Génétiquement programmée pour s'engager

PortraitSolange Peters, oncologue

La professeure Solange Peters, nouvelle cheffe du Service d'oncologie médicale du CHUV, dans son salon.

La professeure Solange Peters, nouvelle cheffe du Service d'oncologie médicale du CHUV, dans son salon. Image: ODILE MEYLAN

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Elle aurait pu devenir syndique de Lausanne. A 44 ans, voici Solange Peters au sommet de la pyramide chuvienne: professeure et nouvelle cheffe du Service d’oncologie médicale. Entre la carrière politique et la médecine, elle a tranché.

Elle nous reçoit dans la maison lausannoise qu’elle partage avec ses deux enfants, leur père et deux chats. L’oncologue est bavarde, passionnante, spontanée. L’argumentation est solide, le verbe sûr. Il y a de la fulgurance dans le propos comme dans le parcours de cette femme brillante, citoyenne engagée. N’en déplaise aux envieux, Solange Peters fait tout mieux et plus rapidement que le commun des mortels. «Je suis une femme, j’ai réussi vite et bien. Je me suis fait quelques ennemis dans mon milieu professionnel.»

Point de fausse modestie. La jeune professeure n’est pas femme à s’excuser d’être là. Etoile du Parti socialiste lausannois et référence dans le domaine du cancer du poumon, elle choisit finalement de se consacrer à la lutte contre le cancer et au développement de nouvelles thérapies (elle a quitté le Conseil communal il y a deux ans). En prenant récemment la tête du Service d’oncologie médical du CHUV, elle accède à un poste clé dans cet hôpital qui se positionne comme un centre d’envergure mondiale en matière de recherche contre le crabe.

«J’ai toujours été ambitieuse et compétitive. Les femmes ne le sont pas assez.» Parce que le plafond de verre la révolte, elle crée l’an dernier le réseau européen Women for oncology pour défendre la promotion des carrières féminines. «Un combat prioritaire pour moi. Nous avons toutes besoin du coup de pouce à un moment donné, d’un mentor.» Elle n’oublie pas que sa mère Lise Peters a renoncé à sa carrière pour élever ses filles. «Elle ne s’en est jamais remise. Je me suis promis de ne pas faire pareil.»

«La notion de défense des plus faibles était très présente à la maison»

La superwoman admet qu’«on ne peut pas occuper une place d’homme dans la société et espérer avoir toutes les gratifications d’une maman. Quand mes enfants tombaient au parc, c’est vers leur père qu’ils couraient. Mais je n’ai pas à me plaindre. Ils vont bien. Et j’estime que leur montrer la valeur du travail n’est pas délétère.»

Elle leur transmet aussi, à n’en pas douter, sa fibre altruiste. Lorsque Solange Peters dit que l’injustice la révolte, cela n’a rien d’une simple formule. La solidarité est un héritage de feu ses parents, tous deux députés socialistes respectés. «La notion de défense des plus faibles était très forte à la maison.» Le papa, Georges Peters, professeur de pharmacologie, reçoit des réfugiés chez lui, œuvre en Afrique pour l’accès aux médicaments. «Je me rappelle qu’à son retour, il pleurait parfois en racontant ce qu’il avait vu.» Le regard de la fille se brouille à l’évocation de ce père qui a fui l’Allemagne nazie à l’âge de 20 ans. «Il était à moitié juif. Il nous a raconté avec beaucoup d’émotion ce qui se passait là-bas. Les amis qui portaient l’étoile jaune, tués devant lui.»

L’engagement et la défense de l’intérêt public coulent dans ses veines. On l’a compris: pour Solange Peters, indignation rime avec action. A l’UNIL, elle copréside la Fédération des associations d’étudiants avec Cesla Amarelle. Conseillère communale, elle lance l’idée d’un local d’injection de drogue. Aujourd’hui, la doctoresse talonne les assureurs pour réclamer le remboursement des traitements de ses malades. Elle s’engage aussi pour faire baisser le prix des nouvelles thérapies. La grosse tête? Même pas. La dame a la réputation d’être dévouée à ses patients et bienveillante avec son équipe.

Les journées de travail sont longues, éprouvantes. Pas question pour autant de faire une croix sur la vie sociale. L’ancienne clubbeuse reçoit toutes les semaines des amis, sort au restaurant et à l’opéra. Elle compte parmi ses proches la galaxie du PS vaudois: Pierre-Yves Maillard, Grégoire Junod – connu sur les bancs de l’université et avec qui elle a voyagé en Inde – Géraldine Savary, Florence Germond…

Solange Peters admet une nature impatiente, hyperactive, et une nervosité canalisée par le sport. Une tornade? Son compagnon préfère évoquer «une énergie mobilisée pour les valeurs auxquelles elle croit profondément. Elle sera redoutable si elle revient en politique.» L’intéressée confirme que cet engagement lui fait encore de l’œil. «Là, je n’ai pas le temps. Mais la cause politique m’a toujours parlé.» On devine chez cette femme plurielle la crainte de la trajectoire droite, du destin figé. On pourrait la retrouver bientôt à Berne. A moins que dans sa prochaine vie, elle ne parte en Afrique pour œuvrer en faveur de l’accès aux nouveaux traitements contre le cancer. (24 heures)

Créé: 11.11.2016, 09h50

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