Barthélemy Grossmann sait où il va: jamais en arrière

PortraitLe réalisateur aubonnois n'a pas de temps à perdre et voue sa vie à sa passion: le cinéma.

Image: Vanessa Cardoso

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Dans «J’marche pas en arrière», le court-métrage qu’il a écrit, réalisé et qu’il vient de sortir sur YouTube, Barthélemy Grossmann est un écrivain boulimique, sombre, solitaire, un taiseux presque muet. Calepin et stylo dans la poche arrière de son jean, chapeau vissé sur la tête, le réalisateur aubonnois n’est pas loin de Jimmy, son personnage. Avec une différence notable. Avec un débit de mitraillette, un accent parisien masquant presque parfaitement son enfance vaudoise, il inonde la terrasse de l’Arboretum de sa voix forte. Il a beaucoup à dire, à raconter. Et il veut que le monde l’entende.

Le trentenaire est en mission. Comme Jimmy dans son film, il dit «vouloir laisser une trace», faire comme ses héros de cinéma, les Chaplin, Scorsese, Welles. «C’est pour ça qu’on fait des films, pour que les spectateurs en gardent quelque chose. C’est mon objectif, celui pour lequel je me bats et je travaille jour et nuit.» Toujours en action, Barthélemy Grossmann semble n’avoir jamais une minute de battement, comme si son temps était compté. Comme si, à quelques jours de ses 33 ans, il avait déjà pris trop de retard sur sa vie. Le temps perdu est un luxe qu’il ne veut pas se permettre. Même avec ses proches. «J’ai des amis bien sûr, des très proches. S’ils m’appellent parce qu’ils ont besoin de moi, je lâche tout pour eux. Mais je me fous des discussions et des échanges futiles, si les gens ont du temps à perdre à dialoguer sur la forme des nuages, tant pis pour eux. Moi, j’aime les discussions pleines, les échanges passionnés. Avec moi, c’est tout ou rien.»

«Je suis en mission. Je veux laisser une trace»

L’homme est entier. Et ce n’est pas nouveau. A 15 ans, il quitte l’école d’Aubonne en pleine 8e année, parce que son rêve c’est le cinéma et que, selon lui, ces cours-là ne lui serviront à rien pour atteindre son but. «C’est la meilleure décision de ma vie.» A même pas 16 ans, le voilà débarquant seul à Paris pour prendre des cours de comédie. Il emménage dans une minuscule chambre de bonne, aligne les petits boulots pour vivre, se fait des amis. Et passe à côté de son adolescence. «Ce n’est pas tellement un regret, parce que je n’aurais pas eu ce parcours sans ces sacrifices, mais, j’en suis pleinement conscient, c’est un manque dans ma vie.» Car, entre les études et le travail, ajouté au fait que tous ses amis sont alors bien plus âgés que lui, le jeune Barthélemy saute directement à la case «adulte».

A force de travail, forcément acharné, Grossmann fait son trou. On le voit dans une émission de Canal+, dans de petits rôles à la télé et au cinéma. Et puis débarque en salle «13 m2», en 2007. L’Aubonnois est derrière la caméra et tient le premier rôle aux côtés de Youssef Hajdi, Lucien Jean-Baptiste et Bérénice Béjo. Un casting brillant pour un huis clos entre braqueurs très habile, sobre, élégant, puissant. «J’ai tellement appris de cette expérience! Jamais je n’aurais pensé qu’il puisse avoir un tel impact.»

Suit un projet de film à 20 millions, coproduction américano-suisse qui coule juste avant le tournage, en même temps que la crise assèche les Etats-Unis. Il cite Mandela: «Pas grave, je ne perds jamais. Soit je gagne soit j’apprends.» Quant à «13 m2», il est «devenu culte en banlieue, on m’en parle tout le temps et sur YouTube il a été vu 2,5 millions de fois».

Barthélemy Grossmann a mis «J’marche pas en arrière» en libre-accès sur Youtube. «Je travaille pour le public, pas pour présenter mes films dans les festivals, pour gagner des prix.»

La banlieue française, justement. Elle est au cœur de «13 m2», en filigrane de «J’marche pas en arrière». Elle est aussi le décor de «Lascars», série dont il a réalisé la deuxième saison pour Canal+, et pas si loin d’«American Dream», la série qu’il a créée, écrite et réalisée et qui sera diffusée en novembre sur CanalPlay. «J’y joue aussi le rôle principal, alors si on se plante, c’est complètement de ma faute. Parce que Canal m’a donné carte blanche.» Quant à la thématique des banlieues, «c’est une métaphore forte dans le cinéma». Mais pour lui, qui a grandi dans le confort douillet de La Côte? «Ma réalité, ce n’est pas Aubonne. C’est ma chambre de bonne et les galères lorsque je suis arrivé à Paris, c’est devoir se battre pour y arriver, être prêt à crever sur un plateau. La Suisse, j’y viens pour être au calme, pour écrire mes projets, c’est mes racines. Mais plus ma réalité.»

Sa réalité l’a donc mené jusqu’à Los Angeles pour tourner «American Dream» et «J’?marche pas en arrière», son projet «le plus personnel». Presque une autobiographie, avec à l’affiche une star des podiums, la Néerlandaise Doutzen Kroes, ainsi que de fidèles acteurs devenus proches amis, comme l’impressionnant Mahamadou Coulibaly. «C’est ma plus belle rencontre, artistique et amicale, en dix ans, tient à dire ce dernier, colosse au jeu sensible. Je suis comédien depuis huit ans et c’est en tournant avec Bart’ que je me suis véritablement, profondément, senti acteur. Il sait ce qu’il veut, où il va. Il veut laisser une marque indélébile et parti comme il est parti, avec le talent qu’il a, il y arrivera.» (24 heures)

Créé: 01.10.2015, 09h13

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