L'homme tranquille épris de ses racines

PortraitFlorian Burion, réalisateur et producteur

Florian Burion dans son verger de Pallueyres, hameau où il a grandi.

Florian Burion dans son verger de Pallueyres, hameau où il a grandi. Image: Patrick Martin

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Florian Burion voulait être paysan, comme son grand-oncle, avec lequel il adorait «rentrer les vaches» dans le hameau de Pallueyres (Ollon) qui l’a vu grandir. Et puis il y a eu le petit-cousin caméraman à la TSR. «J’avais 8 ans quand il m’a emmené sur un tournage de Carabine FM; j’adorais! Etre dans les coulisses quand on est fan, c’est excellent.» Le virus de l’audiovisuel était inoculé. Dans son film Chasselas Forever, le réalisateur chablaisien lie la terre et l’image. Le documentaire, sorti en 2016 et plusieurs fois primé dans des festivals spécialisés, est diffusé lundi soir (ndlr: à 22h10) sur la RTS.

Le fabuleux destin d’un pépin de raisin bien de chez nous est raconté, indice après indice, à la manière d’un polar. Car Florian Burion aime savoir, et dire, le revers des choses. En lettreux – il sort volontiers un livre pour illustrer son propos –, il affectionne les questions scientifiques, «qui débouchent la plupart du temps sur le spirituel». Une question peut mener loin, mais il faut le pousser gentiment pour qu’il se livre. «Je suis plutôt un taiseux», s’excuse-t-il. Pas qu’il ait des choses à cacher, il répondra à tout, mais juste que tout vient à point à qui sait attendre. «Je n’ai pas l’impression d’avoir vécu des grands virages dans ma vie, mais plutôt qu’elle suit son cours, que les choses ont toujours été là. Je suis un lent de la montagne, très Vaudois.»

«J’assume tout à fait mon accent vaudois, dans un milieu où la Mecque, c’est Paris»

Dans un milieu où «la Mecque, c’est Paris» et où la tendance voudrait qu’on masque ce qui fait provincial, le producteur assume complètement son accent vaudois. «On est gêné par nos particularités, mais on se passionne pour celles des autres, à l’autre bout du monde…», déplore-t-il. Son film sur le chasselas – «Le vin de l’antimondialisation!» – découle de ce constat. On parlera d’ailleurs beaucoup du hameau familial chablaisien, où se déploie l’arbre généalogique des Burion, avant qu’il se souvienne, au détour de deux statuettes africaines logées entre les livres de la bibliothèque, que son grand-père maternel, Libanais, est né en Egypte et a appris l’arabe à l’école. «Cette culture orientale m’a apporté une ouverture d’esprit.» Son amie Karina, historienne de l’art férue de monuments historiques, aussi.

Ses racines au goût de loukoum, transmises par sa mère Barbara, commerçante, ne l’ont toutefois pas écarté de l’héritage agricole qui le constitue, et que lui a légué Michel, son père technicien en radiologie et paysan de moyenne montagne à ses heures. «Je vis à Vevey mais je ne me sens pas urbain. Je reste très attaché à la campagne.» Dès qu’il le peut, il rejoint la grange-écurie familiale, autour de laquelle il soigne un grand verger. «J’ai retaillé tous les arbres, en ai replanté une vingtaine, en évitant la monoculture. Comme pour la biodynamie en viticulture, c’est l’expérimentation qui me passionne.» Et puis, il le dit en savourant ses mots, «quand la pomme que je mange le matin provient de chez moi, je trouve ça génial».

Formé au genre par Jacqueline Veuve
Un énième adepte de Demain, ce film dont l’engouement a vu fleurir les initiatives citoyennes pour sauver la planète? «Pour moi, il s’agit plutôt d’une approche égoïste, liée à un patrimoine familial dont il faut faire quelque chose.» Réalisateur (et producteur avec sa société Octuor Films) de documentaires, formé au genre par Jacqueline Veuve, dont il fut l’assistant au sortir de l’ECAL – «une femme géniale dans les contacts qu’elle tissait avec ses sujets, et un exemple de ténacité», Florian Burion a «paradoxalement plus été marqué par des fictions».

Un accrochage foisonnant au-dessus de son bureau renseigne sur celui qui se dit «hyper bon public»: La nuit américaine de Truffaut jouxte Maurice Pialat et l’héroïne d’Autant en emporte le vent. Mais c’est l’affiche de L’homme tranquille, «mon préféré de John Ford», qui tient le haut du pavé. Dans ce film, l’Irlandais d’origine signe une ode à son pays. «C’est un cinéaste de la nostalgie, qui raconte la légende avec un bagage historique fort.» La terre et l’image.

Créé: 20.01.2017, 10h43

Carte d'identité

Dates importantes

Né le 8 août 1979 à Pallueyres (Ollon).


1987 Invité par son cousin caméraman, il découvre les coulisses de la TSR.

1994 Premier abonnement au Ciné-club d’Aigle, où il découvre les films d’auteur. Il en est aujourd’hui le président.

2002 Diplôme de l’ECAL.

2013 Crée sa société Octuor Films.

2016 Sortie de «Chasselas Forever».

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