La pétillante a toujours gardé l’imagination au pouvoir

Christine PompéiLa Vaudoise d'adoption, auteure des «Enquêtes de Maëlys», déploie sa fantaisie dans l’écriture et dans son quotidien.

Christine Pompéï vient de sortir le tome 14 de la série romande à succès

Christine Pompéï vient de sortir le tome 14 de la série romande à succès "Les enquêtes de Maëlys". Image: PATRICK MARTIN

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Souriante, pétillante, la voix douce, les vêtements hauts en couleur, une grande bague fleur à la main gauche, Christine Pompéï se révèle telle qu’on imagine l’auteure des Enquêtes de Maëlys. Derrière les aventures de son Agatha Christie en culottes courtes se cache une adulte qui s’amuse comme une gamine à imaginer des intrigues alliant dans un joli numéro d’équilibriste découvertes locales, suspense et humour. Une formule qui a tout de suite captivé les jeunes lecteurs. Uniquement vendues en Suisse, les tribulations de la petite curieuse ont franchi l’an dernier le cap des 100 000 exemplaires écoulés. Sorti début juin, Coup de foudre sur le pont de Lucerne, le quatorzième volume, a déjà fait mouche auprès des fans.

Bretonne d'Epalinges

La Bretonne installée à Epalinges n’a pas suivi la piste de sa mini-Sherlock Holmes sur un coup de tête. Elle a toujours accordé une place prépondérante à l’imagination. «J’ai grandi dans un village breton entre Saint-Malo et Dinard, pas très loin de la mer. Mon père travaillait à Paris et ne rentrait que le week-end. Mon frère et moi étions seuls avec ma mère. Nous passions notre temps à jouer dehors, à nous inventer des jeux avec des amis. Il y avait beaucoup d’animaux, je connaissais les noms des fleurs et des plantes. C’était une autre époque, on ne regardait pas beaucoup la télé, il n’y avait que trois chaînes, et le premier cinéma était à quarante minutes en voiture.»

Si elle reconnaît les vertus d’une telle enfance, elle concède avoir «surstimulé» ses deux filles, âgées maintenant de 12 et 10 ans, en matière d’offres jeune public: «On ne manquait pas un événement culturel. J’ai voulu leur donner ce que je n’ai pas eu. Par contre, aujourd’hui, le mercredi après-midi est libre, il est important de leur laisser le temps de rêver.»

Une histoire chaque vendredi

Afin de transmettre cette heureuse faculté, l’auteure leur a toujours inventé des histoires. Qu’elle envoyait chaque vendredi matin à des éditeurs. Obstinément: «On me disait que ça ne correspondait pas à la ligne, ou que ce n’était pas le moment… Je n’ai jamais pris ombrage de ces refus, ce qui m’importait, c’était de créer quelque chose que je pouvais partager avec mes enfants.» Cela dure longtemps, jusqu’au jour où la maison Auzou lui demande un texte pour un recueil collectif. Puis viennent d’autres livres, dont un sur les contes suisses.

Une fois en âge de lire, sa fille aînée rechigne pourtant à terminer un ouvrage. Un peu difficile à admettre pour une mère férue de mots. «J’avais vraiment envie de leur donner le goût de la lecture. C’est une telle richesse d’avoir cette passion quand on vit un passage difficile. Je pense que c’est tout ça de gagné pour plus tard.»

Alors elle décide d’inventer une histoire qui intéressera forcément son aînée… puisqu’elle en sera l’héroïne. Durant sept jours de vacances, la mère et ses deux filles arpentent Lausanne. Le soir, leurs aventures se muent en intrigue de papier, que les jeunes exploratrices découvrent le lendemain. Ainsi est née L’énigme de la cathédrale de Lausanne. La perspicace Maëlys s’y lance, avec son ami Lucien, sur les traces du guet qui s’est volatilisé. Au fil des volumes, le duo de limiers sera rejoint par Annélia, puisque la cadette aussi souhaitait figurer dans les livres de sa maman. Le tout fort bien servi par le trait coloré de Raphaëlle Barbanègre.

Une énigme… et des messages

Les volumes représentent autant d’occasions de faire découvrir la Suisse, et d’aborder des sujets qui lui tiennent à cœur, comme la solitude, le handicap… ou même la surenchère des fêtes à thème pour enfants. Drôle d’anniversaire à Vevey s’inspire d’ailleurs de la réalité. Pour les 6 ans de Maëlys, Christine Pompéï convie ses amis à la maison, très simplement. Mais stupeur, le gâteau a été volé par une sorcière. Il réapparaîtra après une série de gages réalisés par les invités. «C’était un moment magique. Mes filles s’en souviennent encore.» Et la mère rit toujours de son stratagème, avec des yeux qui brillent comme si elle avait elle-même 6 ans.

Si elle a peiné à convaincre un éditeur avant qu’Auzou ne se lance, «tous étaient effrayés par le caractère trop local des intrigues», l’engouement ne faiblit pas. Le week-end dernier au Diabolo Festival, à Morges, une foule de mini-enquêteurs s’est lancée dans la résolution d’une énigme concoctée pour l’événement. Fidèle au poste malgré une chaleur écrasante, Christine Pompéï s’est aussi prêtée au jeu des dédicaces, avec un mot gentil même pour les plus timides. «Christine est quelqu’un de très enthousiaste qui adore rencontrer et parler aux enfants. Je pense que le succès de ses livres doit beaucoup à sa personnalité», remarque Luc Feugère, représentant des Editions Auzou pour la Suisse. «J’ai cette faculté de communiquer naturellement avec eux, plus qu’avec les adultes. J’aurais adoré avoir une tribu, j’aime qu’il y ait plein d’enfants chez moi», acquiesce la concernée.

Invitée à des anniversaires

Elle anime ainsi presque tous les mercredis des ateliers d’écriture dans les classes et les bibliothèques, ou des réunions entre enfants et personnes âgées en maison de retraite. «La plus belle récompense, ce sont ces jeunes qui terminent un livre alors qu’ils ne l’avaient jamais fait avant.» Sans compter ceux qui emmènent leurs parents sur les traces de l’enquêtrice, ou envoient lettres et manuscrits à l’auteure, qui répond toujours. «Je suis aussi invitée à des anniversaires», sourit-elle, touchée à chaque fois.

En plus de concocter trois à quatre histoires par an, Christine Pompéï travaille à 80%, sans compter ses activités en tant que bénévole au CHUV, dont elle ne se vante pas. C’est son amie Mireille Jenny qui le révèle: «C’est quelqu’un de très altruiste, très sensible aussi à la problématique du handicap chez les jeunes.» Mère divorcée, l’auteure a vécu durant six ans en solo avec ses filles. Elle prenait invariablement la plume le soir, de 20 h 30 à minuit, et certains week-ends. «C’est mon moment à moi. J’aime lire, mais aussi me raconter des histoires. Ecrire est une passion, je ne vois pas le temps passer. C’est comme un jeu.» Aujourd’hui, son «amoureux» habite avec le trio. Mais pas question pour autant d’abandonner l’écriture: «J’y consacre environ trois soirs par semaine.» Car pour elle, son intense vie imaginaire, c’est sacré. (24 heures)

Créé: 20.06.2017, 23h57

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