Il a inventé sa vie avec ses mains d'artiste

PortraitOlivier Clerc, musicien et enseignant.

Olivier Clerc, musicien, prendra bientôt sa retraite de l'enseignement des travaux manuels.

Olivier Clerc, musicien, prendra bientôt sa retraite de l'enseignement des travaux manuels. Image: Florian Cella

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Il n’en avait pas trop envie, il était même plutôt antimilitariste, mais son père capitaine médecin voulait qu’il fasse l’armée, alors Olivier Clerc a accepté de passer l’examen pour devenir tambour militaire.

«A l’époque, je portais sur ma tête une chevelure abondante et frisée comme celle d’Angela Davis. Les camarades d’examen – nous étions dix-huit, un seul était retenu – estimaient que j’avais assez peu de chances d’être choisi avec une allure pareille. Mais, après l’examen, le colonel, casquette légèrement en arrière, s’est arrêté devant moi et m’a dit: «Vous, le Papou, c’est vous!»

Quarante-cinq ans plus tard, à quelques jours de prendre sa retraite de maître de travaux manuels, le Papou marche à pieds nus chez lui à La Tour-de-Peilz. On fait le tour de l’appartement. Il montre une armoire, une autre, une bibliothèque, un meuble de cuisine plein d’astuces qui facilitent la vie, une locomotive en bois.

Il les présente un peu comme on pourrait présenter des personnes qu’on aime bien. Il a tout fait de ses mains. «A l’école, je n’étais pas un bon élève. Je n’aimais pas les maths, je n’y comprenais rien. Moi, c’était le dessin, les choses qu’on pouvait fabriquer avec les mains, et les langues, j’adorais les langues.»

Mais reparlons tambour, musique. Dans le salon d’Olivier Clerc – et de Myriam Jaccard, son épouse, danseuse et fine pédagogue dans son domaine – sommeille une batterie installée là comme sur une scène. Ce cadeau de son père pour ses 20 ans souligne avec élégance et noblesse l’autre vie, l’autre passion d’Olivier.

Un batteur qui a voyagé

Il est notamment le C du BBFC. Bovard-Bourquin-Francioli-Clerc, le quatuor de jazz qui a tourné pendant une décennie. Il est aussi un batteur qui a voyagé dans le monde entier – beaucoup avec le pianiste François Lindemann –, d’Espagne au Paraguay, au Canada, aux Etats-Unis, au Japon, très souvent en compagnie de musiciens célèbres, pour y offrir au public son sens et son goût de l’impro.

«La musique a fait partie de ma vie dès ma naissance. Mes parents étaient musiciens, m’emmenaient au concert. Mon grand-père, un homme exceptionnel, m’initiait aux compositeurs modernes mais aussi à… l’apiculture, à la bonne manière de faire un feu sans papier, à mille choses essentielles pour un enfant.»

Pour ne pas oublier de saluer ce Gaston Clerc rayonnant, Olivier va chercher et ouvre le roman pour enfants – "Le secret de la porte de fer" – écrit par le grand-père il y a bien longtemps et qui n’arrête pas d’être réédité depuis! Il va aussi chercher quelques disques, des vinyles. Ils ponctuent son trajet de musicien fertile qui ne prit jamais les chemins les plus simples pour, comme on dit, gagner sa vie.

Le Conservatoire à Genève? Il le quitta avant le diplôme, habité par son esprit rebelle et perturbé de voir sa mère malade. Les Beaux-Arts à Lausanne? Il en fut viré après un an «parce que j’avais rendu des feuilles blanches à des examens, je n’étais pas là pour faire du civisme ou des mathématiques!»

Il a zoné, il ne le cache pas. «J’ai eu de la chance, j’ai touché à des plaisirs interdits qui auraient pu me faire basculer du mauvais côté si j’avais en plus fait de mauvaises rencontres. Je déconseille fortement aux jeunes d’entrer dans ce monde-là. On se fait piéger.»

Les conseils aux jeunes, c’est devenu son boulot à l’aube de ses 50 ans. Le batteur Olivier Clerc, époux et père de famille, ancien palefrenier, facteur d’orgues, de clavecins, soudeur, sellier, menuisier bien sûr, est élu maître de travaux manuels. La Direction des écoles de La Tour-de-Peilz, consciente de ses qualités naturelles et de son expérience, lui propose une formation en cours d’emploi.

Premier vrai diplôme

Au bout des quatre ans de HEP, le musicien présente un mémoire sur les générateurs de sons. Il épate tout le monde. Il tient son premier vrai diplôme. «Quand j’y pense, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait en autodidacte.» A-t-il réussi à transmettre un brin de sa passion à ses classes? «Je l’espère. Mais je suis quand même inquiet, il est de plus en plus difficile d’obtenir et de maintenir la concentration chez les élèves. Et je suis attristé de voir que les heures de travaux manuels sont moins nombreuses qu’avant. Pourtant, même pour un chirurgien, un dentiste, savoir utiliser ses mains, c’est essentiel, non?»

La retraite arrive donc comme une petite musique accueillie avec plaisir. Dans son atelier, Olivier le menuisier continuera à travailler le bois pour lui ou sur commande. A sa batterie, Olivier le musicien donnera des cours privés et repartira en concerts avec des gens qu’il aime bien. A la maison, Olivier le grand-père transmettra ses savoirs à Noah et Lola. Et dans la rue, ses anciens élèves continueront à saluer ce prof encore un peu papou «plutôt sévère mais plutôt juste». (24 heures)

Créé: 18.06.2015, 09h02

Carte d'identité

le 25 septembre 1950 à Lausanne.

Cinq dates importantes

1959 Etudie le tambour, après le violon et le piano.

1963
Commence à travailler la batterie tout seul. Par la suite, assiste au Montreux Jazz. Stages avec des «grands».

1981 Participe à la création du quatuor BBFC. L’aventure durera dix ans.

1988 Mariage avec Myriam. Ils ont deux filles, Jeanne Léonie et Lily Charlotte.

1999 Commence à enseigner les travaux manuels. Et continue à enseigner la musique en divers lieux.

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