En quête de liens entre la terre et le ciel

PortraitCedric Bregnard, artiste photographe.

Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Saisir le passage de la vie à la mort. Percevoir la respiration de la nature à travers la lumière qui traverse une cacahuète. Comprendre que la mort peut donner la vie en photographiant les métamorphoses cycliques d’une amaryllis: Cedric Bregnard s’intéresse au cheminement du vivant dans une démarche artistique qui s’articule désormais «De la mort à la vie». Dernier parcours emprunté: celui qui a mené l’artiste yverdonnois auprès des «Immortels», douze arbres millénaires répartis aux quatre coins de la planète.

De l'humus vers le ciel

Il a récemment rencontré en Valais le plus grand mélèze d’Europe et le doyen des arbres suisses, ancré dans un pâturage au-dessus d’Isérables. Après l’avoir photographié sous toutes les coutures, il l’a embarqué virtuellement et lui a fabriqué de nouvelles racines avec l’aide de l’artiste de land art Sylvain Meyer. Puis il l’a fait renaître par la magie d’un immense dessin à l’encre de Chine, posé sur une terre noire à l’extérieur du Centre Pro Natura de Champ-Pittet, à Yverdon-les-Bains. «Pour moi, le mouvement de la vie prend ses racines dans l’humus noir, froid et inerte pour s’élever vers le ciel. Il nous traverse des talons au sommet du crâne.»

Questionnant l’infiniment grand comme l’infiniment petit, Cedric Bregnard se passionne pour la plus infime respiration depuis que son cœur lui a parlé. «J’ai un rapport particulier à la mort et à la vie. Enfant, j’ai dû séjourner plusieurs fois à l’hôpital pour des problèmes cardiaques. Je n’avais pas peur de mourir, mais mes parents, eux, craignaient pour ma vie. C’est la première fois que j’ai entendu mon père dire qu’il tenait à moi. Quelque chose a vibré en moi. La mort pouvait amener l’amour…»

«A l’école, c’était l’enfer. J’étais trop sensible. Trop décalé. L’hôpital correspondait plus à mes codes»

Un constat plus ou moins conscient qui conduit le jeune garçon à fuir la futilité de certains comportements sociaux. «A l’école, c’était l’enfer. J’étais trop sensible. Trop décalé. L’hôpital correspondait plus à mes codes.» Une sensibilité exacerbée lui donne envie de mieux vivre l’instant présent. Alors quoi de mieux que la photographie pour lui donner l’illusion de le saisir? Il entre à l’Ecole de photographie de Vevey. Son travail de diplôme se fera à Rive-Neuve, maison de soins palliatifs sise à Blonay. «Je voulais rencontrer cette mort qui m’interpellait depuis l’enfance en côtoyant des gens qui se préparaient à mourir. Cinq résidents ont accepté de se faire photographier juste après leur mort. Leurs visages gardaient l’empreinte d’un passage, une brèche s’ouvrait… En fait, quand on est aux frontières de l’au-delà, les priorités vont à l’essentiel, à la sincérité. Du coup, le moment de la mort est un moment d’authenticité, extrêmement profond.»

Grave, parfois mélancolique, mais souvent mis en joie par la beauté de la vie sans cesse renouvelée, Cedric Bregnard a tout du romantique contemporain. Il crée des métaphores des cycles humains, photographiant le microcosme de la nature grâce aux techniques d’imagerie médicale. D’une beauté lumineuse et éthérée, ses graines mille fois grossies ont ainsi conquis le regard d’un fameux curateur japonais, Okadasan, qui l’a invité à exposer à Tokyo.

Atelier dans les anciennes usines Leclanché

Vivant à Yverdon-les-Bains, Cedric Bregnard a installé son atelier au cœur des anciennes usines Leclanché. Récemment séparé, ce papa de deux fillettes a su rebondir en s’éloignant de l’infiniment petit pour aller vers le gigantesque, se nourrir à l’énergie des arbres millénaires.

A 42 ans, sa silhouette juvénile lui confère spontanément l’aura d’un artiste évanescent, mais il se confronte aujourd’hui à la vie «réelle»: il est reparti sur la terre de ses ancêtres, à Bonfol, dans le Jura. «Mon père tient là-bas une blanchisserie industrielle pour les vêtements professionnels. Il a 70 ans. Je vais l’aider à se retirer peu à peu. C’est fou! Heureusement, il y a là-bas une très bonne terre, très inspirante pour un artiste. C’est la marne dont on faisait les meilleurs caquelons de Suisse.»

En retrouvant ce papa dont il avait été éloigné, Cedric Bregnard renoue aussi avec sa part virile. Son yang, pour ce passionné de tao, force fondamentale qui coule en toutes choses selon les maîtres du taoïsme, philosophie et voie spirituelle chinoise. Aujourd’hui, l’artiste s’intègre littéralement dans l’écorce des arbres millénaires dont il projette la photographie pour en tirer l’esquisse à l’encre de Chine. «Mes prochaines expositions raconteront mes différentes rencontres avec les «Immortels». Il y a ce mouvement de la vie en moi, animé par un lien subtil mais puissant, mystérieux, qui me traverse et me relie de la terre au ciel.» (24 heures)

Créé: 23.06.2016, 09h10

Carte d'identité

Né le 4 août 1974 à Genève.

Cinq dates importantes

1986 Hospitalisation aux Hôpitaux universitaires de Genève pour des troubles cardiaques.
1998 Travail pour son diplôme de photographe à Rive-Neuve, maison de soins palliatifs à Blonay.
2000 Voyage initiatique au Mexique.
2008 Exposition au Spiral Wacoal Art Center à Tokyo.
2014 Part à la rencontre des arbres millénaires, les «Immortels», et de grands maîtres du tao.

L'expo en cours

Yverdon-les-Bains, Centre Pro Natura de Champ-Pittet
Exposition «Insight #02»,
jusqu’au dimanche 3 juillet,
ma-di 10 h-17 h 30
Rens.: 024 423 35 70
www.pronatura-champ-pittet.ch

Son site

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