La doyenne de l’École hôtelière aime voir au-delà des frontières

PortraitLa nouvelle responsable de la HES lausannoise a un regard ouvert sur le monde et porte à l’enseignement et à l’accueil un amour inconditionnel.

«Avec mon mari, on s’était dit qu’on viendrait quelques années. Et voilà que ça dure. Mais je me sens bien ici.»

«Avec mon mari, on s’était dit qu’on viendrait quelques années. Et voilà que ça dure. Mais je me sens bien ici.» Image: Patrick Martin

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Inès Blal a le sens de l’accueil. Normal, pour quelqu’un qui travaille dans une école hôtelière, en l’occurrence celle de Lausanne dont elle dirige les études. Mais elle ne peut cacher une certaine appréhension à l’heure de recevoir un journaliste et un photographe. «Je n’aime pas parler de moi et encore moins me faire prendre en photo», avoue-t-elle avec l’honnêteté qui la caractérise. Lancez-la par contre sur l’éducation ou l’hôtellerie, et elle sera à son aise tant elle connaît ces domaines avec la minutie et la curiosité dont elle fait preuve. Elle se trouve aujourd’hui à la tête d’un des instituts les plus réputés au monde, avec une équipe de 120 professeurs et assistants et un campus de près de 3000?étudiants.

Pourtant, rien ne prédisposait cette jeune quadra au monde de l’hôtellerie. La Franco-Tunisienne a passé toute sa jeunesse dans ce pays du Maghreb qu’elle aime tant avant de se décider à partir, bac en poche, pour aller étudier la finance en France. «Je ne savais pas très bien ce que je voulais faire et mon père, ingénieur, m’a orientée dans cette voie.» Son premier stage lui fait découvrir l’hôtellerie… dans un cinq-étoiles appartenant à son père. «Je m’étais dit que cela allait être deux mois tranquilles mais j’ai eu droit au management training, qui m’a fait passer par tous les postes. J’ai adoré, en particulier, ce moment du service au restaurant où vous avez un univers élégant, policé, bien organisé alors qu’à côté, passé la double porte du service, c’est un autre monde. J’ai attrapé le virus.»

«Passe ton bachelor d’abord»

Le passage des planchers de la finance aux parquets des hôtels a pourtant dû attendre qu’elle termine les études entamées. «Mes parents nous ont toujours laissé, à mes deux frères et à moi, une belle liberté de pensée mais aussi la notion du travail et du respect.» Avec sa mère, fille de cheminot syndiqué, il n’y a pas eu à choisir une quelconque religion. Ni entre deux pays: «Je me considère d’abord comme une Méditerranéenne, même si ma famille maternelle est Bretonne.»

Ces valeurs inculquées par sa famille, elle a aimé les retrouver en Suisse, dès son premier passage comme étudiante. «L’école elle-même porte ces notions d’équilibre, de respect, de discussion, de travail en équipe. Cela me correspond très bien.» Et l’EHL va plus loin dans ce sens puisque le nouveau décanat inauguré par Inès Blal est basé sur «une approche collaborative» entre elle et ses collègues. «C’était ma seule exigence au moment d’accepter le poste.» Sa lettre de mission dans cette nouvelle gouvernance semble simple: «Assurer à l’EHL un enseignement de pointe et la plus grande qualité.» Au sein de la holding qui gère l’ensemble des activités de l’EHL, la business unit de Lausanne que gère le Dr Blal reste le cœur des activités. «Mais j’ai la chance d’avoir une équipe extraordinaire. Vous savez, travailler avec un tel niveau d’expertise autour de vous, baigner dans un tel niveau intellectuel est très stimulant. Et nous sommes toujours en mouvement pour aller plus loin. Je ne m’ennuie jamais.»

Séjour prolongé

Elle qui a beaucoup voyagé pour son parcours professionnel, entre Tunis et la Virginie, entre la France et la Suisse, est au Chalet-à-Gobet depuis onze ans. «Avec mon mari, on s’était dit qu’on viendrait quelques années. Et voilà que ça dure. Mais je me sens bien ici. Et l’école propose de telles possibilités. Comme chercheuse, on a besoin de données. Quand vous dites que vous êtes de l’EHL, vous avez accès plus facilement à ces chiffres chez nos partenaires. Il y a de très bonnes relations avec l’industrie.» Entendez hôtelière. Inès Blal s’est par exemple intéressée aux conséquences des commentaires TripAdvisor sur les réservations de chambres d’hôtel et ce avec des statistiques réelles.

C’est la première année où elle n’enseigne pas et elle avoue que cela lui manque un peu. Mais son agenda est suffisamment chargé, avec en plus une fille de 7?ans et un bébé de 11?mois. Être une mère qui travaille ne fait pourtant pas d’elle une militante du féminisme. «Bien sûr que ça me parle, que j’ai pu vivre des injustices à cause de mon genre.» Pas à l’EHL, s’empresse-t-elle de préciser. «Mais je préfère d’autres combats, et trouver mon authenticité.»

Avec son mari, ingénieur en système d’information, il n’est pas rare que les ordinateurs professionnels du couple se rallument une fois les enfants couchés. «Mais on garde du temps pour notre famille et pour nous.» Elle a repris le taekwondo dans un des clubs de Lausanne (deux heures par semaine), elle s’est tissé un réseau d’amitiés, «aussi grâce à la garderie publique et à l’école, de formidables créateurs de liens sociaux». Et puis il y a le pays, la famille et les amis là-bas, en Tunisie. «Avant, je réussissais à y aller tous les deux mois, cela me nourrit. Avec ce nouveau poste, c’est plutôt deux fois par année. J’éprouve un manque et mes parents aussi. Mais ils sont très fiers de moi et de cette nouvelle aventure.»

Engagée pour quatre ou huit ans, Inès Blal veut suivre la révolution qui attend l’éducation. «Nous avons beaucoup de projets autour du digital. Mais, ici, c’est un mélange d’université et de pratique. Nous pouvons intégrer le numérique dans nos cours, mais les étudiants devront toujours venir physiquement sur le campus, travailler en équipe, nouer des relations. Ici, on apprend des compétences, pas des connaissances. C’est pour cela que nos étudiants sont recherchés, ils sont immédiatement opérationnels.» La doyenne exécutive l’est tout autant.

(24 heures)

Créé: 14.02.2018, 10h15

Bio

1977 Naît en Tunisie d’un père ingénieur et d’une mère enseignante.

1995 Part en France pour un bachelor en finance, terminé en 1999.

1999 Devient marketing executive chez Rail Gourmet, à Londres.

2001 Vient à Lausanne faire son MBA en management hôtelier à l’EHL.

2003 Part en Virginie (USA) pour cinq ans, un doctorat en stratégie d’entreprise hôtelière à la clé.

2004 Épouse son mari, ingénieur en système d’information franco-tunisien.

2006 Revient à l’EHL comme professeure, puis directrice des études supérieures en 2011 pour une année.

2010 Naissance d’Elissa, une fille du mois de décembre dont le nom rend hommage à la princesse de Carthage.

2017 Naissance de son fils Eddy.

2017 Devient doyenne exécutive de l’École hôtelière de Lausanne le 1er septembre, un mandat de quatre ans, renouvelable.

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