Franziska Meinherz, à grandes enjambées dans la contestation

PortraitLa militante a failli être élue à Berne. Sociologue à l’EPFL, elle garde la révolution comme horizon.

Franziska Meinherz, militante de SolidaritéS.

Franziska Meinherz, militante de SolidaritéS. Image: Patrick Martin

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Promis, juré, craché, Franziska Meinherz aurait accepté une élection au Conseil national, contrairement à d’autres. La militante de SolidaritéS n’hésite pas: «Je ne me serais pas retirée, assure-t-elle. Je me suis beaucoup investie pour donner ce siège à notre coalition, mais ce n’est pas moi que je voyais arriver en tête, c’était ma toute première campagne.»

Franziska Meinherz, vous l’avez sans doute vue sur les affiches ou dans les débats télé. C’était la moins connue des têtes des listes de la gauche de la gauche, simplement estampillée «doctorante à l’EPFL et militante pour la grève du climat». Et c’est aussi celle qui a le mieux tiré son épingle du jeu électoral. À la fin de ce fameux dimanche 20 octobre, elle y était presque. Il lui fallait 300 et quelques voix de plus pour devenir conseillère nationale, au détriment des socialistes. «Dans l’après-midi, quand toutes les villes étaient tombées sauf Lausanne, j’étais la première de ma liste, partout sauf exception, et les camarades me disaient «Tu verras, ça va changer avec Lausanne, parce que Jean-Michel Dolivo est bien connu…» Mais Lausanne, c’est bien le seul endroit où je suis connue, et comme j’étais première de la liste dans des villages du Nord vaudois, je pouvais bien l’être aussi dans la capitale. Vers 10 heures du soir, Lausanne était tombée mais pas encore Arzier, j’ai demandé quand la session parlementaire commençait…»

Un camarade admiratif

Ce quasi-succès arrive trois ans après son arrivée à Lausanne, deux ans après son adhésion à SolidaritéS Vaud. Pierre Conscience, ancien secrétaire politique du parti, ne cache pas son admiration: «Franziska me surprend et me réjouit par sa capacité de travail. Elle s’investit à 200%. Elle est parmi les personnes les plus curieuses que je connaisse, intellectuellement et politiquement, toujours à s’informer des débats, à acquérir de nouvelles connaissances.»

Plutôt dans l’orchestre qu’en soliste

La nouvelle star de SolidaritéS le reconnaît: «Je ne sais pas dire non.» Et quand ses camarades la présélectionnent parmi cinq femmes tête de liste possibles, en 2018, elle est la seule à dire oui. Puis vient l’inattendu, le 9 mai dernier, quand elle participe à une manif écologiste devant le Forum des 100, à l’EPFL. Plutôt que d’ignorer la trentaine de militants, les responsables leur tendent le micro. Elle lit alors une déclaration sur scène, face aux grands patrons venus causer transition écologique. «Dans le passé, j’ai fait beaucoup de musique, mais je détestais être soliste, explique­t-elle. Je préférais jouer dans un orchestre. Là, c’était la même chose, c’était la première fois que j’étais soliste et je ne l’ai pas forcément bien vécu. C’était un grand stress.»

Franziska Meinherz jouait du violoncelle, elle a arrêté faute de temps. Preuve de cette passion, le tatouage du début de la «Symphonie du Nouveau Monde», de Dvorák, sur son bras. Son sourire solaire semble souvent au beau fixe. La femme de 28 ans semble très loin de la caricature de l’universitaire gauchiste, farci d’un intellect étouffant toute cordialité. Chargée de cours et doctorante, la sociologue pétrie d’interdisciplinarité prépare une thèse sur «la mobilité pendulaire, l’établissement des définitions de durabilité et des rapports de pouvoir dans les processus participatifs».

Elle se livre sans perdre de temps à se retenir. Le rendez-vous a été pris au Rolex Learning Center de l’EPFL, facile à trouver pour le visiteur. La fourmilière déborde, alors nous fonçons à son bureau, à 300 mètres à pied. Là aussi, ça va vite. Elle porte toujours de solides Dr. Martens. «Sinon des Birkenstock», prévient-elle. Pour une montagnarde comme elle, c’est compréhensible. Et c’est de famille.

Le spectacle de Davos

Née à Zurich, petite enfance dans la banlieue de Berne, enfance aux Grisons. Malans, 2000 habitants, sera son décor. Elle a une cadette d’un an, un père ingénieur, une mère psychiatre, des grands-parents tous de formation supérieure. Une grand-mère dont elle a gardé le gilet multicolore qu’elle porte ce jour. Les manchons en laine, c’est Franziska Meinherz elle-même qui les a tricotés, souligne la militante. «Mes parents étaient clairement écolos, mais moins à gauche que moi aujourd’hui, se souvient-elle. Nous parlions politique, ma mère était abonnée au journal de la Déclaration de Berne.» La famille habite à l’entrée de la vallée qui conduit à Davos. La jeune Franziska découvre la sécurité autour du Forum économique mondial. «Une fois par an, l’armée met des barbelés partout, des hélicoptères tournent tout le temps. Mes parents me disent que c’est pour que les présidents puissent se parler. Je comprends vite que ce n’est pas pour le bien du monde.»

Ses études débutent à Genève et se poursuivent aux quatre coins du monde. La voilà quadrilingue allemand-anglais-français-espagnol, explique-t-elle dans un français impeccable, enrichi à l’accent grison aux «r» qui roulent. Son bilan carbone est aujourd’hui déplorable, reconnaît-elle. Mais elle se rattrape en ne prenant plus que le train. Pourquoi avoir choisi SolidaritéS plutôt qu’un parti installé au gouvernement? «Je voulais dédier mon temps à un parti qui permet de dessiner un horizon révolutionnaire, pas de passer des compromis avec la droite.» La révolution? «Elle peut prendre mille formes. La grève du climat et la grève féministe, ce sont des choses inédites en Suisse. Nous verrons bien plus tard si ce sont les débuts d’une révolution, pour l’instant nous ne savons pas.»

Créé: 05.11.2019, 10h22

Bio Express

1991
Naît au printemps à Zurich («Je ne donne pas la date, je ne veux pas que des personnes inconnues me souhaitent un bon anniversaire»).

1999
Déménage avec ses parents dans les Grisons.

2009
Travaille une année en Équateur, dans un projet d’écotourisme en Amazonie.

2010
Après un bachelor en socioéconomie à Genève, avec un semestre d’échange aux États-Unis, elle poursuit avec un master en «dynamique des systèmes de durabilité» en Norvège, au Portugal, aux Pays-Bas et au Chili, grâce au programme Erasmus-Mundus.

2016
Arrive à Lausanne, commence une thèse à l’EPFL.

2017
Adhère à SolidaritéS Vaud.

2019
Le 9 mai, manifestante, elle est invitée en dernière minute sur la scène du Forum des 100.

2019
Le 20 octobre, tête de liste pour Ensemble à Gauche/SolidaritéS et candidate au Conseil des États, elle manque de justesse son élection au Conseil national.

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