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AboPortrait de Marc Oosterhoff
Le danseur acrobate a un nouveau tour dans sa manche

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Son bras gauche est marqué d’un tatouage du haut-de-forme du Chapelier fou d’«Alice au Pays des Merveilles». Marc Oosterhoff a la fantasmagorie gravée dans la peau et en fusion dans la tête. Circassien, danseur, chantre d’une poésie absurde, l'inclassable yverdonnois sort mille malices de sa besace pour façonner des spectacles de haut vol et sous haute tension. Nouvel atout dans sa manche, la magie bouillonnera dans sa «Préparation pour un miracle», à savourer (dès 8 ans) au Théâtre de Vidy du 31 octobre au 12 novembre.

Le baladin aux allures de dandy flegmatique dévoile son jeu: «Je n’excelle en rien techniquement. J’ai plein d’outils dans mon sac et je pioche dedans comme bon me semble, entre l’acrobatie, la danse, le théâtre, le clown. Je me permets de ne pas montrer ma technique... car je n’en ai pas trop.» Trêve de modestie. L’artiste tresse les disciplines avec l'adresse du lanceur de couteaux, la minutie du funambule, l’intelligence du conteur.

Prenez «Les promesses de l’incertitude» (2019): tout se jouait dans cet instant suspendu où le public imagine un futur possible – souvent catastrophique: la lame qui transperce un doigt, l’objet lourd qui chute, le corps qui vacille. Les références qui peuplent son imaginaire? Les Freaky Shows (spectacles de «monstres» humains), le cabaret et surtout le cirque des années 30. «Il y a quelque chose d’extrêmement romanesque dans cette générosité, à tout prix, pour le public.»

Point de bascule

Son histoire éclôt en 1990 à Saint-Aubin. Marc Oosterhoff voit le jour dans ce village lové près de Neuchâtel, puis grandit à Yverdon. Gamin «sympa, bon élève et un peu looser», il crapahute en forêt, s’essaie à la gym, à la musique puis aux arts de la scène, ondoyant entre l’impro, le théâtre et les arts du cirque. D’ailleurs, toute la fratrie déploiera ses talents dans des activités créatives: la sœur, Maryke Oosterhoff, a cofondé le VIFFF à Vevey; le frère, Cédric, s’épanouit dans le skate et bricole «avec ses mains dorées». Marc est l’enfant du milieu. Celui qui maniera l’équilibre, le point de bascule.

Sa formation d’artiste est marquée par cette recherche d’équilibre. Par tâtonnements. «J’ai mis un pied dedans comme on entre dans un lac. Je n’ai pas décidé direct de me jeter à l’eau.» Première étape, l’Accademia Teatro Dimitri, au Tessin. Diplômé à 21 ans, il doute. «Je ne me sentais pas prêt à travailler dans le monde du cirque professionnel, alors j’ai continué à chercher ma voie.» Il poursuit cette quête en Chine. Six mois d’initiation aux arts martiaux réveillent un rêve de gosse, celui de jouer au héros. Il rigole: «Je m’imaginais dans ces films d’animation un peu cucul, comme «Les 36 chambres de Shaolin» ou «Karaté Kid», où le personnage principal est nul mais sauve le monde!»

Il tente ensuite sa chance dans des écoles de cirque mais reste sur le carreau. La Manufacture, Haute École des arts de la scène, à Lausanne, lui ouvre ses portes. Enthousiasme mesuré. «Ça m’emmerdait, la danse contemporaine! Je me suis dit: «Je fais une année et je me casse. Et... ça a été génial, je suis resté et j’ai passé mon diplôme. L’école encourage les gens à continuer dans les voies qui les intéressent, elle ne cherche pas à uniformiser les élèves.»

Il peaufine son langage et termine en apothéose: son premier solo, «Take care of Yourself» (2016), issu d’une carte blanche à La Manuf, le hisse parmi les artistes à suivre et sera adoubé pour la Sélection suisse en Avignon en 2021. La même année, la Fondation vaudoise pour la culture lui décerne le Prix de la relève dans les arts vivants. En plein dans le mille.

Perdu dans un monde compliqué

D’une poésie irrésistible, habillés de mélancolie, ses spectacles mettent en scène un personnage récurrent. «Un jeune homme un peu naïf, idiot dans le sens de celui qui s’émerveille, perdu dans un monde compliqué.» Un alter ego? «Oui... mais en même temps, j’aimerais bien rencontrer quelqu’un qui ne se sente pas perdu dans un monde compliqué.» Difficile de lui donner tort. Ce personnage intemporel déambule sur le fil du rasoir. Se frotte aux absurdités du monde, s’y pique et entraîne le public, hilare et angoissé, dans son jeu. C’est là l’essence même du cirque: le frémissement avant la prouesse.

Si son univers est paré de fantaisie, Marc Oosterhoff est un inquiet. Angoissé face aux vicissitudes du monde. Il entrevoit des possibles dans les milieux alternatifs, les squats. «Je crois dans les mouvements militants. On leur met des bâtons dans les roues, mais il y a de l’espoir. Ma copine milite beaucoup et je la soutiens.» Latifeh Hadji, cavalière voltigeuse, a cofonfé l’association PUHI, pour un urbanisme imaginatif. Complice à la scène et à la ville, le couple se ressource lors de longues balades avec sa chienne, Koutshik. Un temps. Il reprend: «Ma position est de rester optimiste, de chercher ce qu’on peut faire en tant qu’individu pour essayer de faire en sorte que le monde ne soit pas aussi pourri.»

Le Chapelier fou sur la peau

Il explore une piste dans sa nouvelle création: dans «Préparation pour un miracle», son alter ego aspire à se délester de l'injonction du développement personnel à chercher la meilleure version de soi-même. «Peu importent nos choix, tout ce qu’on fait ou dit va être perçu comme une affirmation identitaire. J’ai l’impression qu’on ne peut pas y échapper, même si on essaie un peu de s’en foutre.»

Sur son bras, le tatouage du Chapelier fou joue peut-être les garde-fous. L’énergumène excentrique n’en a que faire des convenances. D’ailleurs, tout l’univers d’Alice au Pays des Merveilles a inspiré ce nouveau spectacle: «J’aime l’idée de s’enfoncer dans un terrier en embarquant le public pour voir ce qui se tapit au fond.» On se réjouit de le suivre.

Lausanne, Théâtre de Vidy, du 31 oct. au 12 nov., www.vidy.ch