L’abbé jardine ses secrets mais n’a rien à cacher

PortraitA la tête de la Confrérie des Vignerons, troisième de sa famille à occuper ce poste, François Margot estime qu’elle doit assumer des responsabilités artistiques

«J’ai une exigence foncière qui peut être perçue comme harassante. Et il est parfois nécessaire de descendre la machine à distribuer des coups de pied au cul du grenier»
François Margot, Abbé-Président de la prochaine fête des vignerons, ici au musée de la confrérie des vignerons.

«J’ai une exigence foncière qui peut être perçue comme harassante. Et il est parfois nécessaire de descendre la machine à distribuer des coups de pied au cul du grenier» François Margot, Abbé-Président de la prochaine fête des vignerons, ici au musée de la confrérie des vignerons. Image: CHANTAL DERVEY

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La curiosité, un vilain défaut? Tout le contraire, assure François Margot. Elle aiguise ses gourmandises et lui génère des appétits insoupçonnés. Cette soif de nature qui le transporte depuis l’enfance. Ce goût prononcé pour la littérature – ah, le XVIIIe siècle! – dont il ne se lasse pas. Ces désirs jamais rassasiés pour la grande musique, la classique qui l’émeut si fort, par-dessus tout la baroque jouée en chambre. Curieux de gravures, avide de peinture animalière, l’abbé-président se confesse d’autant plus volontiers qu’il n’a rien à cacher. Voilà des jardins particuliers dont il possède les clés: plus discrets que secrets. Cet homme déteste faire sa publicité. Old fashioned, glousseraient certains à la vue de son pantalon à carreaux; anti-Facebook, s’amuse-t-il. Un peu théâtral et distingué, ajoutera-t-on.

Dans un art de concision remarquable, Pierre Keller glisse à son propos: «C’est l’élégance, la classe et la discrétion. Et beaucoup d’humour aussi, mais tout dans la retenue.» Le Veveysan traîne une aura de mystère. Un peu à l’image des personnages d’un Julien Gracq, qu’il vénère. Si tout le monde loue son dévouement pour la région, quelques-uns se demandent s’il travaille ou collectionne les présidences: Montreux-Vevey Tourisme (son bébé), Viandes de nos Monts, Arts et Lettres, Fondation Hindemith, associations sportives. Il y a aussi les conseils de fondation, ceux d’administration, le MOB, le MVR (Transports Montreux-Vevey-Riviera), qu’il préside, Vinorama… Alors, rentier? «Non, je gagne ma vie à peu près normalement.» Et de citer deux activités d’administrateur, l’une à la Caisse d’Epargne Riviera, l’autre à Riviera Finance SA.

Jeune, ce juriste de formation a été greffier ad hoc pour des tribunaux à Aigle, à Vevey et à Lavaux. «Une belle expérience sur la nature humaine: je tenais un rôle passif à l’audience, puis je rédigeais. J’avais, en face de moi, des hommes plus âgés, un peu cassés par la magistrature.» Ce qui lui ôtera l’envie de poursuivre. Lorsqu’il évoque ses années de bûcheronnage d’été, alors qu’il était étudiant, le patron de la Confrérie des Vignerons vibre davantage: «De 6 heures à 18 heures dans les forêts de l’Etat de Vaud aux Diablerets: on y étudie l’économie du geste, une très grande leçon de curiosité et d’humilité. J’ai énormément appris au contact de deux bûcherons.»

Homme d’affût

François Margot se déclare homme d’affût. En montagne, il ne déambule jamais sans jumelles afin de surprendre chamois, lagopèdes, coqs de bruyère, perdrix grises ou becs-croisés. Il pratique l’art de l’invisibilité, mais ne chasse qu’avec les yeux. Le ski, il l’a enseigné. «Je tâtais le tourisme par le bas!» Son goût pour la randonnée à peaux de phoque lui a procuré des vertiges gelés. Il a skié au Spitzberg et en Norvège depuis des bateaux, en Autriche, en France et en Italie. Jamais en Asie ou aux Amériques, car celui qui se tient les doigts en parlant, ou qui les laisse s’envoler afin de souligner une idée, de marquer une intonation, s’avoue viscéralement européen.

Radical de bonne famille – son arrière-grand-père Emile Gaudard a longtemps siégé à Berne – il a donné 18 ans au Conseil communal de sa ville et l’a présidé, bien sûr. «Je me suis investi trop tôt dans des missions politiques et je me suis assez vite fatigué.» Trop indépendant d’esprit? Yves Christen le pense: «Il aurait pu être municipal. Tous les Veveysans du centre droit souhaitaient le voir endosser des responsabilités politiques. J’ai été syndic, car il ne l’a pas souhaité pour lui. Abbé, c’est plus prestigieux!»

Arrogant?

L’ancien conseiller national tempère: «Il est à même de dire ce qu’il pense avec un petit air pincé.» Le concerné reconnaît que les mots cachent parfois le couteau. «Je sais être assez incisif. Arrogant? Il est possible qu’on le pense, mais je ne m’y retrouve pas. J’ai une exigence foncière qui peut être perçue comme harassante. Et il est parfois nécessaire de descendre la machine à distribuer des coups de pied au cul du grenier.»

Le voile de sa vie privée, François Margot le porte aussi. Mais lorsqu’il place «actif» après célibataire, ses yeux, qui sont capables de passer du myosotis le plus tendre au bleu acier tranchant, brillent d’un éclat plus vif. Il ne s’étendra pas sur la question des bonnes amies.

Proche de la terre – il est propriétaire d’une ferme à Puidoux –, le mélomane apprécie hautement les visites de la Confrérie chez les vignerons. La prochaine Fête, en 2019, placera leurs gestes au centre de l’ouvrage. «Nous leur devons une célébration à la hauteur.» Parole d’abbé-président dont la famille a déjà, par deux fois, coiffé la Confrérie, avec Emile Gaudard et, avant lui, Louis Baron, son arrière-arrière-grand-père. «C’est quelqu’un d’extrêmement dévoué à cette noble cause, s’enthousiasme le vigneron Pierre Monachon. Pragmatique, il est doté d’une vision globale. Il se montre habile dans la négociation, parvient à convaincre, ménager certains et pousser d’autres. Il a de l’entregent et c’est un chic compagnon. Mais il a aussi ses coups de gueule.»

Après deux Fêtes pour lesquelles il s’est engagé aux côtés de son grand-père et de son père, François Margot perçoit toutes les finesses, il est au fait de la complexité de l’organisation. Il estime que la Confrérie doit assurer des responsabilités artistiques, encadrer le choix des auteurs, en faire partie. Pour Yves Christen, il se révèle l’homme de la situation, et c’est lui qui tire le char.

Créé: 04.04.2017, 09h53

Bio

1953 Naissance à Vevey, le 14 août.
1968 Subit un traumatisme vertébral après une chute de six mètres en forêt: «Je jouais à Tarzan en me suspendant à des lianes de lierre.» Ce qui le privera d’une carrière militaire.
1973 Ce protestant obtient une maturité classique au Collège de Saint-Maurice.
1977 Sa première Fête des vignerons: il est secrétaire de la commission des costumes et tient un rôle dans les Arbres de mai, dansant sur l’air Le devin du village de Rousseau. La même année, passe son brevet de maître de ski.
1999 Deuxième Fête des vignerons en tant que vice-président de la commission des costumes et de celle des décors.
2001 Naissance de Montreux-Vevey Tourisme.
2003 Mort de sa grand-mère Germaine Margot, née Gaudard, dont il était très proche.
2017 Organise le 900e concert d’Arts et Lettres dont il fait les programmes depuis 30 ans.

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