La cuisinière primée sait se montrer très nature

Cécile PanchaudElle excelle aux fourneaux des Trois Couronnes et vient de remporter le Grand Prix Joseph Favre, devant un jury de 21 étoiles Michelin.

Cécile Panchaud se sent bien dans cet Hôtel des Trois Couronnes qui l'a soutenue à fond pour le concours.

Cécile Panchaud se sent bien dans cet Hôtel des Trois Couronnes qui l'a soutenue à fond pour le concours. Image: Chantal Dervey

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On l’avait connue toute timide, commis de Franck Giovannini au prestigieux concours du Bocuse d’or, à Lyon. Ils avaient terminé à une prestigieuse 3e place, alors que la jeune cuisinière d’Ollon était nommée meilleur commis du concours. On la retrouve vainqueur du Grand Prix Joseph Favre, l’autre week-end à Martigny, où un jury comptabilisant 21 étoiles Michelin (Guy Savoy, Michel Troisgros, Rasmus Kofoed, Peter Knogl ou Stéphane Décotterd, entre autres) a apprécié sa cuisine délicate des produits valaisans, la truite, le chevreuil ou la châtaigne. «C’était impressionnant, il y avait 400 VIP dans les coulisses et 5000 personnes qui sont passées nous voir travailler dans nos boxes. Nous qui avons l’habitude de travailler dans la discrétion des cuisines, ça nous change.»

La jeune femme est un drôle de mélange, entre une sérénité affichée qui s’appuie sur des nerfs d’acier et une sensibilité exacerbée qui la fait tourner de l’œil à la vue du sang. «Mais seulement le mien ou celui de mes camarades. Je n’ai pas de problèmes à travailler la viande même si j’adore les animaux, c’est paradoxal. Je ne pourrai quand même jamais chasser.» Ce mental d’acier, c’est celui qu’elle développe en concours, pour se mettre dans sa bulle et ne pas être impressionnée par tous ces grands chefs qui la regardaient.

Fausse discrète

«C’est une battante, se réjouit fièrement Lionel Rodriguez, son chaleureux chef aux Trois Couronnes de Vevey. Et c’est une fausse discrète. Avec l’expérience qu’elle a accumulée, elle a su s’émanciper. Chez nous, elle manage les trois autres filles de la brigade mais aussi les jeunes qui arrivent. Et c’est une perfectionniste, je peux vous l’assurer.»

Parmi les choses dont elle n’a pas peur, c’est l’aspect militaire et parfois macho des cuisines professionnelles. «Homme ou femme, ça ne me fait ni chaud ni froid. J’ai même parfois tendance à m’entendre mieux avec les garçons», avoue celle qui habite à Noville avec son fiancé Gaemael. Elle l’a rencontré il y a neuf ans déjà et il vient de la demander en mariage: la fête est prévue l’an prochain. Lui va bientôt reprendre le garage paternel, elle a des horaires décalés en cuisine. Mais c’est peut-être la clé de la réussite du couple: «Souvent, je lui fais à manger à midi avant de partir, lui m’attend à la fin du service. Ainsi, il a du temps à consacrer à ses amis, on n’est pas vautrés l’un sur l’autre. Quand on se retrouve, on profite à fond.»

Un monde pour ses enfants

Celle qui a grandi à Ollon, à proximité de la ferme de son oncle et de la cuisine de sa grand-mère, a toujours aimé faire à manger. À la fin de sa scolarité, elle hésitait entre la cuisine et le dessin, «mais le dessin, il y a de plus en plus d’informatique et je n’aime pas beaucoup ça». Elle dit aussi ne pas être esclave de son téléphone portable pour préférer la vraie vie à la virtuelle. Même si cette passionnée d’alpinisme n’a plus le temps de rejoindre ses parents quand ils gardiennent à l’occasion le refuge des Dents-du-Midi (2884 m), elle continue à faire de belles balades dans ces montagnes qu’elle adore par-dessus tout, dans cette nature qu’elle respecte et dont elle a de la peine à s’éloigner. «Nous aimons bien aussi monter au chalet du grand-père de Gaemael, à l’Hongrin, mais c’est spartiate. Pour nos dernières vacances, nous sommes allés en Bretagne et nous avons adoré: c’est beau, on mange bien et les gens sont sympas. Je n’aime pas aller trop loin», confie-t-elle avec ce sourire nature qui la caractérise.

La nature, elle la défend aussi, avec des petits gestes. «On est en train de la démolir. Quand je vois ces montagnes-là en face, dit-elle devant les baies vitrées du palace veveysan, je me dis que c’est tellement beau mais que, peut-être, ça n’existera plus dans cinquante ans, cette neige sur les sommets. Et je m’inquiète aussi du gaspillage alimentaire alors que tant de gens meurent de faim ailleurs dans le monde.» Elle fait des petits gestes pour la planète, à sa mesure. Elle aimerait bien laisser un monde intact pour ses futurs enfants. «Bien sûr que j’y pense, surtout que mes amies commencent à être enceintes ou ont déjà des enfants. Je me dis que c’est mieux de les faire quand on est encore jeune.»

La cuisinière jeune et mince (elle avait encore perdu 3 kg dans les entraînements au Grand Prix) n’a pas de plan de carrière mais elle caresse le rêve d’avoir un jour une table d’hôte à la maison. Elle aime les challenges autant que l’ordre en toute chose. Ainsi, après avoir été meilleur commis de ses chefs, elle s’était lancée au Prix Taittinger, qu’elle a terminé 3e, une déception. «J’ai sans doute trop stressé au dernier entraînement minuté et, le jour du concours, tout est parti de travers.»

Elle a enchaîné sur le Grand Prix Joseph Favre, par accident, en l’occurrence celui de son collègue Jérôme Lucienne, qui s’était blessé à une jambe. «J’ai eu moins de temps pour m’entraîner que les autres candidats mais j’ai apprécié que le thème soit assez libre, ce qui me permettait de m’exprimer.» Ses concurrents étaient presque tous plus âgés et tous très masculins. Elle, avec deux commis féminins, s’est imposée. «J’ai été impressionnée après le concours quand Guy Savoy est venu me voir et m’a dit qu’il avait vraiment beaucoup aimé mon entrée autour de la truite. C’est pour ce genre de compliments qu’on s’engage», conclut celle qui admire Benoît Violier et, bien sûr, son chef du Bocuse d’or Franck Giovannini.

(24 heures)

Créé: 03.12.2018, 09h51

Bio

1992 Naît le 4 mars dans la maternité de l’hôpital de Châtel-Saint-Denis. Grandit à Ollon.

2007 Débute son apprentissage de cuisinière à l’École professionnelle de Montreux.

2009 Rencontre Gaemael. Il vient de la demander en mariage, prévu l’an prochain.

2009
Remporte la première place du concours des apprentis cuisiniers de Suisse.

2010 Fait ses premiers essais avec Franck Giovannini dans le cadre du Cuisinier d’or, qualification suisse pour le Bocuse d’or.

2010 Est engagée à l’Hôtel de Ville de Crissier.

2011 Le chef de Crissier termine 5e du Bocuse d’or mondial à Lyon avec Cécile. Elle avait été meilleur commis du concours européen.

2012 Arrive aux Trois Couronnes de Vevey, où elle est toujours.

2015 Gaemael et Cécile adoptent «Kookaï», un chat du Bengale.

2016 Meilleur commis au Grand Prix Joseph Favre.

2018
Remporte le Grand Prix Joseph Favre, à Martigny, avec ses deux commis Nathalie Nicoulin et Marie Bridline.

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