L’insatiable explorateur fait de sa vie une aventure

PortraitLe Vaudois naturalisé Brésilien, Gérard Moss, se bat pour la défense de l’Amazonie. Aquatis lui consacre une exposition.

Gérard Moss aurait pu avoir une vie tranquille, bien rangée, mais le sexagénaire a fait le choix d’une vie qu’il qualifie d’«alternative»

Gérard Moss aurait pu avoir une vie tranquille, bien rangée, mais le sexagénaire a fait le choix d’une vie qu’il qualifie d’«alternative» Image: Anetka Mühlemann

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Gérard Moss aurait pu avoir une vie tranquille, bien rangée. Une enfance sans histoire entre le Collège Champittet et sa maison de Montreux, l’armée, un premier emploi chez le courtier maritime lausannois Ifchor décroché à 21 ans: tout semblait orienter cet ingénieur en mécanique de formation vers une routine confortable, qui suffit au bonheur d’une immense majorité.

Une place dans un bureau m’attendait à mon retour à Lausanne, mais j’ai vite compris que cette vie-là, ce n’était pas pour moi. Alors je suis resté là-bas, au Brésil

Mais le sexagénaire a fait le choix d’une vie qu’il qualifie d’«alternative». Il y a quelques jours, ceux qui l’ont croisé dans sa chemise de baroudeur, déambulant entre les aquariums d’Aquatis, ont pu se faire une idée de cette vie hors norme. Dans la moiteur de la serre tropicale dédiée à l’Amazonie, Gérard Moss ne découvre pas une contrée exotique, il se sent chez lui. Car la plus grande forêt tropicale du monde, l’explorateur vaudois naturalisé Brésilien la connaît bien. Il la survole dans tous les sens depuis plus de trente-cinq ans. Il comprend d’ailleurs parfaitement les indications distillées en portugais par notre photographe à l’heure de la pose. Elles achèvent de le transporter à des milliers de kilomètres de Lausanne. Là où sa vie a basculé en 1983.

Envoyé en Amérique du Sud par son employeur pour y ouvrir une succursale, il aurait dû n’y rester qu’un temps. «Une place dans un bureau m’attendait au retour, mais j’ai vite compris que cette vie-là, ce n’était pas pour moi. Alors je suis resté là-bas», se souvient le Vaudois. Il ne cache pas qu’une rencontre n’est pas étrangère à son choix. Celle de Margi, «une aventurière née au Kenya», qui deviendra sa femme. Gérard Moss a les yeux qui brillent rien que d’en parler. Plus qu’une compagne, c’est une véritable copilote que le Vaudois, détenteur d’un brevet d’aviation, a trouvée.

Ensemble, dans un petit monomoteur que Moss surnomme son tapis volant, ils enchaînent les vols, planent au-dessus de plus de cent pays. Leur tour du monde aux airs de lune de miel durera trois ans. «Nous décollions et atterrissions où nous voulions, on dormait au pied de l’avion et on repartait le lendemain. C’était plus facile à l’époque. Nous avons vu un monde que peu de gens ont eu la chance de connaître», murmure l’ingénieur les yeux mi-clos, comme pour revivre ces moments dont on sent bien qu’ils ont énormément compté. En plus des beaux paysages, c’est la fragilité de la Terre et les dangers qui la menacent qui ont marqué le pilote aux près de 6000 heures de vol. «Lors de chaque passage au-dessus de l’Amazonie, je découvrais une nouvelle zone déforestée ou en feu. On me répondait que ce n’était rien, que la forêt était grande. Mais je voyais bien le grignotage en cours.»

Les rivières volantes

Le terme n’était pas encore en vogue, mais Gérard Moss est bien ce que l’on appellerait aujour­d’hui un «écoaventurier». Les vols et les tours du monde reprennent de plus belle, mais ils sont cette fois mis au service de l’environnement. En 2001, Gérard Moss boucle une première mondiale: un tour du globe en solitaire en motoplaneur, lequel n’utilise son moteur que pour décoller. Il en profite pour réaliser une étude sur l’ozone et récolte des polluants. Fort de cette expérience, le duo peaufine son organisation, lève des fonds, trouve des sponsors. Et Gérard redécolle. En 2003, dans un hydravion transformé en laboratoire volant, le Vaudois effectue plus de 1000 prélèvements d’eau dans tout le Brésil pour en analyser la qualité et alerter sur la pollution des rivières. Pas rassasié, il rempile en 2006 avec son projet le plus ambitieux: Rivières volantes. L’expression poétique renvoie aux immenses masses d’eau – de 20 milliards de tonnes! – en suspension au-dessus de l’Amazonie, dues à l’évaporation conjuguée des eaux de l’océan Atlantique et de la forêt tropicale. Capitales dans la régulation du climat, les rivières volantes fournissent aussi de l’eau en saison sèche. Mais la déforestation entraîne la baisse de la pluviométrie et la sécheresse frappe de plus en plus de villes brésiliennes, s’inquiète Gérard Moss avec sa casquette de lanceur d’alerte climatique. D’où sa présence à Aquatis, dont la fondation propose actuellement une exposition sur l’importance des forêts et leur rôle dans la stabilité du système géoclimatique. «Je suis aussi ici pour passer du temps avec ma mère. J’ai été absent si longtemps, j’équilibre un peu la balance.»

Vidéo: Anetka Mühlemann

De ses aventures, Gérard parle énormément. De lui, beaucoup moins. Il élude les questions personnelles en souriant, passe comme chat sur braise quand il s’agit de se livrer. Des hobbys, des passions? «Ma passion, c’est mon travail. Je lui ai tout donné. Je n’ai jamais pris de vacances, je n’ai pas pris le temps d’avoir une vie normale. Nous n’avons pas eu d’enfants, car nous avions trop de choses à faire dans la vie. Mais je n’ai aucun regret, bien au contraire!»

Contre la maladie en aventurier

N’est-ce pas trop pour un seul homme? Gérard Moss soupire. «Je n’ai jamais arrêté, c’est peut-être ça le problème. Ma santé en a pâti», souffle l’explorateur, qui confie être atteint de parkinson depuis quelques années. La voix un peu fluette, qui tranche avec celle, plus forte, des nombreuses vidéos du bonhomme que l’on trouve sur le Net, et la posture un peu figée qu’il adopte depuis le début de l’entretien prennent tout leur sens. «Mais ce n’est pas une maladie, c’est mon nouveau projet! Les médecins m’ont dit de prendre des pilules et de rester à la maison, qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. Ça ne me convient pas, alors j’ai empoigné le problème. J’ai fait des recherches, je médite, je suis à la diète, et ça marche. Regardez, je ne tremble presque pas. Je suis un aventurier, je me bats et je cherche des solutions. Je m’en sortirai, comme on se sort d’une traversée de l’Atlantique à bord d’un petit avion poussé par un moteur de tondeuse à gazon.»

À force de lui poser la question, Gérard Moss ne confiera finalement qu’un regret, mais du bout des lèvres: celui de voler moins pour se ménager. Finis les vols risqués, mais l’aventurier s’autorise tout de même à reprendre la voie des airs de temps en temps. Avec des amis. Comme Raphaël Domjan, le célèbre aventurier de SolarStratos: «Nous avons volé ensemble récemment, c’était très émouvant. Gérard Moss est un peu méconnu ici, mais c’est une très belle personne, avec beaucoup de profondeur. Il est atteint dans sa santé mais n’en parle pas beaucoup; il ne se plaint pas. Il sourit à la vie et continue de porter son message pour l’environnement. Une belle preuve de courage.»

Créé: 15.10.2019, 08h58

Bio

1955
Naissance à Loughborough, en Angleterre.

1959
Déménage à Montreux avec sa mère.

1976
Commence à travailler à Ifchor (affrètement maritime), à Lausanne.

1983
Part à Rio de Janeiro pour ouvrir un bureau.

1988
Mariage avec Margi.

1989
Premier tour du monde en monomoteur

1992
Fin du tour du monde.

1997
Vole aux quatre coins du continent américain.

2001
Deuxième tour du monde, cette fois en planeur motorisé.

2003
Lance le projet Brésil des eaux.

2006-2015
Projet Rivières volantes.

2019
Exposition Rivières volantes, à Aquatis jusqu’en juin 2020.

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