Avec elle, la durabilité sera un enjeu décisif

PortraitNouria Hernandez, rectrice de l'UNIL.

Image: Patrick Martin

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De grandes mains expressives, une diction soignée et un rire latin contagieux: en deux mois, Nouria Hernandez avait déjà séduit l’équipe directoriale qui, depuis mardi, la secondera à Dorigny. Elle a fini par s’acclimater à son nouvel environnement de rectrice dans le bâtiment de l’Unicentre, en amont de la Sorge. Un ruisseau qu’elle longe chaque matin à vélo. Elle connaît désormais le fonctionnement d’une administration tentaculaire qui gère une agglomération de 14 300 étudiants et de quelque 500 profs – l’équivalent de la population de Morges! Cette responsabilité lui avait été impartie le 25 juin 2015, par un choix du Conseil de l’Université de Lausanne, entériné deux mois plus tard par le Conseil d’Etat vaudois. C’est ainsi qu’une experte de renommée internationale en biologie moléculaire devient la première femme à la tête de la vénérable académie, fondée en 1537 par des théologiens protestants peu enclins au féminisme… Elle succède au mathématicien valaisan Dominique Arlettaz, qui dirigeait l’institution depuis 2006.

«Un chercheur efficace doit avoir la possibilité de s’adapter à l’incertain»

Nouria Hernandez ne s’y attendait pas: «J’étais revenue des Etats-Unis pour diriger de 2005 à 2014 le Centre intégratif de génomique de Dorigny, et je n’aspirais qu’à poursuivre mes recherches sur le génome, et l’interprétation des gênes humains par la cellule.» Un jargon de généticienne qu’elle diluera dorénavant dans un langage accessible aux gens d’innombrables autres disciplines. Quitter son cher laboratoire du 4e étage du bâtiment du Génopode a été un crève-cœur: il y règne une atmosphère sans comparaison avec d’autres secteurs de l’UNIL, car sans code vestimentaire, sans hiérarchie. «Dans la recherche moléculaire, un débutant motivé devient très vite le spécialiste d’un domaine précis au point de pouvoir discuter d’égal à égal avec ceux qui ont une longue expérience. Et il arrive que nos étudiants en sachent plus que leurs profs…»

Elle naît à Chêne-Bougeries d’un père barcelonais avocat et d’une mère suisse allemande, née en Argovie. Lui a fui l’Espagne à l’époque où le régime du général Franco interdisait qu’en Catalogne on parlât le catalan. Autonomiste avant l’heure, il s’installa en Suisse, dont il admirait le fédéralisme éprouvé, et y professa comme traducteur dans des organisations internationales de Genève. De ce père, Nouria Hernandez a hérité le goût de l’autonomie. «Il ne m’a pas inculqué sa langue natale, et je ne parle pas le suisse allemand de ma mère, mais je les comprends.»

Une passion pour l'écologie

Entourée d’un frère et d’une tribu de demi-frangins et de demi-frangines, Nouria passe son enfance dans la banlieue genevoise en s’entourant de chats, de chiens, de hamsters, de tortues… Une passion pour les animaux qui vire bientôt à celle de l’écologie: «A Barcelone, où j’allais en vacances, mon grand-père s’indignait des fumées jaunes qui s’échappaient de cimenteries pour empoisonner l’air de la ville.» Partageant ce sentiment (qui sera à l’origine de son actuelle décision d’accéder au rectorat afin de favoriser le développement durable à l’UNIL), elle s’inscrit en biologie générale à l’Université de Genève, après un écolage au collège Calvin. Mais c’est dans la discipline dévolue à la recherche moléculaire, l’actuelle génomique, qu’elle trouvera sa vraie vocation. Un champ d’investigation qui enthousiasme au début des années 80 des néobiologistes du monde entier. Nouria Hernandez en rencontrera lors d’un séjour de trois ans à Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg. Puis durant plusieurs années aux Etats-Unis, dont elle retient des souvenirs marquants: «Dans le complexe universitaire de Yale, notre labo se trouvait dans une zone périphérique dangereuse. Un taxi gratuit nous ramenait à domicile… Nous y travaillions jusqu’à 2 heures du matin.»

Pédagogie européenne et étasunienne

C’est dans le cadre du Cold Spring Laboratory de Long Island, dans l’Etat de New York, où elle enseignera jusqu’à son retour en Suisse, qu’elle a relevé la différence entre la pédagogie européenne et l’étasunienne. Un étudiant suisse qui ne saisit rien d’un cours baisse les bras et pense qu’il est inapte aux études. L’Américain se dit que c’est le prof qui est nul, et il lui réclamera des éclaircissements: il a dû s’endetter pour payer ses études, d’où ses exigences.

La nouvelle rectrice de l’UNIL regrette cette industrialisation américaine de l’enseignement, car elle met les grandes écoles en concurrence. En découle le danger de réclamer aux chercheurs des résultats immédiats et commercialisables. L’enjeu de la durabilité, qui, selon elle, est la première chose à développer aujourd’hui dans l’enseignement supérieur, en pâtirait. Or «un chercheur efficace doit avoir la possibilité de s’adapter à l’incertain». (24 heures)

Créé: 22.09.2016, 09h28

Carte d'identité

Née le 13 mai 1957, à Chêne-Bougeries.

Six dates importantes


1980 Diplômée en biologie générale à l’Uni de Genève, elle se rend à Heidelberg, pour se consacrer à la biologie moléculaire.

1987 Elle obtient un poste de chercheur indépendant dans les laboratoires de Cold Spring Harbor, à Long Island (Etat de New York).

1992 Naissance de son fils Julien.

1994 Naissance de sa fille Isabel.

2005 Elle devient la directrice du Centre intégratif de génomique à l’UNIL.

2016 Première femme rectrice de l’UNIL.

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