Dans l’ombre, le régisseur entretient l’esprit de la Fête

PortraitLe Genevois Xavier Jacquet calme les troupes depuis les coulisses, surveille les aléas de la météo et démêle les nœuds du spectacle.

Image: Laurent Guiraud

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Suspendu à 5 m 50 du sol, un casque sur les oreilles, invisible aux yeux des spectatrices et des spectateurs mais pourtant relié à un micro et aux prévisions météo, Xavier Jacquet s’apprête à devenir le chef d’orchestre d’un ensemble un peu particulier. Sous sa baguette, quelques centaines de figurant·e·s (étourneaux, bourgeons, on perd le fil parmi les noms très «nature» qualifiant les différents rôles des bénévoles) se préparent à entrer en scène. Nous sommes sur l’une des quatre estrades entourant la scène principale de l’arène de la Fête des Vignerons 2019. Aux commandes de l’une d’entre elles, le régisseur est omnipotent et omniscient. Connecté à toutes les entités du spectacle, inlassablement sur le qui-vive, il veille à la mise en place des décors et des accessoires. Mais pas seulement. «Être régisseur de scène, c’est beaucoup de gestion humaine», dit Xavier Jacquet. Veiller à ce que tout le monde sache ce qu’il ou elle doit faire et quand, que chacun·e revête son costume au bon moment, que le stress soit géré, que l’esprit festif soit au rendez-vous (mais pas trop non plus!), qu’on suive les départs donnés par les «topeuses», etc. Ce régisseur plateau de l’ombre et du soleil (il faut savoir le maîtriser, lui aussi) est confiant: rien n’est insurmontable. Son calme nous donne envie d’y croire.

Xavier Jacquet tient donc l’un des rôles principaux de la Fête, même s’il demeure en coulisses. C’est par lui que toutes les informations transiteront: les petits détails comme les grands changements de dernière minute, notamment en ce qui concerne la météo – LA grande inconnue de la Fête, malgré toutes les technologies modernes dont l’édition de 2019 s’est dotée. Mais comment en arrive-t-on à souhaiter se mettre tant de pression sur les épaules, à 100%, pendant quatre mois? Il répond, un brin nostalgique, évoquant d’emblée la fête commémorative qui, au temps du collège, lui avait permis de «gâter» les cours pendant pas moins de trois semaines et lui avait surtout donné le goût de la scène pour toujours. Gâter les cours: oui, car à Genève c’est ainsi qu’on désigne l’école buissonnière. Sauf qu’en termes de buissons il s’agissait plutôt d’arbres et de pupitres, qui servaient tous deux de décors pour la revue qu’avaient montée une équipe d’étudiant·e·s et de professeur·e·s pour les 90 ans de l’Institut Florimont, en 1995.

La discrétion et l’extraordinaire

Depuis, Xavier Jacquet n’a jamais voulu faire autre chose de ses dix doigts, guitare, piano et autres instruments mis à part. «J’ai fait l’École des musiques actuelles de Genève, puis une école d’ingénieur du son, dans la même ville, et enfin je suis arrivé chez Axis Studio, un studio d’enregistrement, et l’ai ensuite racheté», raconte-t-il, sourire aux lèvres. Il collabore également avec «La Revue» de Genève depuis cinq ans. Et ne se voit pas vraiment ailleurs. Gérer le son lui permet de faire plusieurs choses, et il s’en réjouit. Il aime l’adrénaline qui émane de chaque représentation. Dans le récit de son parcours à l’accent genevois, tout évoque à la fois la discrétion et l’extraordinaire. Il estime donc que sa participation à la plus grande fête de Suisse romande représente une étape logique, d’où sa décision de candidater pour le poste l’année dernière, même s’il n’avait pas assisté à la dernière Fête des Vignerons, en 1999: «Le gigantisme du projet ne me fait pas peur, bien au contraire! C’est même ce qui m’attire, au-delà du projet artistique, du côté festif de l’événement ou de mon goût raisonné et raisonnable pour le vin», explique ce mercenaire de la Fête.

Le gigantisme donc: en tout, la Fête des Vignerons 2019, c’est plus de 5500 figurant·e·s, 500 canaux HF (contre un seul en 1977), plusieurs milliers de talkies-walkies et de radios portables, plus de 1000 piles à changer chaque soir, plus de 500 haut-parleurs répartis dans le stade, que Xavier Jacquet aime d’ailleurs comparer à une arène de foot… Bref, du jamais-vu dans une carrière de régisseur en Suisse! Et c’est donc avec réjouissance et finalement très peu d’appréhension qu’il envisage ce nouveau rythme de vie imminent. Ce qu’il n’a pour l’heure perçu qu’au travers d’un écran d’ordinateur et d’animations 3D va bientôt devenir palpable et tient quelque peu du fabuleux.

Bientôt les répétitions

Dans cet univers pour l’instant fantasmé, le Genevois prévoit d’allier rigueur et concentration. «Je serai logé à Vevey, présent dans l’arène de la Fête de 9 à 22 heures six jours sur sept», nous confirme celui qui s’apprête à aborder la phase la plus cruciale de ce temps fort veveysan, à savoir les répétitions, qui commencent deux mois avant la grande première. Il faudra préparer les scènes, mettre en place les décors et accessoires, puis répéter chaque jour avec les figurant·e·s et artistes du spectacle. «Espérer quitter la Fête, même pour quelques heures, me paraît presque risqué!» annonce-t-il en riant. Un défi, certes, mais surtout un beau projet. Pendant plus de trois mois, sa vie, ce sera Vevey et la Fête des Vignerons, ni plus ni moins!

Et l’on imagine alors les fameux étourneaux de la Fête se déplacer de scène en scène avec légèreté, tenant dans leur bec les rameaux qui annoncent des couronnements et des mythes, des chants lyriques et de joyeuses danses. Le tout dans l’esprit à la fois festif, populairement grandiloquent et fantastique que seul un événement de l’ampleur de la grande liesse veveysanne semble pouvoir susciter. (24 heures)

Créé: 13.05.2019, 09h44

Bio

1986-1996

Études classiques à l’Institut Florimont, à Genève.

1995

Régisseur plateau pour le spectacle du 90e anniversaire de Florimont.

1996-1999

Études de musicien professionnel à l’ETM, à Genève.

1999-2001

Études d’ingénieur du son à la SAE à Genève.

2001

Entrée à Axis Studio, à Genève, et propriétaire depuis 2006.

Depuis 2005

Ingénieur du son au Théâtre Töpffer, à Genève.

Depuis 2015

Ingénieur son et sound design pour «La Revue» genevoise.

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