Il veut partager ce que la nature lui offre

PortraitPatrick Deleury, garde-chasse, peintre.

Image: VANESSA?CARDOSO

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Ceux qui pourraient le plus fidèlement rédiger le portrait de Patrick Deleury ne savent pas écrire. Dommage, les cerfs, les chamois, les bouquetins, les aigles, les renards auraient tant de choses originales à raconter sur ce surveillant de la faune qu’ils ont tous surpris un jour à l’affût sur leur territoire.

Peut-être ont-ils fait semblant de ne pas le voir pour le laisser à son bonheur: observer la nature, se mêler à elle, respirer à son rythme et ramener des souvenirs qu’il saura peindre plus tard.

Hier, il était au plus profond du Jura, immobile et silencieux, sous tente pendant des heures, pour saluer les grands tétras amoureux; demain, il sera en Roumanie pour entendre de près renifler les ours.

C’est comme ça depuis que Patrick Deleury, fils et petit-fils de paysan, a croisé le regard de quelques chevreuils du côté de Longirod. «Ils étaient quinze, vingt à descendre du Jura en mars. J’étais à 4 mètres d’eux, planqué dans ma cabane de branchages!»

Il s’en alla aussi à 12 ans en voyage au Kenya, avec sa tante Denise, découvrir les singes et les éléphants, les sentir si fragiles. C’est dans ces moments-là, auprès des chevreuils ou de la faune africaine, quand Patrick retient son souffle pour entendre celui des bêtes, que naît sa vocation: «A l’époque, un ami de la famille, Marcel Cathélaz, était garde-chasse à Aigle. Je lui ai demandé comment faire le même métier que lui. Il m’a dit de devenir gendarme puis de passer le permis de chasse.»

Patrick apprit d’abord la mécanique sur machines agricoles, puis exerça la vocation de gendarme à Nyon, avant de revêtir l’uniforme de surveillant de la faune du canton de Vaud le 1er janvier 1986. «Je suis fier de faire ce métier, de protéger cette nature qui m’émerveille chaque jour. Le travail des gardes est polyvalent, et j’adore ça. On informe, on aide, on surveille, aucun jour ne ressemble à un autre. J’ai tout vu, mais je ne suis jamais lassé.»

Un écureuil ivre

Oui, il a tout vu: en plein brame du cerf, ce grand mâle qui s’arrête à 3 mètres de lui, dans le clair de lune, et dont il voit passer les cornes devant son chapeau; cet écureuil qui s’était introduit dans le salon d’un chalet et s’était goinfré du chocolat au kirsch posé sur la table, au point d’être retrouvé ivre mort par la propriétaire, puis sauvé par le garde! Mille histoires encore, toutes petites ou immenses, peu importe, toutes ancrées en lui comme des offrandes reçues de la nature en toute saison.

Ses émotions ne s’éteignent pas quand il rentre à la maison. Il les prolonge pinceau à la main. Depuis une dizaine d’années, Patrick Deleury traduit en peinture ce qu’il a vu et ressenti. «J’avais envie de montrer, de transmettre ces instants uniques que j’ai le privilège de vivre grâce à ma profession. Je vois, je suis touché, je retiens, parfois je photographie, puis je restitue sur toile en interprétant à ma façon. Mon professeur de peinture me dit que j’ai de la chance de savoir interpréter et trouver les couleurs justes. Il paraît que ce n’est pas si simple.»

Qui penserait que cet homme serein, marcheur infatigable, peintre heureux de ne penser à rien d’autre quand il est devant sa toile, fut aussi agent de sécurité sur les Tiger de Swissair? Et que le même homme contrôle avec le même plaisir, sur les terres de sa circonscription, les ramasseurs d’escargots après les grosses pluies?

Quand on se balade avec lui entre les tables et les chaises de l’accueillant Café du Marchairuz, où il expose ses tableaux, des gens s’arrêtent, le félicitent, se disent émus par ses paysages et les scènes données en partage. Pincement au cœur

Et, quand ses œuvres partent, acquises par des visiteurs enthousiastes – ce qui arrive à un rythme de plus en plus soutenu à chaque exposition –, il avoue avoir un pincement au cœur: «C’est quelque chose de moi, en moi, qui s’en va, mais je sais que le tableau continue à vivre et à faire plaisir ailleurs.» Oui, les tableaux s’en vont, mais Patrick Deleury n’a pas le temps de les regretter vraiment. Non seulement il va en peindre d’autres, fondés sur de nouveaux moments de grâce vécus dans «son» Jura, mais d’autres passions l’attendent chaque jour.

Ses abeilles, par exemple. Car, quand il ne traverse pas le Jura à pied pour son travail, quand il ne peint pas, quand il ne fait pas de VTT, il est apiculteur. Et il produit un miel si apprécié qu’il est vite épuisé. Passer plus loin, partager. Bientôt, Patrick Deleury offrira au Zoo La Garenne un tableau du bon vieux gypaète qui y passa des décennies et engendra des générations de vautours. Il est comme ça, le garde-chasse qui préfère transmettre que garder.

Créé: 08.05.2015, 09h00

Carte d'identité

le 15 août 1959 à Rolle.


Cinq dates importantes


1981 Ecole de gendarmerie à la Blécherette, à Lausanne. «Ce métier de gendarme m’a appris la réalité de la vie. Il m’a instruit, enrichi.»

1986 Le 1er janvier, entre en fonction comme surveillant de la faune.

1986 Mariage avec Anne-France.

1987 Naissance de Romain.

1989 Naissance de Nicolas.
































Voir ses toiles

Hôtel du col du Marchairuz
Exposition de peintures à l’huile de Patrick Deleury.
Jusqu’au 15 juin (fermé lu).

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