Delaloye, médecin et poète, travaille depuis plusieurs années à faire entrer la poésie dans les hôpitaux.
DR

«La poésie est au cœur de l’homme, dans ce qu’il a de plus beau et de plus tragique.»

Julie Delaloye

Julie Delaloye, médecin et poète, en est également convaincue. «Pour moi la poésie est au cœur de l’homme, dans ce qu’il a de plus beau et de plus tragique.» Elle s’efforce ainsi depuis plusieurs années de la faire entrer dans les établissements où elle a travaillé, du CHUV à l’Hôpital de Sion.

«Un des moyens les plus faciles et les moins invasifs était de déposer un texte sur les plateaux-repas.» Ces événements étaient régulièrement accompagnés d’expositions ou de créations, ce qui est exclu en ce moment. Depuis un an qu’elle travaille aux soins intensifs de l’hôpital de Morges, au chevet des patients Covid, elle s’est néanmoins demandé comment créer à nouveau ce lien avec le monde extérieur: «D’où cette idée de l’appel aux poètes romands.»

Jolie moisson puisque 40 auteurs ont offert un texte. Parmi eux Laurence Verrey, Sylviane Dupuis, François Debluë, Pierre-Alain Tâche, Arthur Billerey, Laurent Cennamo ou encore Thierry Raboud. Les textes accompagnant les repas dépendront des hôpitaux, puisque chaque établissement fait sa sélection. En plus d’être distribués sur les plateaux-repas, au CHUV, les textes s’installeront sur les panneaux d’affichage, tandis qu’aux HUG à Genève, ils égayeront parcs et terrasses. À l’hôpital de Morges, c’est carrément un petit livret réunissant tous les écrits qui sera distribué aux personnes hospitalisées.

Visite poétique

Antonio Rodriguez, ici devant les affiches de l’édition 2018. Cette année, le Printemps de la poésie porte les mots au cœur de la lutte contre la pandémie.
Antonio Rodriguez, ici devant les affiches de l’édition 2018. Cette année, le Printemps de la poésie porte les mots au cœur de la lutte contre la pandémie.
Florian Cella

«C’est une sorte de visite poétique: par le biais de son texte, un poète vient manger avec vous et vous donne ses mots. Il y a comme une transaction poétique qui réconforte et qui nourrit aussi, et qui reconnaît la place qu’ont nos malades aujourdhui. C’est une manière d’être avec eux», remarque Antonio Rodriguez.

En ces temps de crise, la poésie est-elle d’autant plus importante? «La poésie a une signification différente pour chacun. Pour moi elle est vitale, elle m’aide dans la vie de tous les jours, dans les doutes, dans les souffrances, mais aussi à rester en lien avec les autres, relève Julie Delaloye. C’est ce lien que j’ai voulu amener aux malades, car l’hôpital est un lieu à la fois ouvert sur l’extérieur et à la fois clos, puisque l’on se retrouve face à soi-même. À l’hôpital on ne peut pas fuir.»

En cette période difficile pour les artistes, «il ne s’agit pas simplement de montrer ce qu’est la poésie, mais aussi de rassembler des artistes, écrivains, cinéastes, comédiens qui sont un peu satellisés, plaide Antonio Rodriguez. Il y a l’idée qu’il y a une force commune, et que ce qu’on fait en Suisse au niveau de la poésie a de l’importance.»

Printemps de la poésie, du 20 mars au 3 avril. Programme complet sur www.printempspoesie.ch