La flore vaudoise tient sa reine

PortraitJoëlle Magnin-Gonze, biologiste.

Image: Odile Meylan

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A quoi tient une vocation? A l’origine de celle de Joëlle Magnin-Gonze, conservatrice aux Musée et jardins botaniques vaudois, il y a des vacances à Saint-Luc (VS), au début des années 1970. La petite Belge et sa famille venaient crapahuter dans le val d’Anniviers, grâce à un grand-père amoureux de la Suisse qui y avait acheté un appartement. «Trois semaines au soleil, c’était magnifique. Nous faisions partie des rares Belges qui en avaient la possibilité. Chez nous, il n’y avait pratiquement plus rien de naturel, de sauvage. J’ai été subjuguée par la flore des montagnes. J’ai réalisé mon premier herbier à 11 ans. Et je crois que quand on est impressionné par quelque chose dans l’enfance, ça nous oriente pour le restant de la vie.»

Les Vaudois ont de la veine: depuis trente ans, Joëlle Magnin-Gonze met ses compétences et son enthousiasme à leur service. Venue en Suisse pour les beaux yeux d’un montagnard, elle n’en est plus repartie, malgré quelques problèmes d’adaptation. «J’avais l’impression que la Suisse avait trente ans de retard sur la Belgique, notamment en matière de position de la femme dans le monde du travail.» L’an dernier, cette passionnée s’est attelée au grand œuvre des botanistes: l’Atlas de la flore vaudoise, qui doit permettre un état des lieux scientifique de toutes les espèces végétales du canton. Un travail qui n’a pas été fait depuis 1882, époque où le Pays de Vaud comptait encore de nombreuses zones naturelles.

Cent soixante bénévoles, chapeautés par une trentaine de botanistes, se sont mis à l’œuvre, quadrillant le canton en 120 mailles de 5 km sur 5. «Nous espérons pouvoir publier cette somme en 2020», précise la biologiste, qui préside le Cercle vaudois de botanique. Ses beaux yeux bleus fulminent lorsqu’elle évoque les pertes irrémédiables déjà enregistrées. «La flore s’est considérablement amoindrie depuis la fin du XIXe siècle. Les milieux se sont dégradés, les marais ont été drainés, les prairies sèches se sont réduites comme peau de chagrin. On aimerait pouvoir protéger ce qui reste, mais pour cela il faut le connaître. C’est pourquoi il est nécessaire de réaliser cet inventaire avant qu’il ne soit trop tard.»

«Si j’arrive à éveiller les consciences de quelques jeunes, ce sera tout ça de bon pour la nature»

Dire qu’il a fallu quinze ans pour que le travail de Joëlle Magnin-Gonze, engagée tout d’abord comme employée administrative à mi-temps au Musée botanique, soit reconnu. Conservatrice depuis trois décennies de la Bibliothèque botanique cantonale, elle a beaucoup œuvré pour que soit discernée la valeur de cette collection exceptionnelle. Elle l’a nourrie et enrichie malgré un budget minuscule, ravie des «coups» qu’elle a réalisés en acquérant des ouvrages sous-estimés et pourtant capitaux.

Dégagée de l’aspect nationaliste des ouvrages de certains de ses confrères, elle en a compilé la matière, a créé les indispensables liens internationaux. De cette masse de travail, elle a tiré une Histoire de la botanique qui en est à sa seconde réédition. La reconnaissance a fini par être internationale, après la parution de cet ouvrage grand public qui a déjà suscité des vocations. «Si j’arrive à éveiller les consciences de quelques jeunes, ce sera tout ça de bon pour la nature.» Il y en a pourtant quelques-uns que cette mère séparée n’a pas réussi à intéresser à la cause: ses trois garçons de 21 à 29 ans. «Je crains de les avoir dégoûtés. Ils aiment la nature, mais je crois que je les ai trop emmenés en montagne faire des comptages de gentianes…»

Elle est pourtant captivante, Joëlle Magnin-Gonze. Il faut l’entendre parler de sexe. Celui des plantes, évidemment. Elle évoque avec humour les difficultés rencontrées par les botanistes pour faire admettre par l’Eglise que les plantes aussi ont un sexe. «On n’imagine pas les blocages, à une époque où végétal signifiait virginité. Il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle et les microscopes pour comprendre le rôle du pollen.»

Dans le petit bâtiment blanc préfabriqué qui abrite le Musée de botanique, sur la place de Milan à Lausanne, on peut actuellement admirer une exposition qui fait le lien entre les deux passions de Joëlle Magnin-Gonze, les fleurs et les livres. La biologiste s’y livre à un plaidoyer: «Il faut maintenant se demander comment l’homme et la nature peuvent coexister sans que l’un détruise l’autre.» (24 heures)

Créé: 09.06.2015, 09h01

Exposition

Lausanne, Musée et jardin botaniques cantonaux,
place de Milan, Montriond.
Exposition «Aussi vrai que nature! L’illustration botanique au fil des siècles».
Jusqu’au 27 sept., tlj 11 h-18 h. Entrée libre.

Mardi 16 juin (18 h-19 h), visite commentée publique, par Joëlle Magnin-Gonze.

www.botanique.vd.ch

Carte d'identité

Née le 18 novembre 1961 à Leuven (Bel.)

Cinq dates importantes
1972 En vacances à Saint-Luc (VS), réalise son premier herbier.
1979 Son père muté, la famille déménage en France. S’oriente vers la biologie.
1983 Arrivée en Suisse, d’où vient son mari, entre à l’UNIL afin d’obtenir l’équivalence de son diplôme français.
2004 Comble un vide scientifique en publiant son Histoire de la botanique.
2014 Lancement du projet d’inventaire de la flore vaudoise, le premier depuis 1882.

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