L’ado athée est devenu pasteur rassembleur

PortraitMartin Hoegger, pasteur.

Image: ODILE MEYLAN

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A son poignet droit, un bracelet de perles multicolores interpelle. «C’est un instrument de dialogue assez extraordinaire. Je l’ai imaginé et conçu il y a deux ans en Grèce, alors que je cherchais un moyen pour prier, méditer et aider autrui, en particulier les jeunes artistes que j’accompagne. Depuis, j’en ai distribué plusieurs autour de moi», raconte le pasteur Martin Hoegger, avant d’égrener la symbolique qu’il a donnée à ces «perles du cœur» aux allures de chapelet protestant: confiance, blessure, lumière, chemin, écoute et cœur.

Onze ans durant, le jeune sexagénaire qui vit au Mont-sur-Lausanne a été le «Monsieur Œcuménisme» du canton de Vaud. Une vocation naturelle pour ce fils d’un couple mixte: papa était protestant, maman catholique. La différence se jouait aussi sur le plan socioprofessionnel: Saint-Gallois d’origine, Monsieur Hoegger travaillait la terre tandis que Madame, Tessinoise de naissance, a fait carrière dans le journalisme. «Je porte le métissage dans mes gènes. On peut même parler de «mes tissages», car j’ai l’impression d’être un tisserand.» Martin Hoegger a mis sur pied une centaine de célébrations multiculturelles et œcuméniques à la cathédrale de Lausanne. «Un dimanche soir, nous avons réuni quatorze communautés africaines différentes. C’était une façon de leur dire: on vous reconnaît, vous existez et avez quelque chose à nous apporter. Ces gens qu’on accueille en Suisse ne sont pas seulement des forces de travail ou des victimes de régimes totalitaires. Ce sont des êtres humains à part entière, avec une foi et une famille. La tâche de l’Eglise, c’est de rappeler cette dimension humaine.»

«Je me suis mis à genoux et un seul mot est sorti: «Pardon»

Le chemin jusqu’au chœur de la cathédrale n’était pourtant pas tracé d’avance. Même s’il avait débuté des études de théologie à Lausanne, Martin Hoegger revendique son agnosticisme, puis son athéisme, qu’il va jusqu’à graver au couteau sur la chaire d’un temple vaudois. Il y écrit: «Dieu n’existe pas.» Il abandonne la théologie et débute un cursus en lettres. Mais en 1975, à l’instar de Paul de Tarse en route vers Damas, il vit une conversion, en Provence. «Je participais, par curiosité, à une rencontre avec des étudiants chrétiens. Une parole de l’Evangile m’a littéralement transpercé le cœur. Le soir même, je me suis mis à genoux et un seul mot est sorti: «Pardon.» Dans le train du retour, à la sortie d’un tunnel, j’ai senti que mon être tout entier était visité par l’amour de Dieu. Dès cet instant, il est devenu réel. Cette expérience a constitué l’axe qui guide ma vie: chercher la réconciliation.»

Le jeune homme reprend et termine la théologie et se destine dans un premier temps à une carrière académique. Un incendie le détourne de l’université. «Les 250 pages de ma thèse sur le sacrifice ont brûlé dans un incendie. J’avais bien un double, mais il était rangé au même endroit… Le fruit de trois ans de travail est parti en fumée. Ce coup dur a, finalement, eu des effets spirituels incroyablement féconds. J’ai appris à accueillir l’imprévu, à accepter de perdre, à passer à autre chose et à ne jamais désespérer. Et je me suis consacré au pastorat.» Un ministère qu’il accomplit tour à tour dans les paroisses réformées de Clarens, de Belmont et de Prilly, avec un interlude à la tête de la Société biblique suisse, chargée de traduire, d’éditer et de diffuser les Ecritures. «J’ai œuvré à ce que la Bible soit lue par les plus pauvres. C’est là que j’ai commencé à entrer en contact avec des communautés issues de la migration.» Martin Hoegger n’a jamais été tenté de changer de bord religieux, même s’il ne cache pas sa proximité avec les milieux évangéliques. «Il ne faut pas avoir peur de voir et d’accueillir les différences. J’essaie de m’enraciner dans ma relation avec Dieu, pour mieux m’ouvrir aux autres.»

Enracinement et ouverture

L’enracinement et l’ouverture constituent les fondements d’un credo que le pasteur a cultivé jusqu’à l’année dernière, comme responsable du dialogue œcuménique pour l’Eglise évangélique réformée vaudoise. Aujourd’hui, Martin Hoegger veille à l’accompagnement spirituel des diaconesses de Saint-Loup. Et depuis quelque temps, celui qui collectionne les hiboux et les chouettes miniatures, «symboles de la vigilance et de la sagesse», relaie ses prédications, méditations et prières sur Facebook, suscitant réactions et louanges. «C’est aussi une façon de partager l’Evangile, de communiquer le positif. Un journaliste italien m’a dit un jour: «Tout ce que tu ne communiques pas est perdu.»

A l’évocation des attentats qui secouent la planète et des crispations religieuses qui en découlent, Martin Hoegger caresse son bracelet multicolore. «C’est le moment d’intensifier les rencontres les uns avec les autres, à travers des débats, des repas, des fêtes ou des expositions. La radicalisation, c’est un appel au dialogue. Avec Dieu et avec autrui.» (24 heures)

Créé: 03.05.2016, 08h53

Carte d'identité

Né le 26 avril 1955 à Zurich.

Six dates importantes

1975 Révélation de sa foi chrétienne en Provence.
1976 Naissance de sa première fille, Véronique.
1980 Naissance de Francesca.
1984 Consécration au ministère pastoral dans la cathédrale de Lausanne.
1994 Découverte de la spiritualité de communion des Focolari en Roumanie. «Elle m’inspire beaucoup.»
2004 Mariage avec Chantal. «Ensemble nous avons huit petits-enfants.»

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