La femme-orchestre aime la culture côté coulisses

PortraitNouvelle directrice de la Ferme des Tilleuls, Chantal Bellon a vu du pays et ajouté bien des cordes à son arc avant de se poser à Renens.

Image: Vanessa Cardoso

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L’une atterrit, tandis que l’autre attend de prendre son envol. On pourrait résumer ainsi ce qui lie la Ferme des Tilleuls et sa nouvelle directrice. Chantal Bellon est celle qui pose ses valises. Nommée en février, elle a pris ses fonctions il y a quelques semaines à la tête d’une institution culturelle encore verte. La Ferme des Tilleuls a ouvert ses portes à Renens en mai 2017 et présente depuis février sa cinquième exposition, presque programmatique, «Sève», une ode au pouvoir créatif du bois et des arbres qui se déploie ces jours dans le jardin de la maison de maître à travers d’insolites constructions éphémères.

Mais la genèse de l’espace culturel charrie son lot de déboires, avec notamment le départ de l’ancien directeur l’an passé et des critiques récurrentes au Conseil communal. C’est peu dire que la gestion de la Ferme des Tilleuls réserve à Chantal Bellon des défis à la pelle, dont celui d’accroître sa notoriété et de l’installer véritablement dans le paysage culturel vaudois.

Un fil rouge et des détours

La nouvelle venue n’en ignore rien mais, sur la ligne de départ, l’heure est plutôt à évoquer ce qui lui plaît. «Le fait que ce soit un lieu nouveau, avec une identité à définir et à affirmer, m’intéresse. Il est porté par des gens passionnés et rien n’est encore gravé dans le marbre. Il y a toutes sortes de choses à imaginer ici, avec un potentiel énorme.» A priori, la Ferme des Tilleuls ouvre un chapitre inédit dans son propre parcours, un itinéraire fait de rebondissements, mais jusque-là ficelé par un fil rouge: la musique. Ça démarre dans l’enfance, dans le Jorat, avec des parents qui, outre gérer leur affaire de meubles, lui donnent le goût du rythme, de la nature et des voyages.

Elle passe en revue ses apprentissages: treize ans de violon, quelques années de chant et de guitare, sans oublier le piano, «pour mieux comprendre l’harmonie». Mais il n’y a pas que devant un lutrin que l’on se fait l’oreille. «C’est au Cully Jazz que je me suis vraiment nourrie de musique.» Depuis l’adolescence, elle est férue de l’emblématique festival de Lavaux. «Je vivais dans la région. J’y allais chaque année, même plus tard lorsque je vivais à Neuchâtel. C’est en rejoignant le comité bénévole que je me suis dit pour la première fois que je voulais travailler dans le domaine.» Le rêve deviendra réalité plus tard, puisqu’elle sera la secrétaire générale de la manifestation pendant quelques années, devenant chef d’orchestre en coulisses plutôt qu’artiste en scène. «Ce que j’aime dans ce métier, c’est le moment précis du concert, quand tout est calé et se déroule bien, et que la musique offre des moments de grâce. C’est une récompense jubilatoire après des mois de préparation.»

Tout ne s’est pas fait d’un coup pour autant. Pendant ses années d’études, elle commence donc par se partager entre l’ethnologie, la géographie et le journalisme, des jobs pour se financer et, surtout, des voyages. «À 19 ans, en sortant du gymnase, je ne savais pas trop quoi faire, j’hésitais entre plusieurs orientations et j’avais surtout besoin d’aller voir ailleurs.» Elle se donne une année pour réfléchir et part quelques mois dans l’Himalaya avec son copain de l’époque. «On est partis au petit bonheur la chance, sans guide de voyage ni tente, juste nos sacs de couchage et de bonnes chaussures. Et je suis tombée amoureuse de cette région, sa lumière, ses sons, ses différentes cultures.» Depuis, elle a sillonné le sous-continent indien plusieurs fois et consacré une partie de ses études aux exilés tibétains; elle a même rencontré son futur mari sur le Toit du Monde. «Un jour, alors que je voyageais au Ladakh, on m’a proposé une place dans une jeep pour rejoindre la Noubra, une vallée à la frontière chinoise. Philippe était là, parmi les passagers.» Philippe? Un Biennois qui, à l’époque, habitait à Neuchâtel, comme elle. «On ne s’y était jamais croisés, même par hasard!»

Paléo et Cully Jazz

Avec quelques piges et stages dans des médias romands, elle aurait pu devenir journaliste. Elle part même avec une amie journaliste au Cachemire indien pour un reportage radio, puis en Iran, enceinte de la première de ses deux filles. «L’occasion de faire des reportages pour la radio s’est présentée et j’ai adoré cette expérience, mais à ce moment-là j’avais déjà renoncé au métier de journaliste au profit de celui d’organisatrice de festivals et de concerts.»

Exit la voie journalistique, mais aussi une carrière académique qui commence à décoller. Elle rejoint Paléo, où elle passera quelques années comme attachée de presse tout en coiffant, en cours de route, la casquette de déléguée au développement durable. Retour à la musique. «Je n’ai jamais été groupie», jure-t-elle pourtant, et hausse les épaules à l’idée de la vie en backstage. L’expérience valait pour autre chose. «Autant j’ai énormément appris avec Daniel Rossellat et ses talents de manager, fédérateur et infatigable lanceur de projets, à Cully Jazz, avec Carine Zuber (directrice artistique du festival jusqu’en 2015), c’est son approche de la musique que j’aimais. Je m’y suis retrouvée complètement.» Désormais codirectrice d’une salle de concert à Zurich, cette dernière se souvient de ces années. «C’est quelqu’un qui aime les gens et qui sait faire en sorte qu’ils aient du plaisir à travailler ensemble. À Cully, elle travaillait peut-être dans l’ombre, mais elle apportait aussi beaucoup sur le contenu.» C’est que Chantal Bellon se consacre aussi à la programmation musicale, au Théâtre de Beausobre actuellement, mais aussi au sein de l’association Thelonica, qui organise des concerts à Lausanne, aux petites heures du matin, chaque été au bord du lac. Pour la Ferme des Tilleuls, il ne fallait rien de moins qu’une femme-orchestre. (24 heures)

Créé: 15.05.2019, 11h12

Bio

1973

Naissance à Lausanne.

1993

S’installe à Neuchâtel pour ses études.

2000

Obtention d’une licence ès lettres.

2002

Travaille en tant que journaliste stagiaire à l’Expo 0.2, après avoir été pigiste dans différents médias romands.

2003

Rejoint le Paléo Festival en tant que responsable du service de presse puis déléguée au développement durable.

2004

Naissance de Charline.

2007

Naissance de Leïla

2012

Rejoint le Cully Jazz Festival en tant que secrétaire générale.

2016

Est élue conseillère communale à Lutry dans les rangs
des Verts.

2017

Cofonde l’association Thelonica et devient coprogrammatrice musicale au Théâtre de Beausobre.

2019

Est nommée directrice de la Ferme des Tilleuls.

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